Les médecins multiplient les placements forcés

SantéMalgré les mesures, les placements à fin d’assistance prononcés par le corps médical ont bondi de plus de 20% en trois ans

Le Dr Stéphane Morandi, psychiatre et médecin cantonal adjoint, veut faire la lumière sur l'augmentation des cas.

Le Dr Stéphane Morandi, psychiatre et médecin cantonal adjoint, veut faire la lumière sur l'augmentation des cas. Image: Morgane Rossetti

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Faire admettre un individu contre son gré à l’hôpital psychiatrique ou en institution. La question sensible des placements à des fins d’assistance, les fameux PLAFA, agite les esprits depuis 2014. Malgré des dénonciations d’abus, des débats au Grand Conseil, la tenue d’assises, un ajustement du dispositif et des efforts de coordination entre la justice de paix et les médecins, les cas se multiplient en terre vaudoise, collant à la tendance suisse (+30% de cas entre 2014 et 2015 au niveau national).

Le registre cantonal des mesures de protection, institué il y a quatre ans, révèle que le nombre de placements forcés prononcés par des médecins a bondi de près de 23% entre 2013 et 2016. «Nous sommes en train d’examiner ces chiffres, réagit le Dr Stéphane Morandi. C’est un sujet de préoccupation. En comparaison internationale – et toutes proportions gardées, car les législations varient –, les médecins vaudois prononcent beaucoup de mesures de contrainte.» Le psychiatre a été nommé médecin cantonal adjoint au début de l’année pour faire la lumière sur ce phénomène.

Droits méconnus

Comment expliquer la hausse? «Nous en sommes encore à une phase d’analyse des données», indique le Dr Morandi. Restent des hypothèses, dont l’impact de la diminution drastique des lits en psychiatrie. «Les gens restent moins longtemps à l’hôpital; les lits sont réservés aux situations de crise. Cela peut augmenter le recours à la contrainte. Autre hypothèse: nous vivons dans une société qui cherche de plus en plus à limiter le risque.»

Le Service de la santé publique a entrepris de rencontrer les médecins, notamment aux Urgences et en EMS, pour comprendre là où le bât blesse.

De son côté, l’association Pro Mente Sana, inquiète par l’augmentation des cas en Suisse, demande que seuls les psychiatres puissent prononcer cette restriction des libertés individuelles, comme cela se fait notamment à Genève. «Nous évoquons une limitation de l’autorisation à certains spécialistes, rapporte Stéphane Morandi. Après tout, l’écrasante majorité des motifs de PLAFA est liée à des troubles psychiques.»

Le médecin cantonal adjoint compte aussi interroger l’offre de soins psychiatriques ambulatoires. «Est-elle suffisamment développée pour fournir des alternatives aux mesures de contrainte? Les modèles de soins communautaires – par exemple des personnes en grande difficulté psychique soignées à domicile – se développent peu chez nous.»

Le spécialiste connaît bien la question des traitements psychiatriques sous la contrainte; il a étudié le sujet durant un an, en Angleterre. «Ce qui m’a frappé là-bas, c’est l’implication des associations de patients. Dès qu’une personne est hospitalisée contre son gré, on lui envoie un représentant qui lui explique ses droits. Cette mobilisation des usagers est essentielle pour réduire le nombre de PLAFA.» A noter que la justice vaudoise a décidé en 2015 de faciliter le recours à un avocat en cas de placement.

«La plupart des personnes âgées ignorent totalement leurs droits, notamment le fait qu’elles peuvent faire recours contre cette décision», déplore la présidente de l’association de défense des aînés AVIVO, Christiane Jaquet-Berger, qui qualifie la hausse d’«inquiétante». «Parfois, ces placements sont une bonne chose pour la sécurité de la personne. Mais toutes les mesures ont-elles véritablement été explorées avant de prendre une décision aussi drastique? Celle qui consiste par exemple à maintenir les gens chez eux avec une médication imposée est peu utilisée au regard des placements.» En 2015, les plus de 65 ans représentaient 25% des PLAFA.

L’ex-député et médecin Jacques-André Haury s’est impliqué dans les débats politiques visant les placements. Il qualifie la hausse récente d’«énorme» et y voit une évolution de la médecine «qui passe d’une situation d’aide aux personnes qui le demandent à une prise de pouvoir sur le patient. Le corps médical, j’en ai peur, a tendance à placer les gens pour les protéger d’eux-mêmes. Je suis de ceux qui pensent que si quelqu’un ne met pas en danger autrui, il ne devrait pas être placé. Cela enrayerait certainement l’augmentation.»

La peur du «contrôle social»

Directeur de l’action sociale au GRAAP, la fondation défendant les malades psychiques, Richard Joray relève l’utilité des PLAFA pour nombre de patients. Il pointe aussi un risque: le contrôle social. «Notre société supporte moins les personnes en décompensation. Je pense qu’une très bonne coordination du réseau de soins (généraliste, psychiatre, proches, hôpitaux) permet de diminuer le nombre de placements.» Il rapporte que, pour les patients, cette réduction des libertés individuelles est systématiquement «vécue comme quelque chose de déshumanisant. Ils ont d’ailleurs besoin d’en reparler, après, avec les psychiatres. Je dois dire que ces derniers sont vraiment attentifs à cet enjeu.» (24 heures)

Créé: 16.08.2017, 08h07

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Les motifs d’une mesure extrême

Dans le canton de Vaud, un placement à des fins d’assistance (PLAFA) peut être prononcé par la justice de paix ou par les médecins. A noter que le nombre de mesures émanant des juges de paix sont en baisse (157 placements en 2013 contre 132 en 2016).

C’est le corps médical qui est à l’origine de l’écrasante majorité des PLAFA (94% du total des décisions en 2015). Sont habilités à le faire: les médecins de premier recours, les médecins de garde, les pédiatres, les psychiatres et les pédopsychiatres.

Trois motifs justifient un placement forcé dans une institution «appropriée»: des troubles psychiques, une déficience mentale ou un grave état d’abandon. Cette mesure extrême est admise si l’individu présente un danger pour lui-même ou ses proches et si l’ensemble des mesures moins contraignantes ont été envisagées.

La durée moyenne d’un PLAFA dans le canton était de 20 jours en 2016 (la tendance est à la baisse). Les 30% des mesures sont levées la première semaine.

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