Le «permis» de grue fait des vagues au port

OuchyLes plaisanciers devront se former pour mettre leur embarcation à l’eau. Une question de sécurité qui impacte tous les ports.

La Municipalité de Lausanne estime que l’utilisation de la grue du Club de voile présente un danger trop important pour les promeneurs. Son utilisation est désormais interdite.

La Municipalité de Lausanne estime que l’utilisation de la grue du Club de voile présente un danger trop important pour les promeneurs. Son utilisation est désormais interdite. Image: Florian Cella

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Le port, ses bateaux… La balade au bord du lac fait partie des incontournables. Mais à Lausanne, le retour des beaux jours s’accompagne de grincements inhabituels sur les pontons. Cette année, l’entretien des embarcations aux ports de Vidy et d’Ouchy va demander aux plaisanciers des démarches inédites. Un courrier, en cours d’envoi, les informe qu’ils n’auront plus le droit de soulever leur bateau eux-mêmes, à moins d’être munis d’une attestation, une sorte de permis de manipulation des grues de levage.

«Bien obligés de faire respecter le droit»

C’est la tuile pour les plaisanciers lausannois, alors que la saison de remise à l’eau des bateaux est ouverte. Municipal en charge de l’Économie, Pierre-Antoine Hildbrand a bien conscience d’être porteur d’une mauvaise nouvelle. «Ce n’est pas le bon moment, mais on est bien obligés de faire respecter le droit», dit-il. Ce sont des questions de responsabilité pénale et civile qui ont dicté la décision municipale. Que se passe-t-il si un bateau tombe sur quelqu’un alors qu’il se balance au bout du câble d’une grue? «Comme autorité communale chargée de la protection des personnes et des biens, explique Pierre-Antoine Hildbrand, nous ne pouvons pas différer des mesures dès lors que nous avons été avertis des problèmes par une expertise. Nous ne pouvons pas non plus nous dégager de nos responsabilités.»

Décision a donc été prise de s’assurer que les personnes qui manient les grues de levage bénéficient d’une formation reconnue, soit un cours de grutage dûment certifié par la Suva. De plus, elles devront être couvertes à hauteur de 5 millions de francs par leur assurance responsabilité civile. Cette nouveauté n’en est pas vraiment une, confirme la Suva, puisqu’elle fait partie d’une exigence légale au niveau fédéral. À Genève, la mesure est déjà en vigueur et à La Côte plusieurs ports ont pris des décisions allant dans ce sens. La contagion devrait ainsi gagner l’ensemble des ports du Léman et d’ailleurs.

Activité sportive menacée

Jusqu’à l’an dernier, les usagers du port d’Ouchy disposaient de deux grues à bateaux. Mais, alors qu’il célèbre son 100e anniversaire, le Club de voile de Lausanne (CVL) écope d’une double mauvaise nouvelle. La première tient à la procédure toute récente, qui ne facilitera pas l’activité de régates du club centenaire. Pour les navigateurs visant la performance, «passer un coup» sous la coque est indispensable avant les compétitions. Le club a déjà prévu des cours de grutage, mais son secrétaire ne décolère pas. «Rien que pour les quatre bateaux de notre école de régate, on va devoir compter 4000 francs d’utilisation de la grue communale», calcule Laurent Vermeille. Car le club – et c’est pour lui l’autre mauvaise nouvelle – n’a plus le droit d’utiliser sa propre grue. Celle-ci pourrait même finir par disparaître. Située à l’extrémité est du port, elle est bien trop proche des passants, estime la Ville. «Le flux de piétons, de vélos, et le succès des manifestations rendent l’utilisation de cet espace incompatible avec la manutention de bateaux», estime le municipal lausannois.

Pourtant, de mémoire de navigateur, aucun accident n’a jamais été déploré alors que depuis quarante ans les bateaux s’élèvent dans le ciel à cet endroit. Pour le club de voile, que la Ville olympique puisse prétériter son activité sportive relève du non-sens. «On organise une régate d’ouverture ce week-end et une manche de championnat à la fin du mois.» Laurent Vermeille ne cache pas sa crainte que la mise à l’eau des embarcations ne soit entravée par l’interdiction, seule la grue communale – proche de la gendarmerie du lac – étant désormais utilisable.

Mais le club craint surtout pour sa survie. Sa grue, au coût de location avantageux, attirait les nouveaux membres. Ils évitaient ainsi le tarif de 50 francs par tranche de demi-heure facturé pour l’utilisation de la grue communale. «On risque de voir partir entre un quart et un tiers de nos effectifs», estime Laurent Vermeille. Les finances du club vont s’en ressentir. Par contre, celles de la Ville en profiteront, puisque la grue communale devra absorber tous les mouvements effectués jusque-là par celle du CVL. Pierre-Antoine Hildbrand évoque toutefois des «mesures de facilitation» en faveur du club de voile. Ce dernier ne s’est pas moins opposé formellement à la décision municipale. Mais ce recours n’a aucun effet suspensif et les navigateurs devront se plier aux nouvelles exigences.

Créé: 11.04.2019, 07h23

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