Le spiritisme «do Brasil» se pratique sans tapage à Crissier

Nos spiritualités méconnues 2/4Ils croient en Jésus, en la réincarnation et en l’existence des esprits. En pleine expansion au Brésil, les spirites forment depuis 22 ans un petit groupe discret dans l’Ouest lausannois.

<b>Jésus et les esprits</b> À Crissier se tiennent chaque semaine des conférences qui abordent à la fois l’Évangile 
et les enseignements du spiritisme.

Jésus et les esprits À Crissier se tiennent chaque semaine des conférences qui abordent à la fois l’Évangile et les enseignements du spiritisme. Image: FLORIAN CELLA

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«Au moins une fois par semaine, des gens nous appellent pour nous demander de les guérir ou de leur prédire l’avenir. En fait, il n’y a rien de tout cela ici!» Eva Pereira de Oliveira est la présidente du Groupe d’études spirite Paul et Étienne (GEEPE), à Crissier. Dans les locaux de cette association, qui existe depuis 22 ans dans le canton de Vaud, 20 à 40 personnes se réunissent chaque semaine pour pratiquer leur foi: le spiritisme. Forcément, ce mot éveille à lui seul tous les fantasmes. Il faut dire que pour ne rien arranger, le site internet du GEEPE inclut un programme d’activités qui liste, entre autres choses, des «réunions médiumniques» et l’étude du Livre des Esprits.


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Dans le spiritisme, on croit en la réincarnation et en la possibilité de communiquer avec les défunts. C’est sans doute pourquoi le courant est présenté tour à tour comme une science occulte, une superstition ou une doctrine. Qu’en est-il pour ses adeptes? «Le spiritisme est bien une religion, explique Eva, car le mot religion implique une relation à Dieu, et notre base est l’Évangile.» Dans un dépliant décrivant les fondements du spiritisme, Dieu est en effet décrit comme l’intelligence suprême et la cause première de toute chose, tandis que Jésus est désigné à la fois comme guide et comme modèle.

Et pourtant, les locaux dans lesquels se rassemble la communauté spirite vaudoise n’ont pas grand-chose d’un lieu de culte. Ce soir-là, comme chaque mercredi, le GEEPE accueille une petite assemblée venue assister, non pas à un rituel ou à une cérémonie, mais à une conférence. Dans cet ancien bâtiment industriel situé tout près de l’autoroute, le décor est d’ailleurs celui d’une banale salle de séminaire garnie de plusieurs rangées de chaises. Accroché au mur à côté d’un écran de rétroprojecteur, un portrait de Jésus en prière domine néanmoins le public.

«Trouver des réponses»

Les adeptes du spiritisme se comptent par millions à travers le monde, et en particulier au Brésil, où ils forment une communauté estimée à 4 millions de personnes. Au centre spirite de Crissier, on parle d’ailleurs essentiellement portugais, et les participants sont en majorité d’origine brésilienne, comme Eva.

«J’ai découvert le spiritisme il y a dix ans, raconte Pedro Lucio Pereira Girio Moreira, vice-président du GEEPE. J’avais des questions qui ne trouvaient pas de réponse ailleurs, par exemple, pourquoi un enfant lâche-t-il tout d’un coup la main de son père pour courir sur la route? Comment expliquer les catastrophes et le terrorisme? Que fait Dieu dans tout cela? La différence du spiritisme, c’est que ce n’est pas seulement une religion, mais aussi une philosophie et une science.» Selon lui, il existe ainsi des expériences scientifiques qui confirment l’existence des esprits, même si elles ont été pour l’instant écartées. «Au fil du temps, la science finit par rejoindre le spiritisme», assure-t-il, évoquant notamment les expériences de mort imminente, qui font souvent parler d’elles.

Devant l’assemblée du jour, c’est lui qui prend la parole en premier, pour parler du Livre des Esprits, l’ouvrage fondateur du spiritisme. Écrit au XIXe siècle par Allan Kardec, la figure centrale du mouvement, il reposerait sur les contacts établis par différents médiums avec les esprits à travers les âges. Au centre spirite de Crissier, plusieurs personnes pratiquent elles-mêmes la communication avec les âmes désincarnées. Attenante à la salle principale, une deuxième pièce baignée d’une lumière bleue est aménagée pour accueillir ces réunions de médiums privées, avec une table entourée de plusieurs chaises.

Médiums et magnétisation

Alors que les séances médiumniques ne sont pas ouvertes au public, ce même espace est aussi utilisé dans le cadre des réunions hebdomadaires du GEEPE. Une fois la conférence terminée dans la salle principale, le public se lève et se dirige par petits groupes dans la salle bleue pour y recevoir ce que les spirites appellent un «passe magnétique». Assis sur des chaises, chacun ferme les yeux pendant qu’une autre personne fait passer ses mains à une vingtaine de centimètres de son corps sans le toucher. Le passe magnétique entre dans les nombreuses pratiques, qui dans le spiritisme, ont une visée thérapeutique: au Brésil, le mouvement compte même ses propres hôpitaux et cliniques. À Crissier ce soir-là, les spirites se contentent de présenter le passe magnétique comme une action qui «fait du bien», transmettant aux gens l’énergie des bons esprits.

«La médiumnité existe depuis que le monde est monde, estime Eva. Le spiritisme est la seule religion qui approfondit ce phénomène.» C’est d’ailleurs une des choses qui a attiré Rosana, un autre membre du groupe: «Toute petite, je savais déjà que j’ai vécu d’autres vies. J’avais aussi des visions et c’était difficile de ne pas savoir pourquoi.» Mais le regard de la société n’est-il pas lui aussi difficile à vivre pour les spirites? Eva assure qu’elle n’a pas de problème à assumer sa foi, même au travail. «Les gens plaisantent parfois en disant qu’on fait bouger la vaisselle, sourit Rosana. Je n’en parle pas plus que cela. Pour moi, le spiritisme, ce ne sont pas avant tout les médiums, mais un enseignement qui permet de devenir meilleur d’une réincarnation à une autre.» (24 heures)

Créé: 27.12.2018, 08h59

800

Communautés spirituelles dans le canton

C’est un chiffre que l’on n’imaginait sans doute pas. Il existe dans le Canton de Vaud près de 800 communautés spirituelles différentes, autrement dit, des groupes de personnes qui se rassemblent en un même lieu pour pratiquer leur foi, donner corps à leurs croyances. En octobre dernier, le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) présentait ce recensement inédit sur mandat de l’État de Vaud. 24 heures est allé à la rencontre de quatre de ces communautés, parmi les moins connues en terre vaudoise.

Un courant né au XIXe siècle en Europe avant de conquérir l’Amérique du Sud

La doctrine spirite trouve son origine au milieu du XIXe siècle. Un instituteur français, Allan Kardec, s’intéresse alors aux expériences, très populaires à l’époque, de communication avec l’esprit des défunts. Il en tire une livre, publié en 1857, qu’il dit basé sur les réponses données par les esprits à diverses questions fondamentales, comme «Qui est Dieu?». Le «Livre des Esprits», devient l’ouvrage fondateur du mouvement spirite, et sera suivi par de nombreux autres écrits d’Allan Kardec, notamment le Livre des médiums ou l’Évangile selon le spiritisme.

Le GEEPE, n’est pas le seul centre spirite de Suisse, puisqu’il en existe en tout cas à Genève, Zurich, Berne, ainsi qu’au Tessin et à Bâle. Mais alors que le spiritisme revendique des dizaines de millions d’adeptes dans le monde, c’est en Amérique du Sud qu’il s’est diffusé le plus fortement, et notamment au Brésil, qui compte aujourd’hui 4 à 6 millions de spirites. S’il s’agit d’un mouvement spirituel très minoritaire dans le pays, il y compte plusieurs milliers de communautés et investit plusieurs échelons de la société, avec notamment des associations de magistrats, de médecins ou encore de militaires rattachés au spiritisme.

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