Le Prix Nobel vaudois n’a jamais étalé sa science

Rétrospective 2017En à peine deux mois, le physicien morgien qui a «inventé l’eau froide» est passé de l’ombre à la pleine lumière. Jacques Dubochet aura marqué l’année par sa simplicité et sa spontanéité.

Jacques Dubochet photographié le 5 octobre 2017 à l’Université de Lausanne, à l’issue d’un exposé.

Jacques Dubochet photographié le 5 octobre 2017 à l’Université de Lausanne, à l’issue d’un exposé. Image: LAURENT GILLIÉRON/KEYSTONE

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Le 17 mars 2017, Jacques Dubochet est «de service». Ce jour-là, il est un élu anonyme qui mène à bien sa mission de membre de la sous-commission de gestion du Conseil communal de Morges. Il y a là le municipal, le chef de service, le garde-port et le président de la sous-commission, autant de têtes connues. Le dernier nommé – Giancarlo De Bellis – est aussi dans ses loisirs le «patron» de la Guggenmusik de Bière, discipline dont on parle plus facilement que de la cryo-microscopie électronique à l’heure de l’apéro.

Personne ne se doute un seul instant que l’homme désigné pour rédiger le rapport attestant que tout fonctionne bien au Département des infrastructures et de la gestion urbaine est un futur Prix Nobel. Impossible de leur en faire le reproche puisqu’ils sont un tout petit nombre dans le monde – un noyau d’experts du domaine, peut-être son voisin et sa proche famille – à saisir quelle sommité est Jacques Dubochet dans la vie universitaire.

Secrétaire générale de l’université des seniors Connaissance 3, Patricia Dubois côtoyait depuis longtemps le physicien, responsable du comité bénévoles de la section de Morges, dans les assemblées, «mais sans savoir ce qu’il faisait réellement», avant l’annonce de son prix le 4 octobre 2017, reconnaît-elle volontiers. «Il a toujours montré un intérêt débordant, un enthousiasme, partageant volontiers son carnet d’adresses dont on voyait bien qu’il était très large. Mais tout cela sans jamais étaler ses connaissances.» Sans jamais étaler sa science ni la ramener justement, ce que chacun souligne quand il s’agit d’évoquer ce grand-père cool et truculent, qui fait davantage penser à Maestro, le savant d’Il était une fois la vie, qu’à Albert Einstein.

Il est d’abord un humaniste dans le sens où il s’intéresse aux gens qu’il a en face de lui. Dans son rapport de la commission de gestion, il est à chaque fois question de la qualité des employés, du travail, de l’état d’esprit, là où d’autres font le compte des gommes et des crayons. Il dit son admiration du fontainier, passionné par son métier, et note que «deux requérants d’asile ont été employés à la satisfaction de tous».

Pour l’anecdote, les employés de la voirie se souviennent encore du plaisir – presque enfantin – de ce «gentil monsieur», après lui avoir remis le bonnet aux couleurs de la Ville qu’ils portent en cette fraîche fin de printemps. Ils auront plus tard l’espoir de le voir le porter en décembre à Stockholm, en vain. Jacques Dubochet est aussi un proche des migrants, des initiatives qui se prennent ici et là pour améliorer leur sort sur notre sol. Ce drame humain qu’il n’a paradoxalement jusqu’ici que peu mis en avant lors de ses prises de parole, alors qu’il est de notoriété publique qu’il s’en préoccupe au quotidien.

La poignée de main avec le roi de Suède

«Un inconnu dans la maison», tel pourrait donc être le titre du film dont Jacques Dubochet était le héros avant ce fameux 4 octobre. Jusqu’à cette date, celui qui fera ensuite la une de dizaines de médias s’était contenté de deux apparitions dans le Journal de Morges… dont une dans le Courrier des lecteurs! On le croise au marché, jamais loin du stand du Parti socialiste, au Casino lors d’un débat sur le contournement autoroutier, et même à la COP21 de Paris, où il défile en simple quidam avec le badge des retraités du district de l’association Grands-Parents pour le climat. On est encore loin du plateau de Darius Rochebin ou du Forum des 100, qu’il découvrira sans doute bientôt, encore plus de la poignée de main – les yeux dans les yeux – avec le roi de Suède!

Car le téléphone de Stockholm – que lui et son épouse attendaient secrètement de longue date – a fini par sonner et révéler au grand jour la cryo-microscopie électronique de spécimens vitrifiés, la technique qui permet d’étudier des échantillons biologiques (virus, protéines, enzymes) sans dénaturer leurs propriétés via une «congélation express». Deux mois qui ressemblent – désolé pour le cliché – à un véritable conte de Noël pour le Vaudois, dont le visage solaire à la barbe blanche se glisserait facilement dans le costume rouge. Mais, s’il a laissé son empreinte dans le monde scientifique, reste à savoir ce qu’il va faire des micros ouverts, de cette parole soudainement très écoutée? C’est la feuille blanche qui attend maintenant Jacques Dubochet, lui qui rêve d’écrire un livre, défi qui semble bien plus modeste que celui d’avoir «inventé l’eau froide» mais qu’il lui reste encore à accomplir, de son propre aveu.


Le mot de l’année

«Porc», animal de rente dont le sort a ému l’opinion

La polémique autour des conditions d’élevage des porcs vaudois avait débuté en 2016 déjà, lorsque la Fondation MART (Mouvement pour les animaux et le respect de la Terre) a diffusé des images tournées clandestinement dans des porcheries d’ Échallens, de Peney-le-Jorat et de Ropraz. À l’époque, des mesures avaient été prises et les distributeurs Migros et Coop avaient temporairement cessé de s’approvisionner auprès du producteur incriminé, l’entreprise Annen, basée à Gollion.

Mais il en fallait plus pour satisfaire les défenseurs de la cause animale. En janvier, c’est donc l’Association Pour l’égalité animale (PEA) qui a diffusé à son tour des images tournées dans des porcheries de Juriens et de Pompaples. Enfin, la présentation en août d’une troisième vidéo, tournée à La Praz, a véritablement fait exploser l’affaire. Excédé, le conseiller d’État Philippe Leuba a en effet saisi «le cochon par les oreilles» et fait réaliser 23 contrôles-surprises et simultanés dans les porcheries montrées du doigt. Du jamais-vu dans l’histoire du canton et probablement même en Suisse, a estimé sur le moment le chef du Département de l’économie.

Toutes les conséquences de cette opération d’une envergure inédite ne sont pas encore connues, puisque plusieurs procédures sont toujours en cours. Mais l’exploitant Willy Annen – plus gros éleveur de porcs du canton avec près de 20'000 bêtes à l’engraissement – a annoncé dans la foulée qu’il renonçait à la location de porcheries à des tiers. S.MR (24 heures)

Créé: 27.12.2017, 06h43

Points Forts

Élections cantonales
Comme attendu, cinq membres du gouvernement sont réélus le 30 avril. C’est dans l’entre-deux-tours que la monotone campagne des élections cantonales s’emballe, avec l’irruption de la candidate Vert’libérale Isabelle Chevalley aux côtés de l’UDC Jacques Nicolet pour renverser la majorité de gauche au Conseil d’État. Au final, le statu quo l’emporte le 21 mai: la Verte Béatrice Métraux est réélue, Cesla Amarelle (PS) fait son entrée au gouvernement et le rapport de force reste le même: trois PLR, trois PS et une Verte. Le Parlement reste à droite. Le PS et l’UDC perdent des sièges, les autres formations en grappillent.

Inauguration du Parlement, 14 avril


Guerre totale entre Nicod et Orllati
Bernard Nicod, «magnat de l’immobilier», contre Avni Orllati, entrepreneur au succès rapide. L’histoire a marqué l’année 2017. Un procureur fouille chez Orllati, à Bioley-Orjulaz, à la recherche de déchets de chantier illicites. En mai 2017, il classe l’affaire. Pendant l’enquête, un «corbeau» affirme que l’eau potable est polluée par les activités de l’entrepreneur. Des analyses montrent que c’est faux. L’État de Vaud dépose une plainte pénale. La conseillère d’État Jacqueline de Quattro saisit aussi la justice. En novembre, les masques tombent: l’attaque était menée par Bernard Nicod, en conflit avec Orllati sur un important projet à Chavannes-près-Renens. Le «corbeau» se nomme Fabien Dunand, ancien rédacteur en chef de 24 heures. Saisie de plaintes, la justice aura fort à faire en 2018.

Incendies en série dans la Broye
En plein été, la Broye intercantonale se retrouve au cœur du feuilleton médiatique estival, douze incendies criminels prenant dans la région entre le 9 juillet et le 5 août. Touchant principalement l’Institut équestre national d’Avenches (IENA), des fermes et des champs, les sinistres ont causé la mort de 13 chevaux, 11 poneys, 36 taureaux, 19 vaches et 6 veaux. En novembre, les ministères publics des deux cantons annoncent qu’un Fribourgeois de 22 ans, interpellé le 5 août après une explosion survenue dans l’immeuble où il résidait à Dompierre (FR), est fortement suspecté d’être l’auteur de la série.

La prison de Bochuz en crise
Le 21 août, des détenus du pénitencier des Établissements de la plaine de l’Orbe (EPO) envoient un courrier à la présidente du Grand Conseil, Sylvie Podio, et à la conseillère d’État Béatrice Métraux, pour réclamer la démission du directeur de prison. S’ajoutent des critiques d’ex-collaborateurs. La classe politique s’empare de l’affaire: la droite demande l’ouverture d’une commission parlementaire sur laquelle le Grand Conseil se prononcera en janvier. Mais le directeur des EPO a déjà été relevé de ses fonctions au 30 novembre. Il est sous enquête administrative.

Ouverture d’Aquatis, 21 octobre


Jean Christophe Schwaab quitte Berne

Le 1er novembre, le socialiste Jean Christophe Schwaab annonce qu’il quittera le Conseil national. Son mandat d’élu sous la Coupole fédérale est devenu incompatible avec la disponibilité dont il doit faire preuve pour son fils aîné, qui souffre d’un trouble du développement. Cette démission met en lumière les difficultés que rencontrent les «proches aidants» et les sacrifices personnels auxquels ils doivent consentir.

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