Les militantes inaugurent la grève des femmes

Histoire d'ici1991 Lancé par un syndicat, le premier 14 juin orné de violet et de fuchsia fut peu encouragé, mais déboucha malgré tout sur une participation maousse.

Les rues de Lausanne avaient été rebaptisées par les militantes de noms de femmes célèbres.

Les rues de Lausanne avaient été rebaptisées par les militantes de noms de femmes célèbres. Image: PATRICK MARTIN/A

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Ce matin-là, il faisait beau. Je me souviens d’être sortie de chez moi et d’avoir croisé une femme vêtue d’un t-shirt fuchsia: nous nous sommes souri.» Geneviève de Rham, l’une des chevilles ouvrières de l’action de vendredi prochain à Lausanne, se rappelle la première grève des femmes, en 1991, qui anima tout le pays. «À cette époque, la majorité des femmes étaient des ménagères, poursuit-elle. Le modèle de «Monsieur Gagne-Pain» était prégnant. Elles ont dû transgresser plein de choses pour se rallier au mouvement.»

Si le moment le plus mémorable fut la grande manifestation à Berne sur la place Fédérale, les actions essaimèrent un peu partout. L’histoire a retenu le chiffre de 500 000 femmes mobilisées. Est-il fiable? Les chiffres de 100 000 et de 200 000 étaient également annoncés par certains journaux.

Dans le canton de Vaud, la journée fut «joliment mouchetée des couleurs de la grève», comme l’écrivait le journaliste Jean Rüf dans l’édition de «24 heures» du 15 juin 1991. Son article est entièrement écrit au féminin. Partout en ville, des femmes portent une «broche rose à effigie boudeuse». Les rues sont rebaptisées par les militantes de noms de femmes célèbres.

C’est surtout dans les administrations que les employées ont eu le loisir de manifester, même s’il n’a pas vraiment été question de grève. «24 heures», toujours, rapporte que le bâtiment de Chauderon et celui de la Pontaise, où travaillent respectivement les fonctionnaires lausannois et du Canton, se sont mobilisés. La syndique Yvette Jaggi a organisé une «grande journée de discussion» dans ses services. Au CHUV, les infirmières prolongent leur pause.

Ailleurs, dans l’économie privée, peu de traces concrètes de la grève des femmes. Le journaliste Michel Pont, qui a titré «Une grève sans grandes vagues», signale que les grands magasins comme La Placette (Manor) ou l’Innovation (Globus) ont fonctionné comme un jour normal. Au siège administratif de la Migros, à Écublens, la secrétaire du directeur a offert une «rose rose» aux employées. Une gentille affiche a été placardée: «Sans les femmes la vie serait moins douce.»

Une cause en panne

À l’origine, des employées de l’industrie horlogère, à la vallée de Joux, s’étaient plaintes à leur syndicat, la FTMH, de leurs bas salaires. À l’automne 1990, la FTMH lance l’idée, reprise par l’Union syndicale suisse, d’une grève des femmes pour le 14 juin. Il s’agit de fêter les 10 ans de l’inscription du principe de l’égalité dans la Constitution. L’article de loi n’a pas beaucoup fait progresser la cause, estime la gauche.

À droite, les mines sont circonspectes. Dans les semaines qui précèdent la grève, maintes mises en garde ont été publiées sur son caractère illicite. Surtout, l’idée est accueillie avec dédain: «Il y avait du mépris pour ces nanas qui s’énervaient», raconte encore Geneviève de Rham.

Au Parti radical, la présidente des Jeunesses, Fabienne Guignard, est présentée comme l’une des sceptiques. «24 heures» la cite: «La grève n’est pas un coup de pub positif.» Aujourd’hui, la même Fabienne Guignard, rédactrice en chef de la «Tribune» du PLR vaudois, explique que l’époque ne permettait pas une trop grande émancipation. Elle était cadre bancaire et se trouvait déjà bien chanceuse de pouvoir évoluer à égalité dans un monde presque exclusivement masculin.

En politique, Fabienne Guignard a obtenu dans les années 90 le «poste» de cheffe de groupe au Conseil communal de Lausanne, «nommée par des hommes». «J’ai toujours été féministe, poursuit-elle, mais faire la grève tout en étant jeune cadre dans une entreprise, lieu masculin et de pouvoir, n’était pas possible. Cela ne servait à rien d’aller à la confrontation: il fallait plutôt être courageuse et assumer ses propos.» Le 14 juin prochain, elle s’habillera en fuchsia. (24 heures)

Créé: 08.06.2019, 13h46

En images



L’article de la Constitution fédérale établissant, dès 1981, l’égalité n’avait, selon la gauche, pas beaucoup fait progresser la cause. PHILIPPE MAEDER/A




Des représentantes du collectif lausannois Femmes en grève le 14 juin 1991, dont Geneviève de Rham était membre. HÉLÈNE TOBLER/A




Des manifestations ont eu lieu dans tout le pays; ici sur l’Helvetiaplatz, à Zurich. WALTER BIERI/A

Articles en relation

La grève, trop à gauche pour les femmes de droite

Féminisme Une forte majorité de la population soutient le mouvement de la grève des femmes. Mais l’accueil est plus froid à droite. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.