Les urgences du CHUV améliorent leur vigilance

CHUVLeçon d’un décès après cinq heures en attente de soins. Un médecin est désormais chargé de garder un œil sur les patients en attente

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Il arrive en sautillant sur un pied, s’engage en grimaçant dans la porte à tambour de l’entrée des urgences du CHUV, rue du Bugnon. La salle d’accueil est à peu près vide en ce début de matinée. Le blessé n’attend que quelques minutes avant d’être entendu par l’infirmière chargée d’évaluer le degré de l’urgence.

S’il n’est pas entre la vie et la mort, il lui faudra patienter. Plusieurs heures. Aux urgences, on ne prend pas un ticket comme à la poste. Ce jeune homme succède à un vieillard en fauteuil roulant venu pour un changement de sonde hors des compétences du CMS.

Triste expérience
Dans le jargon médico-administratif, ces deux patients sont des «urgences debout». Par distinction avec les «urgences couché», acheminées en ambulance ou en hélico et reçues par un canal distinct. Les premières constituent la grande majorité des 36 694 cas traités en 2011 au CHUV.

Faux de croire cependant que la gravité d’un patient «debout» est par définition moins grande que celle d’un patient «couché». Le CHUV en a fait la triste expérience en janvier. Lorsqu’une dame de 87 ans arrivée en «patient debout» est décédée après cinq heures d’attente sans avoir été vue par un médecin. Elle toussait, se sentait très faible, n’avait pas de médecin traitant, mais ses signes vitaux étaient normaux. Elle avait été admise en «degré 4», celui attribué aux patients ne nécessitant pas de soins urgents. On imagine le scandale.

Porte-parole du CHUV, Darcy Christen trouve injuste qu’on s’en prenne à l’organisation des urgences. «Le problème, ce n’est pas le tri des patients, mais de parvenir à faire en sorte qu’ils soient vus ensuite par un médecin plus rapidement, même si le cas n’est pas d’une grande urgence.»

Leçon du drame: l’institution charge désormais un médecin de jeter un coup œil régulier sur les patients en attente. Afin de s’assurer que le degré d’urgence qui leur a été attribué correspond toujours à leur état. Par ailleurs, le CHUV, en collaboration avec les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), finalise un outil d’aide à la décision qui devrait être applicable dès la fin de cette année.

Officiellement, ni l’infirmière qui a attribué la catégorie 4 à la patiente décédée ni le CHUV dans son ensemble n’ont fauté. Les proches n’ont d’ailleurs engagé aucune action en réparation. De fait, l’évaluation des cas, bien que déterminée selon des critères médicaux précis, comporte une marge d’appréciation. Preuve en est l’analyse du dossier de l’octogénaire, confiée à un médecin des HUG. Il lui aurait plutôt attribué le «degré 3», celui qui fixe à deux heures et non à cinq le délai de prise en charge.

A qui la faute alors? A la fatalité, répond en substance et sans la moindre empathie le Conseil d’Etat à une interpellation du député Jacques-André Haury, médecin au civil. Le gouvernement saisit l’occasion pour exposer en détail la procédure d’admission aux urgences. Jacques-André Haury: «On y dit enfin clairement que le tri n’est plus fait par des médecins, mais par une infirmière ou un infirmier, et qu’il est parfaitement normal qu’un patient pouvait attendre cinq heures avant d’être vu par un médecin. Je ne sais pas si c’est comme ça que l’opinion publique voit les urgences…»

Un tâche difficile
Le député médecin retient par ailleurs que cette tâche de tri est confiée à des personnes qui ont au moins 18 mois d’expérience aux urgences. «Ce n’est pas bien lourd, sachant que le triage est une tâche difficile. Mais il faut reconnaître que le médecin assistant en chirurgie qui en est à ses premières gardes n’est pas très expérimenté non plus.»

Depuis mai 2010, les urgences du CHUV disposent d’une antenne au Flon. Sept jours par semaine, mais non 24 heures sur 24, cette structure est censée décharger le CHUV pour ce qui relève des cas légers. Mission partiellement accomplie. Le transfert espéré, avec quelques dizaines de patients par jour, est encore loin de l’objectif. Darcy Christen: «Nous invitons cependant les patients à s’adresser autant que possible au Flon où les délais d’attente sont généralement plus courts».

Si le panorama des structures d’urgences médicales à Lausanne ne se limite pas au CHUV – Vidy Med et la Clinique Longeraie notamment absorbent une clientèle importante –, le centre universitaire demeure la seule adresse, lorsqu’il s’agit d’une urgence vitale, à toute heure du jour et de la nuit. (24 heures)

Créé: 06.09.2012, 07h11

Respect des délais

Les délais de prise en charge sont une chose, leur respect, lié à la disponibilité des soignants, en est une autre. On observe toutefois une évolution positive en dépit d’une sollicitation croissante, le nombre de cas au CHUV ayant triplé en 25 ans.
Entre 2008 et 2010, le taux de cas pris en charge dans le respect des délais est passé de:
Catégorie 1 (installation dans les 5 minutes), de 76,1% à 88,9%.
Catégorie 2 (installation dans les 20 minutes), de 60,1% à 68,9%.
Catégorie 3 (installation dans les 120 minutes), de 78,3% à 90,4%.
Catégorie 4 (pas de délai mais limite fixée par le CHUV à 300 minutes), de 91,5% à 98,9%.

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