Le marché immobilier dans la démesure des taux

StatistiquesÀ en croire les chiffres officiels des logements vacants, on est très loin de la détente annoncée. Pourtant, des professionnels tirent la sonnette d’alarme.

Bernard Nicod n’est pas le seul à tirer la sonnette d’alarme, même si le canton de Vaud n’est concerné qu’en partie.

Bernard Nicod n’est pas le seul à tirer la sonnette d’alarme, même si le canton de Vaud n’est concerné qu’en partie. Image: VANESSA CARDOSO

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À voir les piles de dossiers qui encombrent son bureau de notable, on comprend que Bernard Nicod est féru de chiffres. Quand il découvre les plus récents portant sur les logements vacants au 1er juin 2019, publiés la semaine dernière par l’Office fédéral de la statistique (OFS) et par le Service cantonal de recherche et d’information statistique (SCRIS, Statistique Vaud) sous le titre «Progression modeste des logements vacants» (voir infographie), son sang ne fait qu’un tour. Selon lui, ces chiffres ne rapportent pas la réalité qu’il vit sur le terrain à travers son groupe immobilier qui gère 2250 immeubles, correspondant à quelque 46'200 baux (logement et commercial).

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Il n’est pas le seul à tirer la sonnette d’alarme, même si le canton de Vaud n’est concerné qu’en partie, et Genève pas encore. Les chiffres qu’il avance sont signes d’un retournement accéléré du marché immobilier, principalement pour le logement locatif. La plupart des régions en Suisse sont touchées, met en garde de son côté la société spécialisée Wüest Partner.


Lire aussi : «Le nombre de logements vides est en train d’exploser»


Loin de s’en effaroucher, les locataires, eux, apprécieront. Car les loyers devraient pouvoir enfin être réadaptés à un niveau plus proche des coûts.

Comment en est-on arrivé à cette situation d’abondance, voire d’excès de constructions? L’économie, et particulièrement dans le canton de Vaud, marche fort depuis de nombreuses années. Ce dernier a vu sa démographie augmenter à la faveur d’un besoin de main-d’œuvre provenant principalement de l’étranger. En raison de la pénurie, les prix des nouveaux objets ont explosé. Entre 2000 et 2015, ils ont plus que doublé, avant de se calmer et de se tasser un peu. Mais, ce printemps, nous indique une étude de Raiffeisen parue mi-août, les prix des maisons et appartements en propriété sont repartis à la hausse.


Lire aussi : «Au tour des locataires de profiter des taux bas»


Tous veulent investir

Pourquoi? Parce que l’épargne existe en abondance et tout le monde veut investir dans l’immobilier commercial et le logement, à commencer par les acteurs dits institutionnels: banques, assurances, fonds immobiliers et, surtout, les caisses de pension. Ces dernières ont à gérer des milliards de francs pour assurer les retraites de ses membres et ont besoin d’un rendement suffisant pour un risque mesuré, entre les obligations qui ne rapportent rien en ce moment et les actions qui sont performantes, mais risquées et volatiles sous la menace de la guerre commerciale. L’immobilier, qui offrait toutes ces dernières années un rendement de 4 à 5%, a ainsi été l’objet de toutes les spéculations, attisant la fièvre des prix.

Ces promesses de rendement sont permises par les taux d’intérêt historiquement extrêmement bas voulus par la Banque nationale suisse, qui mène un autre combat: elle veut limiter la force du franc suisse pour ne pas pénaliser l’industrie tournée vers l’exportation et le tourisme dans le pays. Pour dégonfler la bulle immobilière, elle a donc choisi d’autres angles d’attaque avec le soutien de la Confédération: après avoir visé les ménages qui veulent accéder à la propriété, elle va introduire de nouvelles mesures touchant les immeubles dits de rendement. Les banques ont, elles, déjà tiré le frein à main, les affaires hypothécaires de la BCV n’ayant augmenté au 1er semestre que de 1,2% par rapport à 2018, alors que la croissance de ces créances chez les Raiffeisen vaudoises a chuté de 5,2% l’an dernier à 1,7% aujourd’hui! Si les chiffres avancés sur les logements vacants se confirment, le marché immobilier promet d’être rapidement sens dessus dessous.

Créé: 15.10.2019, 06h33

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