Le stand up paddle, un sport facile mais dangereux

Plaisirs nautiquesLes deux récents décès liés à la pratique de cette discipline poussent les professionnels à rappeler les règles de sécurité.

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La semaine dernière, un jeune homme est mort alors qu’il pratiquait le stand up paddle (SUP) à proximité de Lutry. Une hydrocution serait responsable de cette noyade. Quelques jours plus tard, une autre personne perdait la vie en rivière. Sa sangle de sécurité (le leash) le reliant à la planche se serait bloquée sous un rocher, l’empêchant de remonter à la surface. Deux accidents qui n’étonnent pourtant pas les spécialistes, alors que les adeptes de ce sport accessibles à tous ne cessent d’augmenter: «Ça faisait longtemps que l’ASSUP (Association Swiss Stand Up Paddle) s’attendait à ce que ce genre de tragédie arrive, déplore Cédric Reynard, instructeur certifié au centre Waterwalk de Villeneuve. Avec ce qu’on voit sur le lac, ça devait arriver! Les gens ne sont pas équipés correctement et sous-estiment.»

Un avis partagé par l’instructrice Naomi Michelin, codirectrice, avec son mari Pascal, des Paddle Center basés à Lutry, Rolle et Prangins: «Il y a quelques jours, j’ai vu une mère de famille partir sur une planche avec ses deux jeunes enfants. Ils n’avaient ni leash, ni gilet de sauvetage. Les feux d’orage tournaient au port!»

L’équipement, c’est bien ce qui peut faire la différence entre une petite chute dans l’eau sans conséquence et une tragique noyade. «Sur le lac, le leash est la chose la plus importante», poursuit Naomi Michelin. Une fois à l’eau, le sportif peut vite récupérer sa planche et remonter à bord. «Les gens ne se rendent pas compte qu’avec un peu de vent, un paddle peut partir à des centaines de mètres de l’endroit où ils ont chuté», surenchérit Cédric Reynard. Epuisant, hypothermie guettent ceux qui se trouvent privés de leur embarcation. Autre conseil, ne jamais abandonner sa planche. Elle permet non seulement de s’y réfugier le temps que les secours arrivent, mais rend également le naufragé bien plus visible.

Gilet conseillé

Le gilet de sauvetage n’est obligatoire que lorsque l’on se trouve à 300 mètres du rivage. Dominique Glur, chargé de prévention et de communication à la police cantonale explique: «La personne décédée à Lutry n’était qu’à 70 mètres du rivage, elle n’avait donc pas l’obligation d’en porter un. A une telle distance, nous ne pouvons faire que de la prévention. Leash et gilets sont toutefois fortement conseillés.» Un principe de précaution que Pascal Michelin et son équipe mettent en pratique: «Les enfants de moins de 16 ans qui partent de l’une de nos bases sont équipés des deux. Nos règles sont assez strictes même vis-à-vis d’un client qui se dit habitué et se croit hors de danger.» Cédric Reynard suggère aux débutants de suivre un cours d’initiation dans un centre agrée. Cette discipline étant tellement facile à maîtriser que nombreux sont ceux qui se lancent sans aucune connaissance des dangers. Pascal Michelin insiste: «Partir et rentrer au rivage en se mettant à genoux sur sa planche permet d’éviter de graves accidents sur les rochers, par exemple.»

Autre erreur du débutant: partir sur une planche gonflable mal gonflée. «Ils ont les pieds dans l’eau et flottent mal, explique Naomi Michelin! Ils ont donc de la peine à se déplacer.» Ce type de SUP n’étant pas à l’abri d’une crevaison ou d’un problème de valve, le gilet devient indispensable.

Pas de leash en rivière

Revenir au bercail peut parfois être plus difficile qu’il n’y paraît. «Le lac, c’est comme la montagne: en quelques minutes les conditions météo peuvent changer. On passe d’une eau calme à des vagues assez hautes», remarque Cédric Reynard. Pour éviter de mauvaises surprises, mieux vaut étudier les conditions météo avant de se lancer et partir avec le vent en face pour faciliter le retour.

En rivière, les consignes diffèrent. «Il ne faut jamais partir seul, être équipé d’un gilet près du corps et sans sangle et ne pas avoir de leash. Ce dernier peut se bloquer dans les branchages et vous coincer, poursuit Cédric Reynard. Il existe toutefois des leash adaptés pour la pratique du SUP en rivière. Ils se fixent à hauteur de poitrine et sont munis de points de faiblesse. A la moindre surtension, ils sautent, libérant ainsi le sportif.» Pour plus de sécurité Naomi Michelin suggère d’avoir avec soi, fixé à la planche, un sac étanche contenant téléphone et petite trousse de secours pour palier aux blessures possibles.

La liste des centres agréés sur assup.ch (24 heures)

Créé: 10.06.2015, 14h30

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Le choc thermique peut être évité

Le jeune homme décédé près de Lutry aurait été victime d’hydrocution. Se mouiller avant de monter sur son SUP et réitérer ce geste plusieurs fois pendant la balade peut aider à éviter le pire. Manger léger et ne pas boire d’alcool aussi. «On ne sait pas avec précision le mécanisme qui cause ce type de malaise, explique Olivier Hugli, médecin-chef du service des urgences du CHUV. Mais toute personne qui passe des heures au soleil et se jette ensuite dans l’eau fraîche n’en décède pas. Le corps est capable de s’adapter à un changement de température brutale.» Différents scenari peuvent toutefois conduire à la mort. «La personne qui tombe dans l’eau froide peut faire une syncope. Elle vient de faire un effort physique et le changement de température peut amener une baisse brutale du rythme cardiaque. S’ensuit une perte de connaissance qui, dans l’eau, entraîne la noyade. Autre possibilité: l’urticaire au froid. Exposé aux températures basses, l’organisme fait une réaction allergique qui induit un malaise et à nouveau une perte de connaissance. Enfin, certaines personnes souffrent, parfois sans le savoir, de maladies cardiaques génétiques ou acquises et sont susceptibles de faire un malaise à l’effort. Par ailleurs, lorsqu’une personne tombe dans une eau de moins de 25 °C, le choc thermique produit une grande inspiration suivie d’hyperventilation, toutes deux involontaires. Cela contribue à la noyade. Finalement, dans le cas du paddle, une chute contre la planche peut causer un traumatisme crânien et une perte de connaissance, amenant la noyade en l’absence du port d’un gilet de sauvetage.»

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