«Le mal est fait: les glaciers vaudois sont condamnés»

ClimatLes géants de glace ont perdu 10% de leur masse en cinq ans. Le Sex-Rouge est celui qui fond le plus vite de Suisse.

Le Sex-Rouge a perdu plus de deux mètres de glace en un an.

Le Sex-Rouge a perdu plus de deux mètres de glace en un an. Image: Mathieu Rod - A

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C’est un record dont le canton de Vaud se passerait sans doute volontiers: de tous les glaciers suisses qui disparaissent sous les températures qui grimpent, celui du Sex-Rouge, dans le massif des Diablerets, est celui qui a le plus transpiré cette année. «Il a perdu plus de 2 m d’épaisseur alors que la perte moyenne, dans le pays, oscille entre 1 et 2 m», soupire Matthias Huss, glaciologue de l’EPFZ, qui ajoute que le glacier du Tsanfleuron, dans le même secteur, enregistre lui aussi un recul record. D’à peine quelques centimètres de moins.

Raison de ces tristes performances? «Ce sont des glaciers plats, qui ne peuvent donc pas se retirer sur des parties plus hautes. Et le Sex-Rouge est situé sur un col où le vent érode la glace. Il ne bénéficie pas de la neige soufflée dont profitent les glaciers situés sous des crêtes.»

Comme nombre d’experts, Matthias Huss, directeur du réseau des relevés glaciologiques suisse (GLAMOS), chargé de la surveillance des glaciers, ne cache pas son inquiétude. Car l’agonie des glaciers s’emballe. Les chutes de neige, si fortes soient-elles, ne parviennent plus à maintenir l’équilibre. «Au cours des douze derniers mois, environ 2% du volume total des glaciers suisses ont été perdus. Sur les cinq dernières années, le total a dépassé 10%, une telle perte n'a jamais été observée dans les séries de données depuis plus de cent ans», se désole l’Académie suisse des sciences naturelles, qui a tiré la sonnette d’alarme mi-octobre.

Signatures vite récoltées

«Une diminution de 10% en cinq ans, c’est énorme, confirme Emmanuel Reynard, directeur du Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne (CIRM) de l’Université de Lausanne basé à Sion. Depuis les années 90, le retrait des glaciers est extrêmement marqué et semble même s'accélérer. Les pertes en volumes sont spectaculaires.»

Et l’expert de rappeler qu’un glacier «tient sur l’équilibre hydrologique que constituent l’apport en neige durant l’hiver ainsi que de la fonte des neiges et de la glace. Lorsque cet équilibre, qu’on appelle bilan de masse, est négatif – comme c’est le cas actuellement –, les glaciers reculent.»

C’est dans ce contexte qu’est déposée, ce mercredi, l’initiative pour les glaciers. S’alarmant de la fonte des glaces induite par le réchauffement climatique, le texte, qui a récolté plus de 126'000 signatures en un temps record, demande une réduction des émissions des gaz à effet de serre à zéro d’ici à 2050.

Retour sur le territoire vaudois, où les huit glaciers officiellement recensés (Sex-Rouge, Dar, Prapio, Pierredar, Paneirosse, le Plan-Névé – séparé en deux par une crête: le Petit-Plan-Névé et le Grand-Plan-Névé – et celui des Martinets) souffrent eux aussi beaucoup.

Un équilibre précaire

Mais, pour le moment, la plupart tiennent tant bien que mal. «Les glaciers vaudois sont globalement orientés au nord. Ils se maintiennent à ces altitudes notamment grâce à leur exposition qui les protège. Le Plan-Névé, par exemple, se situe sur le flanc nord du Grand-Muveran, qui culmine à 3050 mètres. Sur le flanc sud, où se trouve la cabane Rambert, il n’y a plus de glaciers. La morphologie des montagnes et leurs grosses parois qui produisent beaucoup d’ombre les protègent», poursuit Emmanuel Reynard.

Pour autant, l’équilibre est précaire. Pire, assène Matthias Huss, nombre de glaciers vaudois seraient aujourd’hui condamnés. «Même si les émissions cessaient immédiatement et que les températures tombaient de 2 degrés d’un coup, le mal est fait: les petits glaciers vaudois sont condamnés.» Nombre d’entre eux pourraient donc rejoindre la liste des plus de 500 glaciers suisses qui ont disparu depuis le début du XXe siècle, dont l’un des derniers en date, le glacier du Pizol, dans la région de Saint-Gall, a officiellement tiré sa révérence en septembre.

Créé: 27.11.2019, 06h46

L'expédition de l'EPFL progresse

Parcourir 200 glaciers aux quatre coins du monde pour analyser l’eau qui s’en écoule et étudier leurs bactéries, qui sont à la base de la chaîne alimentaire. L’objectif de l’expédition internationale de l’EPFL lancée il y a un peu plus d’une année est ambitieux: étudier une vie bactérienne jamais observée.

«Nous avons déjà parcouru les glaciers de Nouvelle-Zélande, du Groenland et les grandes régions montagneuses du Caucase russe», détaille Tom Battin, directeur du Laboratoire de recherche en biofilms et écosystèmes fluviaux (SEBR) de l’EPFL et directeur scientifique du projet, dont les équipes sont en train de séquencer l’ADN des échantillons. «Dans une vingtaine de ruisseaux néo-zélandais, nous avons trouvé plus de 10'000 espèces de bactéries différentes, bien plus que ce que nous avions imaginé. C’est la preuve d’une incroyable diversité de micro-organismes dans un environnement où l’on trouve peu de nourriture.»

Tom Battin insiste sur le rôle central que jouent les monstres glacés: «Par leur faible teneur en azote ou, à l’inverse, les phosphates qu’ils charrient, les ruisseaux des glaciers influent directement sur la vie qu’ils rencontrent», explique-t-il.

Témoins directs du réchauffement climatique et des éboulements qu’il provoque, ses collègues peuvent à peine se fier à leurs cartes qui datent de cinq ans. «L’environnement change si vite qu’elles sont périmées.» L’expédition se poursuit l’an prochain avec les glaciers tropicaux de l’Équateur, l’Asie Centrale, l’Himalaya et l’Inde.

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