Le PLR montre le chemin de la sortie à ses ministres

Mandats politiquesSur fond de succession de Pascal Broulis et de Philippe Leuba, le parti veut brider ses élus.

Pascal Broulis au premier plan et Philippe Leuba au second pourraient ne pas pouvoir se présenter une nouvelle fois pour défendre leurs sièges au gouvernement.

Pascal Broulis au premier plan et Philippe Leuba au second pourraient ne pas pouvoir se présenter une nouvelle fois pour défendre leurs sièges au gouvernement. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le PLR Vaud s’apprête à empêcher ses élus d’accomplir plus de trois législatures consécutives dans un même siège. La conséquence directe de ce changement de statut serait que Pascal Broulis et Philippe Leuba ne puissent pas se présenter au gouvernement vaudois une fois encore lors des élections de 2022.

S’ils voulaient insister, ils devraient obtenir une dérogation au congrès. Élu en 2002, Pascal Broulis aurait alors déjà accompli quatre mandats. Philippe Leuba en aurait fait trois, depuis son entrée en 2007.


A lire: Changer les têtes, c’est être démocrate


Cette réforme lancée par la direction du parti devrait éviter des tourments comme ceux qu’il traverse depuis la préparation des élections de 2017. Les dirigeants du PLR Vaud souhaitaient voir un des trois ministres partir en 2017, un deuxième dans le courant de la législature et le dernier en 2022.

Mais ce scénario est resté dans les tiroirs. Le premier départ n’a eu lieu qu’en décembre 2019, avec l’élection de Jacqueline de Quattro au Conseil national. Pascal Broulis et Philippe Leuba n’ont quant à eux jamais montré de signe d’être sur le départ. Sollicités lundi, ils n’ont fait aucun commentaire. «Si le congrès devait ne pas accepter les statuts, la question de la succession de MM.Broulis et Leuba se posera de toute façon», assure le président du PLR Vaud, Marc-Olivier Buffat.

La relève attend

Christelle Luisier s’est imposée comme la première à pouvoir briguer un siège, grâce au départ de Jacqueline de Quattro. Pour les deux sièges suivants, nous vous proposons une sélection de ceux qui incarnent la relève PLR. Six têtes fréquemment évoquées depuis plus ou moins longtemps. Certains sont contemporains des deux ministres PLR, nés tous deux en 1965. D’autres pourraient être leurs cadets (voir ci-dessous).

«Il n’est guère envisageable que l’un ou l’autre de nos conseillers d’État, quel qu’il soit, puisse se représenter aux élections de 2022», disait Marc-Olivier Buffat dans ces colonnes en janvier 2019 déjà. «Je ne vais pas contredire aujourd’hui ce que j’ai dit à leur sujet il y a un an», a-t-il affirmé lundi.

«Ce débat doit avoir lieu depuis longtemps»

Aujourd’hui, le parti entre dans le concret: le projet des nouveaux statuts est ficelé (il concerne aussi les élus fédéraux), validé par la direction, qui consultera les arrondissements en février, en vue du congrès décisionnel de fin mars. Marc-Olivier Buffat se veut prudent: «Si le Conseil des arrondissements valide notre projet, nous continuerons à le porter jusque devant le congrès. Celui-ci tranchera en toute sérénité, car il n’y a pas d’échéance électorale immédiate. Ce débat doit avoir lieu depuis longtemps, il est voulu notamment par les jeunes de notre parti.»

La section lausannoise a d’ailleurs changé ses statuts, comme l'a indiqué la RTS samedi. Le texte a été voté il y a deux semaines, dans le même esprit que le parti cantonal. Il y est désormais impossible d’être en même temps municipal et député ou conseiller communal et député. Et aucun élu ne peut faire trois législatures de suite. Une dérogation est possible «à titre exceptionnel» pour une quatrième.

«D’un côté, la section de Lausanne peut se montrer précurseur, affirme son président, Philippe Miauton. D’un autre côté, nous sommes minoritaires à Lausanne, les postes sont rares et il faut fixer des règles pour favoriser la relève et motiver les nouveaux membres.»


Le centriste patient au riche cursus

Laurent Wehrli

Né en 1965

À lire son enviable CV politique, il apparaît comme l’exemple typique de ceux que la planète PLR a trop fait attendre. Municipal en 2001, syndic en 2011, membre de l’Assemblée constituante, député cantonal de 2002 à 2015, et même président du parlement en 2013 et 2014. Conseiller national depuis 2015, cette figure centriste est toujours à la tête de l’Exécutif de l’opulente Montreux. Pourtant, des ombres au tableau sont apparues depuis quelques années: la Commission communale des finances l’enquiquine pour ses frais de voyage, pour sa réélection au Conseil national en 2019 il fait un score mitigé. Enfin, la gauche vient de prendre la majorité de la Municipalité de Montreux, minorisant le PLR, alors que le parlement communal est toujours à majorité de droite.


Le deuxième Broulis vient de l’Est

Frédéric Borloz

Né en 1966

À quelques dates près et dans une autre cité de l’Est vaudois, son parcours ressemble à celui de Laurent Wehrli. Ce parallélisme permet de leur attribuer une rivalité certaine pour l’accession au Conseil d’État. Le syndic d’Aigle a l’avantage de connaître le parti en profondeur pour l’avoir présidé dès sa création, en 2012, par la fusion du Parti libéral avec le Parti radical. Il n’en a cédé les rênes qu’en 2018. Il a aussi longtemps bénéficié d’une autre comparaison, mais avec Pascal Broulis. S’il est vrai qu’il faut être peu physionomiste pour y voir deux sosies, souligner le petit air de ressemblance de ces deux comptables servait surtout à asseoir la thèse d’une succession qui, aujourd’hui, risque de passer pour de l’histoire ancienne.


La députée urbaine prometteuse

Florence Bettschart

Née en 1974

L’avocate lausannoise parvient à se faire remarquer par son travail au Grand Conseil depuis 2017 et au Conseil communal de Lausanne depuis 2011. Ancienne responsable des domaines politique et juridique de la Fédération romande des consommateurs (FRC), membre de la Commission fédérale de la concurrence (Comco), elle compte parmi les centristes du PLR. Son avenir est plutôt à l’Hôtel de Ville de Lausanne, espère-t-on chez les libéraux-radicaux de la capitale. Elle y rejoindrait l’unique représentant de droite, son collègue de parti Pierre-Antoine Hildbrand. Réponse dans un peu plus d’un an, lors des élections communales. Un échec ferait baisser sa cote de ministrable. Une victoire renforcerait son statut de concurrente prometteuse.


Le municipal vraiment minoritaire

Pierre-Antoine Hildbrand

Né en 1976

Juriste, ancien secrétaire de trois grandes associations patronales vaudoises, membre de longue date de la direction du PLR Vaud, il est parvenu à se faire élire à la Municipalité en 2016. Sans faire le Calimero comme son prédécesseur Olivier Français, il occupe l’unique siège que la puissante alliance rose, rouge et verte laisse à la minorité de droite. Peu versé dans le discours sécuritaire, il s’est pourtant retrouvé à la tête de la police, tout en cultivant un jardinet de politique économique et de protection de l’eau, ses deux autres dossiers. À Lausanne plus qu’ailleurs, la fonction de municipal permet de connaître les affaires du canton. Cela suffit-il pour compenser une lacune dans son pedigree de politicien vaudois? Il n’a en effet jamais été député.


Le troisième Broulis vient du centre

Alexandre Berthoud

Né en 1977

Une carrière à la Banque Cantonale Vaudoise, un costume de président de la Commission des finances du Grand Conseil. Au début, le parcours d’Alexandre Berthoud ressemble furieusement à celui du grand argentier actuel quand il était jeune politicien cantonal, dans les années 1990-2000. Lui qui est responsable de la clientèle entreprise de la BCV pour le Nord vaudois est aussi devenu un notable du Gros-de-Vaud. Il est également membre du conseil d’administration du Lausanne-Échallens-Bercher et a été vice-président de la Fête du blé et du pain d’Échallens, alors qu’au rayon folklorique Broulis s’occupait du Carnaval de Sainte-Croix. Député depuis 2012, prolifique sur les questions fiscales et financières, il s’emploie aussi à dépasser son modèle.


Le jeune agriculteur libéral

Grégory Devaud

Né en 1984

Municipal à Aigle aux côtés du syndic Frédéric Borloz, Grégory Devaud a fait son entrée sur la scène cantonale en 2007, à l’âge de 23 ans. Il se fait élire au Grand Conseil alors qu’il avait déjà une notoriété de cycliste talentueux. Le Parti libéral n’avait pas encore fusionné avec le Parti radical. L’agriculteur Grégory Devaud était ainsi identifié comme un espoir de sa famille politique. C’est dire si l’étiquette de successeur de Philippe Leuba, dernier élu libéral au gouvernement, lui a été naturellement attribuée. Comme président du Grand Conseil en 2016-2017, il atteint le sommet de sa notoriété à 32 ans et ne cache pas son intérêt pour un siège de ministre. Il sera ensuite chef du groupe parlementaire, où il défend fidèlement Pascal Broulis, ministre et contribuable dans la tourmente.

Créé: 04.02.2020, 07h27

Articles en relation

L'élection au Conseil d'État provoque des recours

Bulletins de vote Deux citoyens vaudois ont saisi le Secrétariat du Grand Conseil en raison de l'affaire des bulletins incomplets. Plus...

2022 sera la date limite pour Broulis et Leuba

Stratégie Le Parti libéral-radical planche sur une limitation des mandats à 10 ou 15 ans. La demande vient de la base et du sommet du parti. Plus...

Jacqueline de Quattro, bilan d'une ministre atypique

Politique vaudoise L'élue PLR a passé douze ans au gouvernement. Entre crises, tensions et réussites. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.