Les raisons de la colère contre l'armée

EoliennesLes méthodes de la «grande muette» dans le dossier éolien passent très mal. Tant sur le fond que sur la forme

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L’étude d’Armasuisse qui paralyse dix futurs parcs éoliens vaudois à cause des radars militaires a fâché les cantons de Vaud et de Fribourg. La conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro (PLR/VD), cheffe du Département du territoire et de l’environnement, a dénoncé un «message catastrophique» en provenance de Berne. Pourtant, les restrictions imposées par l’armée n’étaient pas une découverte. Et l’étude d’Armasuisse, présentée le 8 décembre dernier à Payerne, était attendue depuis des mois. Alors, pourquoi cette mauvaise humeur?

Premier motif: les restrictions de l’armée ont pris des proportions que personne n’attendait. «Nous avons découvert que le périmètre qui pose problème autour de l’aérodrome de Payerne s’étend sur certains axes jusqu’à 40 kilomètres et touche dix parcs éoliens, alors qu’auparavant c’était un rayon de 20 kilomètres qui était soumis à d’éventuelles restrictions et qui portait sur cinq parcs», rappelle Cornelis Neet, directeur général de l’Environnement du Canton de Vaud. Désormais, trois parcs éoliens vaudois se retrouvent, tout ou partie, en «zone d’exclusion» tandis que sept autres parcs sont «soumis à réserve». On retrouve même une partie du parc de Provence en zone d’exclusion, alors que le Département fédéral de la défense (DDPS) l’avait approuvé deux fois dans le passé.

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«Restrictions inimaginables»

Cette mauvaise nouvelle avait été donnée en primeur par courrier au Conseil d’Etat vaudois en octobre dernier et fait sortir Jacqueline de Quattro de sa réserve: en séance du Grand Conseil, elle avait enjoint le DDPS à revoir ses radars, «ce serait mieux contre les crashs d’avions» (sic). A Fribourg aussi, l’étude d’Armasuisse agit comme un sac de poil à gratter: «Nous savions que cette étude était en route et le DDPS nous avait assuré qu’il «n’y aurait pas de gros problème»… Tout à coup, nous découvrons des restrictions inimaginables», fulmine le conseiller aux Etats Beat Vonlanthen (PDC/FR).

Deuxième motif de mauvaise humeur: la curieuse façon dont le DDPS a communiqué cette étude. Le contenu a été dévoilé par les Forces aériennes et Armasuisse lors de la conférence de presse, le 8 décembre, avant même que les Cantons ou les porteurs de projets éoliens ne soient informés du contenu. Ils ont eu droit à un bref topo une heure avant les journalistes. «On ne peut pas balancer une étude qui a de pareilles conséquences avec une telle légèreté! commente le conseiller national Daniel Brélaz (Verts/VD). D’autant plus qu’elle n’a fait l’objet d’aucun arbitrage: Armasuisse définit des zones d’interdiction en se basant sur les exigences internes de je-ne-sais-quel gradé.»

«Irritation» à Berne

Maladresse ou volonté délibérée? Cette façon de faire a en tout cas interpellé jusqu’au Conseil fédéral. Doris Leuthard, en charge du Département fédéral de l’environnement (DETEC), n’a été mise au courant de la conférence de presse que la veille, selon son Département. Lequel précise que ces informations ont provoqué «une certaine irritation». Conscients d’avoir allumé une longue chaîne de pétards, les communicants du DDPS ont essayé de calmer le jeu lors de la conférence de presse: «Nous avions beaucoup de questions au sujet de cette étude, nous voulions informer tout de suite avant que les informations ne sortent par la bande», expliquait alors Karin Suini, porte-parole romande du DDPS. Et il n’y a rien de définitif, précisait de son côté Bruno Locher, chef de Domaine au DDPS: «Cette étude n’est qu’une base qui permettra de discuter avec les cantons dès le début de 2017.»

Pas de quoi calmer les cantons, consternés par la façon de faire autant que par l’étude. «C’est le moment que Guy Parmelin nous montre que cela sert à quelque chose d’avoir un conseiller fédéral vaudois», lance Roger Nordmann, président du groupe socialiste aux Chambres fédérales. Guy Parmelin n’a pas voulu répondre à notre demande d’interview, mais il fait savoir par son service de presse qu’il «souhaite un travail d’équipe entre les cantons concernés et son Département, et attend des avancées et des résultats concrets dans ce dossier». Il avertit que «son souci premier est la sécurité des pilotes. Sur cet aspect-ci il n’y aura pas de compromis», mais il se dit «persuadé qu’une solution concertée et pragmatique est possible pour garantir l’un et l’autre, la sécurité des pilotes et le défi énergétique».

Analyse pour Provence

Concernant le futur parc de Provence, le DDPS va en tout cas initier tout de suite «une analyse spécifique». C’est du moins ce qui a été annoncé aux responsables de Romande Energie, lors d’une réunion qui s’est tenue jeudi à Berne. «Une séance constructive où chacun a pu faire part de son point de vue sur l’étude d’Armasuisse», indique Karin Devalte, porte-parole du géant électrique. Une nouvelle rencontre est agendée en février «pour évoquer les premiers résultats de cette analyse et dans l’optique de chercher une solution acceptable pour les deux parties». Comme les cantons, les promoteurs éoliens sont impatients de pouvoir trouver «une solution pragmatique» avec le DDPS. (24 heures)

Créé: 17.12.2016, 08h13

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De toute manière, les recourants ne manqueront pas de requérir production au dossier des documents pertinents du DDPS.» A titre personnel, Pierre Chiffelle s’amuse de la situation: «C’est la première fois dans ma vie que je me réjouis d’une intervention du DDPS. Cela dit, nous ne manquons pas de munitions non plus pour
nous opposer à ce parc.»

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