Le tourisme se met enfin aux réseaux sociaux

Marketing digitalFacebook et Instagram sont devenus des outils stratégiques pour les Offices du tourisme. Qui y jouent la carte de l’émotion et de l’interaction.

Les bloggers Elisa Détrez et Maxime Coquard ont été chargés de réaliser du contenu en ligne pour Villars et Les Diablerets.

Les bloggers Elisa Détrez et Maxime Coquard ont été chargés de réaliser du contenu en ligne pour Villars et Les Diablerets. Image: Chantal Dervey

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Quelle est votre définition de l’art de vivre à la Vaudoise? C’est la question posée depuis mardi par l’Office du tourisme du canton de Vaud (OTV) aux internautes. Qui sont invités à partager sur les réseaux sociaux leur réponse en photo, assortie du hashtag (mot-clé) #MyVaud.

Pays-d’Enhaut Tourisme a eu une idée similaire et demande cet été aux randonneurs de se prendre en photo au terme d’un itinéraire choisi et à partager ce selfie en ligne. Lentement mais sûrement, les destinations de la région apprivoisent les réseaux sociaux. L’OTV est actif sur Facebook, Twitter, Instagram et Google+.

«Au travers de ces plates-formes, on cherche à créer un lien particulier avec les touristes, loin de la communication formatée d’un site Internet standard», explique Vincent Bailly, responsable info et développement multimédia de l’OTV. Pour y arriver, il faut «provoquer l’émotion, avec un contenu qui fait rire, qui surprend, de beaux paysages. La région n’en manque pas: Lavaux, Chillon, Ouchy…»

Une belle photo ne se suffit toutefois pas à elle-même: «Elle va générer des «likes», mais pour inciter les gens à la commenter – et donc de la rendre beaucoup plus visible – il faut trouver une bonne phrase d’accroche», note Kristina Kalz, social and digital manager de Montreux-Vevey Tourisme.

«Trop peu de moyens»

L’entreprise de la Riviera a créé ce poste il y a trois ans. Lausanne Tourisme a fait de même en 2013. Dans la plupart des cas, on se répartit encore la tâche entre collaborateurs. Aux Diablerets, c’est notamment la responsable de l’office, Myriam Pichard, qui s’en charge. «En tout, nous y consacrons l’équivalent d’un 100%. Et on pourrait en faire davantage.»

Formateur spécialisé dans les réseaux sociaux, David Labouré constate que «globalement en Suisse romande – et ce n’est pas propre au milieu touristique –, on n’accorde pas encore assez de moyens à ce travail. Maîtriser ces plates-formes à un niveau professionnel prend du temps. Facebook possède des fonctionnalités avancées qui permettent de cibler un public bien précis, par exemple en tenant compte de sa localisation. Il faut aussi savoir identifier les heures auxquelles poster son contenu. Et tenir compte du décalage horaire, si on cherche à toucher un public international…»

L’enjeu est pourtant colossal: un Romand sur deux est présent sur Facebook (près d’un million de profils) et quelque 43% de la population nationale y sont connectés. «Nous enregistrons de plus en plus de demandes d’informations via Facebook. Ce site est devenu la boîte mail et le moteur de recherche des utilisateurs», observe Kristina Kalz. «Pour nous, ce réseau est intéressant, ajoute Vincent Bailly. Ce sont les 30-55 qui y sont les plus représentés. C’est exactement cette clientèle que nous cherchons à toucher.»

«Pour les Offices du tourisme, la question est de savoir quel réseau utiliser, note David Labouré. Facebook reste le leader, mais Instagram est apprécié et possède une clientèle plus jeune. Il faut savoir utiliser ces plates-formes en parallèle.» Attention à ne pas se disperser: «Le réflexe est de vouloir s’installer sur tous les réseaux à la fois. Au début, il vaut mieux se concentrer sur peu de présences pour être plus performant.»

Chercher l’interaction

Pour se faire remarquer, les offices misent sur l’interaction. Le concours lancé il y a deux ans par Montreux-Vevey Tourisme – similaire à ceux proposés par l’OTV et Pays-d’Enhaut Tourisme – a rapporté à l’office des centaines de photos qu’il exploite encore aujourd’hui. «Cela a l’avantage de générer du contenu et de faire connaître la région via le réseau des auteurs des clichés», se réjouit Kristina Kalz. Là encore, il est nécessaire de bien connaître ces outils, avertit David Labouré: «Un tel concours est idéal pour Instagram. Mais attention à l’utilisation des hashtags sur Facebook: les options de confidentialité des publications empêchent de retrouver la plupart des images partagées!.»

Les habitudes évoluent et les internautes privilégient désormais les réseaux sociaux pour leurs recherches. «Il devient stratégique d’identifier des «leaders d’opinion», des personnes qui possèdent un large réseau, capables d’influencer leur communauté», ajoute David Labouré. La destination Villars-Les Diablerets l’a bien compris et a récemment engagé deux bloggers (lire ci-dessous). «Nous accueillons en moyenne 400 journalistes par année. Sur le nombre, les bloggers vont prendre de plus en plus de place», estime Myriam Pichard.

Créé: 05.08.2015, 17h18

Des bloggers pros pour vanter Villars et Les Diablerets

Des bouquetins sur la terrasse de leur cabane, un lever de soleil flamboyant sur le glacier des Diablerets, le panorama du col de la Croix. Elisa Détrez, 31 ans, et Maxime Coquard, 29 ans, repartent des Alpes vaudoises des souvenirs plein la tête.

Arrivés le 23 juillet, les deux bloggeurs français, auteurs du site Bestjobers, ont été invités par l’Association touristique Villars-Gryon-Les Diablerets à découvrir pendant six jours les trois destinations. Rémunérés, les globe-trotters doivent en contrepartie générer du matériel destiné aux réseaux sociaux: vidéos, galeries d’images ou encore contenu rédactionnel.

Un bel atout pour la structure ormonanche, très active sur Facebook et Instagram. «En tant que professionnels, on a parfois tendance à rédiger un contenu institutionnel, explique Myriam Pichard, responsable de l’office des Diablerets. Or, aujourd’hui, les internautes sont à la recherche d’inspiration et non d’information. Travailler avec des bloggers permet d’amener un regard extérieur.» Elisa Détraz ajoute: «Les touristes choisissent une destination en se fiant avant tout aux conseils d’amis. Ils feront plus confiance aux informations partagées sur un blog, par une «vraie personne», qu’à celle d’un site officiel.» Le couple est passé pro sur ce créneau mais affirme rester totalement libre: «Si une destination ne nous plaît pas du tout, nous n’acceptons pas de collaborer», précise Maxime Coquard.

Le secret pour accrocher l’œil des utilisateurs? «Il faut leur permettre de s’identifier à une image, répond le photographe. Dans nos clichés, je mets souvent en scène Elisa dans un paysage. Les gens doivent se dire: ça pourrait être moi!» Ce faisant, la région se rend visible auprès des 16'000 fans que compte le profil Facebook des Bestjobers et des 61'000 abonnés de sa page Instagram.

«Au travers des différentes plates-formes sur lesquelles nous travaillons, nous sommes en mesure de toucher 100'000 personnes au total», affirme Elisa Détrez.

Le couple a avant tout tissé ce vaste réseau grâce au concours «The Best Job in the World», lancé par Tourism Australia en 2009. Les deux bloggeurs l’ont remporté et, avec lui, une enveloppe de 100'000 dollars australiens (environ 70'000 fr.) pour assurer durant six mois la promotion touristique du pays. «Ce concours a attiré 330'000 candidats dans 196 pays. Pour nous démarquer, nous avons dû faire une très grosse préparation en amont, apprendre à travailler sur les réseaux sociaux», explique la bloggeuse. Qui ajoute: «Rien qu’en Australie, notre travail a rapporté quelque 5 millions d’euros de retombées publicitaires au tourisme du pays.»

De retour en Europe, le duo a monté sa structure professionnelle et met son savoir au service des milieux touristiques. «L’Australie est la région la plus dynamique sur ces médias, précise Elisa Détrez. Elle s’est mise très tôt à les utiliser. Alors que ce réflexe reste encore moins présent en Europe.»

www.bestjobersblog.com

En chiffres

51'000 Le nombre de fans de la page Facebook de l’OTV. Spécialiste des réseaux sociaux, David Labouré indique que cette statistique n’est pas nécessairement parlante: «Ce qu’il est intéressante de mesurer, c’est «l’engagement» de son réseau, son degré d’interaction.»


442 Le nombre de publications de l’Office du tourisme des Diablerets sur Instagram. Chaque photo y est «aimée» entre 70 et 200?fois. C’est mieux que MyLausanne avec une trentaine de «likes» environ pour ses 56 publications. En moyenne, les fans de MyLausanne sont en revanche plus actifs sur Facebook que ceux des Diablerets, selon les statistiques du site.


1 million Le nombre de Romands présents sur Facebook. En Suisse, 3,5 millions de personnes y sont connectées, soit 43% de la population. Le site dénombre 1,49 milliard d’utilisateurs actifs dans le monde.

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