Les festivals restent accros aux sponsors de l’industrie du tabac

FinancementEn Europe, la Suisse est mauvaise élève en lutte antitabac. Les partenariats entre festivals et cigarettiers posent problème.

Un stand vendant des cigarettes à Paléo, qui considère que le festival est comme un village, avec ses commerces et ses commodités habituels.

Un stand vendant des cigarettes à Paléo, qui considère que le festival est comme un village, avec ses commerces et ses commodités habituels. Image: ANTHONY ANEX

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Alors que la polémique enfle autour du choix de Philip Morris comme principal sponsor du pavillon suisse de l’Exposition universelle de Dubaï en 2020, certaines manifestations culturelles décident de se défaire de tels partenaires. Le Gurten Festival à Berne, le Baleinev Festival à Yverdon ou encore le Vernier sur Rock en font partie.

«C’est clair que la recherche de fonds est plus compliquée, l’argent du tabac est difficile à remplacer»

Myriam Kridi, directrice du Festival de la Cité

En 2015 déjà, le Festival de la Cité à Lausanne avait abandonné son partenariat avec Philip Morris. Myriam Kridi, directrice du festival, ne regrette pas le choix fait par Michael Kinzer, son prédécesseur: «C’est clair que la recherche de fonds est plus compliquée et que l’argent du tabac est difficile à remplacer. Pourtant, le bilan est plutôt positif. Pour nous, travailler sans l’industrie du tabac est devenu une contrainte parmi tant d’autres et les difficultés sont compensées par le sens éthique que nous donnons à ce choix.» C’est un budget fluctuant, qui tournait tout de même autour des 50'000 francs, que la manifestation lausannoise a dû compenser.

Des soutiens alternatifs

À la suite de sa décision, le Festival de la Cité a bénéficié du soutien de la Ligue pulmonaire vaudoise pendant quatre années alors que Label Suisse est associé au Centre d’information pour la prévention du tabagisme depuis sa dernière édition. Les associations et organismes de prévention n’ont cependant pas les mêmes ressources que l’industrie du tabac. «C’est très bien que les festivals s’engagent et nous demandent conseil. Mais nous n’avons pas les moyens de sponsoriser tous les festivals souhaitant se passer de ce type de partenariats. C’est bien sûr le rôle des manifestations de se responsabiliser, mais il faudrait surtout que les pouvoirs publics posent une vraie législation sur le sujet», estime Virginie Brehier, responsable promotion santé et prévention à la Ligue pulmonaire vaudoise.

Un vide législatif

Dans le canton de Vaud, les plus grandes manifestations sont encore sponsorisées par l’industrie du tabac: Paléo, le Montreux Jazz Festival ou Rock Oz’Arènes entre autres. Pour Michèle Müller, responsable média pour Paléo, «le festival est comme un village et les personnes en faisant partie doivent avoir accès aux mêmes services que dans n’importe quelle ville, ce qui inclut des kiosques proposant des cigarettes».

Pourtant, d’après la dernière étude du Monitorage suisse des addictions, 59% de la population serait favorable ou assez favorable à une interdiction générale des partenariats entre les manifestations culturelles ou sportives et l’industrie du tabac. L’OMS recommande d’ailleurs également une interdiction ou une restriction de tels parrainages dans sa convention cadre pour la lutte antitabac. La Suisse l’a signée, il y a quinze ans déjà, mais est le dernier pays européen à ne pas l’avoir ratifiée. La raison: la législation du pays ne respecte pas les termes de la convention.

Un retard que les autorités ne semblent pas près de rattraper. Actuellement, la loi sur les produits du tabac ne pose aucune restriction à ces partenariats et cette question a été rayée de la nouvelle version prévue pour 2022, alors que la proportion de fumeurs en Suisse stagne entre 20 et 30% selon les estimations depuis 2011.

Des organisations de la santé, de la jeunesse et des médecins de famille ont donc lancé l’initiative populaire «Oui à la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le tabac». Elle sera déposée à la fin de l’été.



Une industrie du tabac plus éthique?

Certaines relations festival-cigarettier durent: huit années environ pour le Montreux Jazz et British American Tobacco. «Ce sponsor permet de compléter l’univers de nos partenaires, dont l’apport total représente environ le quart du budget», explique Marc Zendrini, responsable presse du festival.

Cependant, comme la loi l’indique, les lieux faisant la promotion des marques de tabac ne sont pas visibles du domaine public et les activités marketing sont réservées aux fumeurs majeurs. «Le but est de permettre à nos consommateurs adultes déjà existants d’avoir accès aux produits aussi lors des manifestations», précise Brenda Ponsignon responsable média pour British American Tobacco.

D’autres poussent la réflexion plus loin. Depuis plus d’un an, Philip Morris ne fait plus de publicité pour ses cigarettes lors de festivals à l’exception d’IQOS. «Notre objectif global est de remplacer les cigarettes par des produits sans fumée potentiellement moins nocifs», explique Julian Pidoux, porte-parole de Philip Morris.

Pourtant, une étude menée par l’Université de Lausanne en 2017 affirmait que la vapeur des IQOS contenait seulement 15% de nicotine en moins que les cigarettes classiques, ainsi que des éléments de pyrolyse et de dégradation thermochimique qui sont les mêmes composés nocifs que dans la fumée. Bien que cette étude ait été contestée par le cigarettier, le caractère moins nocif de cette alternative reste incertain. «Le vide juridique autour des vapoteuses et des produits du tabac chauffé est un vrai problème», explique Virginie Brehier, responsable promotion santé et prévention à la Ligue pulmonaire vaudoise. En effet, il faudra attendre 2022 pour que la nouvelle loi sur les produits du tabac entre en vigueur et en réglemente la vente.

Créé: 22.07.2019, 07h29

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