«Les Églises devraient arrêter de faire la morale»

ReligionLes chrétiens doivent cesser de culpabiliser à cause du sexe, estiment deux théologiens. Plaidoyer pour une libération.

Yvan Bourquin et Nicole Rochat plaident pour une Église qui accueille sans juger.

Yvan Bourquin et Nicole Rochat plaident pour une Église qui accueille sans juger. Image: MARIUS AFFOLTER

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Et si les Églises chrétiennes cessaient de faire une fixette sur les mœurs de leurs fidèles? C’est ce que préconisent Yvan Bourquin (73 ans), docteur en théologie vaudois, et Nicole Rochat (53 ans), pasteure neuchâteloise. Ces deux théologiens, qui se sont rencontrés fin 2017, viennent de signer un article commun sur le sexe et la religion dans la revue chrétienne «Itinéraires». Interview en couple.

Pourquoi pensez-vous que les Églises devraient cesser de faire la morale aux gens?

Nicole Rochat: À force, on a vidé le christianisme de sa substance. La preuve, c’est que beaucoup de parents envoient leurs enfants au caté pour qu’ils aient des valeurs, mais ils se tournent vers le bouddhisme quand ils veulent méditer… Pour la plupart des gens, l’Église n’est plus un lieu de spiritualité où l’on cherche Dieu mais un lieu d’oppression qui montre du doigt les comportements jugés inacceptables.

On peut avoir une sexualité libre et être chrétien?

Yvan Bourquin: Être chrétien, c’est suivre une voie d’amour. À chacun de le vivre et de l’interpréter en conscience, dans une éthique en construction. C’est quelque chose de personnel et qui dépend de notre relation à Dieu. Il n’y a pas de recette toute faite, à chacun de trouver sa voie.

Tout serait donc permis? Même l’échangisme?

N.R.: Ce ne serait pas ma façon d’aimer. Mais si quelqu’un me dit qu’il le fait je ne vais pas le regarder de travers. Peut-être que ce ne sera qu’une étape vers autre chose. Cela dit, la sexualité doit permettre aux personnes de s’épanouir et pas de s’avilir. Le commandement suprême est: «Tu aimeras ton prochain comme toi-même.» Toute la question est alors de savoir comment je m’aime moi-même. Suis-je en relation profonde avec l’autre ou seulement avec son corps?

Y.B.: Je ne jugerais pas, pour autant que l’épanouissement d’une personne ne se fasse pas au détriment de l’autre.

Pourtant la Bible et notamment l’apôtre Paul posent des restrictions claires sur la sexualité.

N.R.: Jésus n’en a presque pas parlé dans les Évangiles. Quant aux textes de Paul, on ne peut pas les comprendre sans les remettre dans leur contexte historique, ce qui nous aide à comprendre que ce qui est dit s’inscrivait dans des enjeux de l’époque. Le fait qu’on ait pris des versets en ignorant leur contexte explique pourquoi on a mal interprété des éléments qui touchent à la sexualité. Par exemple, tout ce que Paul dit de la chair a été interprété comme synonyme de sexualité, alors que, pour lui, la chair désignait l’homme qui n’a pas encore été touché par Dieu et qui porte encore tous ses défauts. Même l’orgueil en fait partie.

Est-ce que, dans une époque d’incitation permanente à la sexualité, l’invitation à l’abstinence n’aurait pas aussi des vertus pour les jeunes?

N.R.: Oui, c’est une voie possible, mais il ne faudrait pas en faire un nouvel absolu. En fait, si chacun se met à l’écoute du projet de Dieu pour lui, cela le mène à modifier ses relations avec les autres, à davantage les respecter. Cela ne va pas forcément en direction d’une sexualité débridée, mais vers un épanouissement de l’être. La sexualité devient alors quelque chose de rassurant, de bienfaisant, comme un accomplissement.

Y.B.: La sexualité implique d’être en relation avec l’autre et elle se joue dans le respect et le don mutuel. Elle est trahie lorsqu’elle devient le lieu de l’esclavage et de l’exploitation de l’autre. Il faut comprendre que le message du Christ dans notre vie nous libère du besoin de reconnaissance, du souci d’exister, d’avoir une place. Je suis libéré de tout ce qui travestit l’amour et de la tentation de n’être centré que sur mon propre plaisir.

Créé: 21.07.2018, 11h00

Un couple non marié mais «en paix»

Nicole Rochat et Yvan Bourquin assument des activités pastorales et forment un couple sans être mariés: une situation qui aurait mal passé dans l’Église autrefois. «Nous nous sentons totalement unis devant Dieu et en paix, même si nous ne sommes pas juridiquement mariés», dit-elle. Ajoutant qu’on «peut avoir des amours et des fidélités successives dans une vie. Yvan est veuf et moi je suis divorcée. Quand je célèbre un mariage, je dis toujours: «Mon souhait est que vous puissiez vous aimer tous les jours de votre vie.» Yvan Bourquin l’assure: «Nous n’avons rien contre le mariage, mais nous n’en ressentons pas la nécessité actuellement.»

Leur vision de l’Église est celle d’une communauté inclusive, c’est-à-dire qui accueille tout le monde, non seulement les minorités sexuelles mais aussi toutes les personnes victimes de préjugés. «Les Églises qui demandent aux gens de se débarrasser de leurs péchés pour avoir le droit de faire partie de la communauté font fausse route, car elles demandent à ces personnes de se défaire de leurs péchés par leurs propres forces», écrit Nicole Rochat dans un livre à paraître. Et même «affirmer que des péchés pourraient nous éloigner de Dieu est une erreur dogmatique. Un seul péché peut nous éloigner de Dieu: c’est le fait de le rejeter définitivement, lui fermer pour toujours la porte de notre cœur.»

Mais pourquoi les Églises ont-elles fait de la morale sexuelle une grande affaire au cours des siècles? «Du fait de ses liens étroits avec la classe dirigeante, l’Église s’est sentie investie, par le passé, de la mission suivante: contrôler les mœurs de la société», expliquent-ils.

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