Les soignants se plaignent d’un manque de personnel «catastrophique»

CHUVCongés maternité non remplacés, personnel administratif manquant, médecins assistants accumulant les gardes: les employés de l’Hôpital cantonal en ont marre. Réactions

Les infirmiers subissent une augmentation de leur charge de travail.

Les infirmiers subissent une augmentation de leur charge de travail. Image: Keystone

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«Ce qui se passe à la maternité est catastrophique. On se retrouve régulièrement avec un manque de personnel en salle d’accouchement», explique un chef de clinique de la maternité du CHUV.

Qu’ils travaillent en pédiatrie, à la maternité, aux soins intensifs, en neurochirurgie ou encore à la policlinique, infirmiers et médecins disent leur ras-le-bol et la dégradation de leurs conditions de travail. En 2016, 24 heures faisait déjà état de la surcharge de travail du personnel. Ce dernier avait même manifesté à Lausanne. Deux ans plus tard, les propos recueillis n’ont pas beaucoup changé. «Pendant quatre mois, sur neuf médecins assistants, nous n’étions plus que sept, dénonce une doctoresse en formation. Nous avions deux femmes enceintes dans notre service. Comme elles ne peuvent pas faire d’horaires prolongés ou de nuit, nous avons dû nous partager leurs gardes.»

La jeune femme, qui ne souhaite pas divulguer le nom du service où elle travaille, s’est retrouvée à faire un mois complet avec des horaires irréguliers. «Dès qu’il manque une personne, on court à la catastrophe.»

«Les questions liées aux congés maternité ou aux changements d’affection en cas de grossesse sont quotidiennes dans un hôpital qui emploie une main-d’œuvre jeune et comptant une majorité de femmes, explique Patrick Genoud, directeur adjoint des soins. Pour cela, les dotations des équipes soignantes (soit le nombre de personnes engagées dans un service pour couvrir des activités 24h/24 et 365 jours par an) intègrent un certain nombre de jours d’absence pour la maternité, les vacances, les maladies, les jours fériés, la formation, etc. Cela permet de disposer d’un effectif quotidien adéquat. Les problèmes peuvent arriver lorsque le nombre de congé maternité, par exemple, dépasse un certain volume dans un service. Nous tentons alors de trouver des remplaçants. Mais ce n’est pas toujours simple, tout dépend du métier qu’exerce la personne qui est en congé.»

Toujours plus de travail

Médecins et soignants quittent le navire les uns après les autres. «Je suis venu en Suisse attiré par la qualité des soins, explique un jeune infirmier étranger. J’ai quitté le CHUV car le confort du soignant n’existe plus. Quand un infirmier est malade, le chef de service tente de le remplacer parmi les membres de l’équipe. Cela augmente encore la charge de travail des personnes qui restent. Le pool de remplacement, composé d’infirmiers intérimaires qui connaissent la maison, n’est pratiquement jamais appelé à la rescousse, car c’est du personnel qu’il faut payer en plus.»

La commission du personnel (CP) est souvent sollicitée par des employés mécontents. «Nous travaillons avec la direction et les syndicats, explique Véronique Schober, présidente de la CP. Nous constatons que certaines choses ne vont pas. Dans les soins, il y a beaucoup d’absences pour maladie, en outre à cause de l’exigence du métier. En chirurgie, par exemple, les infirmiers subissent une augmentation de leur charge de travail. Ils ont à peine le temps d’expliquer le traitement à un patient qu’ils sont appelés pour autre chose. La direction est cependant très à l’écoute et réactive dès que la CP l’interpelle. La situation est plus ou moins problématique en fonction de la hiérarchie de proximité, en particulier dans le domaine administratif, car là aussi nous constatons un réel manque de personnel voire pas de remplacement lors d’absence maladie de courte durée. Les effectifs sont parfois mal répartis entre départements.»

Un ancien employé du service de neurochirurgie fait état d’un retard de plus de cinq mois dans la remise des rapports de sortie des patients. Antonio Racciatti, directeur des Ressources humaines, explique: «Nous sommes conscients qu’il y a des améliorations à faire dans certains services. C’est principalement au niveau de la planification que le bât blesse. Certaines situations peuvent être anticipées et nous souhaitons mettre en place, partout où cela est possible, ainsi que pour l’organisation du travail des médecins, des plannings sur douze mois. Nous avons une équipe d’experts qui travaille à cela avec les différents responsables. Cela prend du temps, mais porte ses fruits.»

Le directeur se défend de vouloir faire des économies sur le dos du personnel. «Nous savons que les collaborateurs fournissent jour après jour des efforts conséquents. En termes de charge de travail, tout n’est pas optimal et nous travaillons en continu pour améliorer les choses. Un exemple parmi beaucoup d’autres est le travail effectué pour décharger nos médecins d’une partie de leurs activités administratives.» Et de rappeler que chaque situation particulière et ponctuelle est prise en compte et réglée, lorsque c’est possible. «Nous entrons en matière pour allouer des ressources transitoires lorsque cela s’avère nécessaire et pour des remplacements. Au fil de ces dernières années, nous avons fait en sorte que les progressions salariales soient accélérées notamment pour les infirmières et les administratifs.

Quant à la nouvelle CCT, elle améliore les conditions de travail des médecins assistants chefs de clinique et a permis de baisser le temps de travail à 47 heures tout en contenant les heures supplémentaires. Du côté des collaborateurs soignants et médico-techniques, le nombre d’heures supplémentaires a baissé entre 2017 et 2018.» Stéphane Bossel, directeur des Finances, de conclure: «La pression budgétaire existe, mais avant de libérer des budgets, nous tentons d’améliorer l’organisation. Les chiffres montrent une augmentation de 13% des postes équivalents plein-temps entre 2013 et aujourd’hui dans les lignes médicales, soignantes, médico-techniques et administratives, pour une augmentation des revenus de 15%. Le CHUV ne cherche donc pas à limiter ses dépenses en personnel.» (24 heures)

Créé: 09.10.2018, 06h49

Le monde hospitalier se complexifie

Au-delà des problèmes d’organisation évoqués, le monde hospitalier est de plus en plus complexe. L’accent mis sur une prise en charge ambulatoire réduit le temps que les soignants ont à disposition avec leurs patients. Les équipes sont de plus en plus grandes et la répartition des tâches doit être revue.

Le dossier informatisé du patient et les différents programmes informatiques sont des outils qui demandent un temps d’adaptation. «Par le passé, lorsque je voulais prescrire un médicament, je le faisais à la main. Désormais, je dois ouvrir un programme informatique, me loguer, aller dans l’onglet ad hoc, trouver le bon médicament, choisir la posologie, signer et contresigner.

Un acte qui me prenait deux minutes prend bien plus de temps aujourd’hui», explique un chef de clinique. Et un infirmier de témoigner: «Ces six derniers mois, la plupart des protocoles de soins ont été revus. Cela augmente le stress du soignant qui doit s’habituer à une nouvelle façon de procéder, sans en avoir le temps, faute de personnel suffisant.

Par ailleurs, l’infirmier fait de plus en plus d’actes délégués par le médecin, sa responsabilité augmente mais il passe de moins en moins de temps avec le patient.»

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