Le rituel du lâcher de ballons se dégonfle

SolutionsLa prochaine parade navale de la CGN, le dimanche 20 mai, se fera sans eux, pour des raisons écologiques

La Compagnie générale de navigation (CGN) n’effectuera plus de lâcher de ballons durant sa parade navale annuelle, pour des raisons écologiques.

La Compagnie générale de navigation (CGN) n’effectuera plus de lâcher de ballons durant sa parade navale annuelle, pour des raisons écologiques. Image: N. ZANELLO

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La parade navale de la Compagnie générale de navigation (CGN) se met au vert. Chaque année, les plus prestigieuses pièces de la flotte Belle Époque s’exhibent sur le Léman et clôturent, depuis dix ans au moins, leur chorégraphie aquatique par un lâcher de ballons. Plus de 2700 ballons colorés sont jetés depuis les bateaux. Mais c’est du passé. La prochaine parade, qui aura lieu le dimanche 20 mai, se fera sans eux, pour des raisons écologiques.

«Les ballons apportaient une touche festive, mais nous avons préféré écouter les plaintes sur les réseaux sociaux, explique Romuald Micheloud, coordinateur marketing et événements de la manifestation. On se contentera des sifflets des bateaux, c’est tout.»

«La décision de la CGN doit servir d’exemple!» lance Leïla Rölli, fondatrice d’En vert et contre tout. L’association romande milite pour que les lâchers de ballons, «certes beaux mais irrationnels d’un point de vue environnemental», cessent. «Nous contactons au cas par cas les organisateurs des lâchers, afin d’essayer de les convaincre», explique la trentenaire, qui espère voir un jour inscrite dans la loi une interdiction en bonne et due forme. Car les conséquences écologiques sont bien réelles.

Les ballons de baudruche émerveillent les enfants (quand ils ne sont pas en pleurs après les avoir lâchés trop tôt), mais ils représentent surtout une importante source de pollution. La plupart d’entre eux explosent en vol, dispersant des fragments, d’autres se dégonflent. Les déchets plastiques s’éparpillent dans la nature, où ils restent durant des années. Ils peuvent alors être ingérés par la faune, impliquant des conséquences mortelles. Autre problème: la ficelle des ballons. Celle-ci risque d’entraver le mouvement des animaux et de conduire à leur étranglement. Les poissons et les oiseaux sont particulièrement en danger. «Bien souvent, ceux qui organisent ou participent aux lâchers de ballons ne sont pas conscients de l’impact de ce geste», relève Leïla Rölli.

En Suisse, une autorisation n’est en principe pas obligatoire pour organiser un lâcher de ballons – leur volume doit par contre être inférieur à 1 m3, ils ne doivent pas être envoyés en grappe et le lancer doit avoir lieu à plus de 5 kilomètres d’un aérodrome. «Pour des lâchers de plus de 300 ballons, un permis est nécessaire», précise le service communication de Skyguide. En 2017, le surveillant de l’espace aérien a délivré 84 autorisations pour Genève, soit potentiellement 25'000 ballons. C’est sans compter les anniversaires, les mariages, les marches du souvenir ou certaines mobilisations politiques de taille plus modeste. Difficile ainsi d’estimer le nombre de ballons abandonnés dans le ciel genevois chaque année.

Du côté de Terre des hommes Suisse (TdH), on est en pleine hésitation. Depuis vingt-six ans, chaque édition de la Marche de l’espoir débute par un lâcher de ballons géant. Cette année encore, en octobre à Genève, environ 5000 ballons, accompagnés d’une carte à destination d’autres enfants d’Europe, seront envoyés dans le ciel. «Ce sera peut-être la dernière fois», confie Souad von Allmen, responsable communication pour TdH. Il y a plusieurs années, un groupe de travail a été monté pour imaginer une alternative plus respectueuse de l’environnement. «Pour l’instant, nous n’avons rien trouvé! L’idée serait de garder un rituel participatif et ludique.»

Comme la CGN, l’organisation de protection et de promotion des droits de l’enfant préfère déjà les ballons en latex naturel et les ficelles biodégradables au plastique, mais pour elles, comme pour l’association En vert et contre tout, ce n’est pas suffisant.

Quelle alternative choisir? Les lâchers de papillons ou de colombes mettent en péril les animaux et les lanternes favorisent les incendies. Leïla Rölli propose en souriant: «Pourquoi ne pas lancer des graines bio ou planter des arbres, pour marquer le coup?! Et sinon il reste toujours la bonne bouteille de vin, qui convient à toutes les célébrations!»

(24 heures)

Créé: 16.05.2018, 09h09

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Le problème

Les ballons en latex sont dans le top 10 des déchets récréatifs retrouvés sur le littoral, selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement. La Suisse ne dispose pas de chiffres, alors qu’en France, on estime à 1 million le nombre de ballons lancés chaque année, indique l’association environnementale française Robin de Bois. Des ballons estampillés «biodégradables» existent, mais ils ne sont pas toujours compostables et peuvent mettre jusqu’à cinq ans avant de se décomposer. L.F.

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