Le toit s’écroule pendant les travaux: à qui la faute?

ProcèsTrente tonnes de tuiles s’étaient effondrées au cours d’un chantier en 2015 à Vuarrens. Le propriétaire et deux frères chargés du travail se renvoient le tort.

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Presque quatre ans se sont écoulés depuis le 20 novembre 2015, et pour les hommes penauds, ce jeudi, devant le Tribunal de police de la Broye et du Nord vaudois, l’heure est à démêler les responsabilités du spectaculaire effondrement d’une toiture au cours d’un chantier de rénovation. Par miracle, personne ne travaillait dans ce corps de ferme de Vuarrens au moment de l’accident, faisant écrire au procureur Éric Mermoud dans son acte d’accusation que les ouvriers présents ce jour-là «ont échappé de justesse à une mort certaine par écrasement sous les décombres».

En rang avec leurs avocates, trois barbus massifs comparaissent: deux frères de l’entreprise de rénovation et le propriétaire de la bâtisse sont accusés d’écroulement, qui figure à l’article 227 du Code pénal et sanctionne toute personne «qui aura intentionnellement causé […] l’écroulement d’une construction et aura par là sciemment mis en danger la vie ou l’intégrité corporelle d’une personne». Action punissable de 1 an de prison au moins ou d’une peine pécuniaire en cas de simple négligence.

Comme un coup de tonnerre

C’est d’ailleurs cette dernière forme de l’infraction qu’a retenue le procureur, Éric Mermoud. Malgré un «cumul invraisemblable de bêtises», il n’y décèle aucune intention de provoquer l’instant où «tout est descendu, comme un coup de tonnerre», raconte un voisin venu réclamer des dommages pour les dégâts à son habitation.

Ce même voisin avait fait part d’inquiétudes quelques jours avant l’accident. Le bâtiment se transformait progressivement en gruyère au moyen d’un marteau hydraulique émettant de fortes vibrations. La toiture n’était plus soutenue que par des étais de 10 cm de diamètre pour 12 mètres de haut, et les ouvriers, visiblement inquiets, tentaient de renforcer le tout au moyen de sangles de type SpanSet. «Je leur ai dit que ça ne voulait jamais tenir leur histoire, explique-t-il. Ils ont répondu que je n’allais quand même pas leur apprendre leur métier.»

La patate chaude

C’est pourtant bien des compétences professionnelles qui sont l’enjeu de cette affaire. Qui, dans le déroulement de cette rénovation, devait garantir la sécurité? Tout le monde se renvoie la faute quant à savoir qui a décidé de se passer des services d’un ingénieur pour superviser la démolition. Le propriétaire: «J’ai fait confiance à l’entreprise. On m’avait dit qu’elle travaillait bien, ils m’ont assuré qu’ils avaient déjà fait ce genre de travaux.» Le patron de l’entreprise: «C’est mon frère qui a voulu ce contrat et c’est lui qui s’était organisé sur le chantier. Je n’y ai travaillé que la dernière semaine, alors qu’il était en arrêt.» Ce dernier, chargé du relationnel dans l’entreprise, estime avoir fait plus que sa part: «J’ai présenté un ingénieur au propriétaire, qui n’a pas voulu l’engager. Mon travail s’arrêtait à faire le devis.»

Tous coupables, dit le parquet en requérant des peines pécuniaires de 8 mois pour les deux frères et 10 pour le propriétaire, qu’il estime plus lourdement responsable, de surcroît pour avoir cherché à «raboter les prix». Tous doivent être acquittés, rétorquent les avocates, rejetant tour à tour les torts aux autres prévenus. Le juge communiquera son verdict ultérieurement.

L’affaire a déjà coûté cher: «Nous avons réparé les dommages à nos frais jusqu’à la dernière brique, s’est ému l’un des deux frères en conclusion. Nous avons construit les quatre appartements prévus dans le projet. Tout cela a causé la faillite de l’entreprise familiale, fondée en 2004 et qui n’avait jamais connu d’accident. On n’était pas des cascadeurs.»

Créé: 01.11.2019, 07h22

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