Les syndicats inquiets pour les profs et les familles

Covid-19Les représentants des enseignants demandent de relâcher la pression sur les maîtres et les élèves et réclament plus de sécurité dans les classes du système d'accueil. Cesla Amarelle fixe l'ordre des priorités.

Fermer les écoles ne va pas sans problème (ici, le gymnase de la Cité déserté). Les syndicats relaient les inquiétudes du terrain, le Département fixe l'ordre des priorités.

Fermer les écoles ne va pas sans problème (ici, le gymnase de la Cité déserté). Les syndicats relaient les inquiétudes du terrain, le Département fixe l'ordre des priorités. Image: FLORIAN CELLA

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Six jours après la fermeture des écoles, les syndicats d’enseignants ont publié deux longs communiqués de presse listant les problèmes auxquels fait face le terrain. Ils sont de deux sortes. D’une part, le télé-enseignement entraîne un casse-tête, d’autre part le système d’accueil scolaire (SAS) serait encore trop fréquenté par endroit.

Le télé-enseignement balbutie à ce stade, même si certains déploient déjà leur créativité. L'exemple de Yannick Maury, enseignant secondaire à Morges, est intéressant. Dès mercredi dernier, il a été, comme ses collègues, confronté à l’engorgement de la plateforme educanet2. Il a alors publié sur Facebook une vidéo à l’adresse de ses élèves de 10e prégymnasiale. Dans cette séquence de 5 minutes, il leur donne les consignes pour réaliser un devoir à remettre dans six jours. Animant son propos de petites scènes amusantes, il les invite à créer leur propre séquence filmée, sur un thème livresque.

«Nous avions déjà fait cela l’an dernier dans le cadre d’un concours organisé par le Département, raconte-t-il. J’ai créé cette vidéo pour les motiver et rendre l’exercice plus attrayant.» Le tout peut être réalisé avec un simple téléphone: «Ce sont les élèves eux-mêmes qui m’ont appris à faire le montage!», rigole Yannick Maury.

Autant pour l’anecdote et les cas qui se déroulent bien. Les syndicats ont pour leur part entendu beaucoup d’inquiétudes et ont reçu de nombreux appels de profs pour qui les choses ne vont pas aussi bien. Il est question d’inégalités. Entre les élèves d’abord, suivant le milieu d’où ils viennent. Entre les profs aussi, qui ne sont pas tous aussi agiles techniquement et dont ce n’est pas l’essentiel du métier.

«Il y a une panique chez les profs et dans les familles, rapporte Cora Antonioli, présidente du SSP-enseignement. Tout cela a été fait dans la précipitation. Certaines directions d’écoles enjoignent les enseignants de suivre normalement le programme alors que tous les élèves n’ont même pas encore répondu à l'appel.» Parmi les témoignages au SSP figurent ceux des profs qui sont eux-mêmes des parents et vivent avec leurs enfants à journée faite: «Ils s’étonnent que leur enfant reçoive des tonnes de travail, déjà à ce stade.» Le SSP revendique donc que l’école fasse «baisser la pression», afin de tranquilliser un peu le corps enseignant, les parents et les élèves (la totalité du long communiqué se trouve sur: vaud.ssp-vpod.ch).

La Société pédagogique vaudoise a également publié ses craintes. A ses yeux, trop d’élèves sont encore envoyés à l’école: «Nous constatons que trop d’enfants sont encore accueillis pour permettre à des parents de secteurs non essentiels de travailler», écrit la SPV qui en appelle à un confinement généralisé pour endiguer le phénomène. Le syndicat demande aussi que «les professionnels de tous les secteurs d’enseignement soient disponibles pour le système d’accueil scolaire et que toutes les communes mobilisent leur personnel de structure d’accueil.» (spv-vd.ch)

Au téléphone, le président Gregory Durand insiste sur la nécessité de protocoler très clairement les consignes de sécurité: «Pour que les enseignants puissent jouer leur rôle solidaire auprès des parents enrôlés au front de la lutte contre le virus, les conditions doivent être très sûres.» L’enseignant rappelle que les maîtresses primaires sont les plus présentes et que les distances deviennent plus difficiles à respecter quand les enfants sont petits. Le syndicat revendique en outre que les locaux destinés à l’accueil soient «quotidiennement nettoyés et désinfectés», que du matériel sanitaire soit distribué «en suffisance» et que le nombre d’enfants et d’adultes se trouvant dans le même local ne dépasse pas cinq personnes.

Créé: 22.03.2020, 12h06

«J’exprime ma profonde gratitude aux parents, aux enseignants et aux directeurs»

En charge de l’école, la conseillère d’Etat Cesla Amarelle se dit consciente des problèmes tout en faisant observer que des priorités sanitaires et sociales ont dû être dégagées dans un premier temps.

Comment le télé-enseignement va-t-il s’organiser?
Nous sommes pleinement conscients des défis en présence et allons arriver dès la semaine prochaine avec un nouveau dispositif clarifié pour le télé-enseignement à distance. Rappelons-nous que nous avons dû agir dans l’urgence et face à une situation complètement inédite. La priorité numéro un a été de renvoyer la plupart des élèves chez eux et de créer, en deux jours (!), le système d’accueil scolaire.

Quelles sont les difficultés?
Heureusement, nous avons commencé à travailler depuis deux ans sur les questions d’éducation numérique à l’école. Nous testons du matériel sur un très court laps de temps et nous allons le déployer progressivement avec les trois outils numériques nécessaires dès la semaine prochaine. Imaginez par exemple qu’avant la crise du Coronavirus nous nous préparions à tester certains instruments, comme l’agenda électronique de l’élève par exemple, sur 1000 élèves. Et là, tout le nouveau dispositif doit être mis en œuvre d’un seul coup avec 92'000 élèves! Mais nous y arriverons. Mon objectif et celui de l’ensemble des enseignants reste de permettre aux élèves de continuer à se former en faisant attention aux parents qui doivent gérer leur travail en plus de la scolarité des enfants; je veux aussi ici les remercier.

Comment font les tout jeunes élèves?
Pour le cycle 1, il a fallu être inventif. Nous avons proposé des activités à pratiquer avec les parents, comme de rédiger un journal de bord et de faire des jeux éducatifs. Et les enseignants ont contacté chaque famille pour mettre au point la suite.

Et les familles en difficulté?
Il faut bien comprendre que pour certains enfants issus de ces familles, l’école représente souvent un lieu de réconfort. Nous continuons de travailler pour que l’école puisse, dans la mesure du possible, continuer à jouer ce rôle. Par ailleurs, nous allons constituer un service d’appui spécifique aux élèves qui en ont besoin, que ce soit parce qu’ils n’ont pas accès à un ordinateur chez eux ou sur des questions pédagogiques ou familiales. Une hotline a été mise en place le 19 mars par le SPJ pour les parents (ndlr, 021 644 20 32, de 8h à 20h du lundi au vendredi). De manière gratuite et confidentielle nous offrons un service de conseil professionnel pour aider les parents qui rencontrent des difficultés avec leurs enfants dans la gestion de la vie quotidienne. Des professionnels sont à leur disposition pour les écouter, les conseiller et les orienter.

Aujourd’hui, la Société pédagogique vaudoise a peur pour la santé des enseignants qui gardent les élèves en classe.
Je constate que depuis sa mise en place, le service d’accueil scolaire n'a pas été débordé et les critères de
l’OFSP y sont respectés. Dans les faits, la plupart des demandes formulées par la SPV sont déjà satisfaites et nous avançons sur d’autres. Les syndicats demandent des masques, or tout le monde sait que ces masques sont prioritairement destinés au personnel sanitaire. Tout est entrepris pour limiter au maximum le risque pour les enseignants et les enfants dans les système d’accueil scolaire. Je suis très reconnaissante à celles et ceux qui assurent ce dispositif important. C’est une manière très concrète d’aider le personnel soignant qui est au front. J’exprime ma profonde gratitude aux parents, aux enseignants et aux directeurs de l’école vaudoise qui se battent pour traverser cette période dont on ne sait pas combien de temps elle va durer.

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