Les vipères des bords d’autoroute retrouvent leur paradis perdu

FauneTrouvée et capturée lors des travaux de l’A9 entre Villeneuve et Vevey, la colonie a été relâchée. Elle vit dans de nouveaux habitats pierreux.

Vidéo: Pascal Wassmer

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Une des dernières grandes populations de vipères aspics du plateau suisse a bien failli disparaître. Découverts par hasard au début du chantier sur l’A9 entre Vevey et Villeneuve, ces reptiles avaient colonisé les talus du tronçon autoroutier. Mises en grand péril par les travaux, une cinquantaine de vipères avaient alors été capturées, hébergées dans des terrariums, puis progressivement relâchées jusqu’à ce printemps avec, en plus, de nombreux individus nés en captivité.

Selon un comptage finalisé la semaine dernière, les serpents ont très bien vécu cette spectaculaire opération, appréciant particulièrement leurs nouveaux habitats. Ces niches et ces bandes pierreuses ont été aménagées par l’Office fédéral des routes (OFROU) pour remplacer les anciens repaires des reptiles situés en amont des vieux murs de soutènement qui ont été remplacés. Près de 200 tonnes de pierres ont été placées dans ce but sur les différents sites entre Vevey et Villeneuve.

Sur le terrain, pas besoin de chercher longtemps pour trouver des vipères. Après quelques minutes de balade à Sous-le-Scex, à Chernex (Montreux), Sylvain Dubey attrape une belle femelle de 70 cm sommeillant sous un panneau à reptiles en carton bituminé, où les serpents adorent se réfugier. Il est biologiste et herpétologue au Bureau Hintermann & Weber et représentant régional vaudois du Centre de coordination pour les amphibiens et les reptiles de Suisse (Info Fauna - Karch).

À la surprise générale

Chargé de cette opération de préservation, il avait découvert, à la surprise générale, cette importante population de reptiles au moment même où les travaux sur l’autoroute allaient débuter. «J’étais alors déjà mandaté par l’OFROU pour trouver le lieu d’où provenaient les nombreux blaireaux qui posaient des problèmes de sécurité sur l’autoroute. J’ai découvert le terrier, mais aussi une vipère, puis d’autres.»

Au début du chantier, il a donc fallu agir vite. Car les serpents délogés profitaient du matériel de chantier, notamment de la présence des pelles mécaniques, pour se réfugier dans les chenilles pendant la nuit. Ce qui aurait pu provoquer une hécatombe au démarrage de la machine. Au matin, certains conducteurs ont aussi vu des vipères de près dans leur cabine. Les équipes de chantier ont donc dû être formées sur les comportements à adopter en cas de morsure, même si en Suisse il est rare qu’une personne soit mordue par un serpent venimeux – que sont ces vipères. Le dernier cas mortel date de 1961. Le CHUV n’en avait pas moins été appelé à se doter d’une réserve de sérum suffisante, qui n’a finalement pas été nécessaire.

Outre Info Fauna - Karch et l’OFROU, cette gigantesque opération de sauvetage a aussi mobilisé l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). «Il s’agit de la plus grande action du genre menée en Suisse avec celle entreprise l’an passé sur les voies CFF entre La Conversion et Grandvaux (lire encadré), commente Sylvain Dubey. Une des grandes difficultés de l’exercice est de pouvoir héberger momentanément autant de vipères. Une cinquantaine de terrariums sont nécessaires pour abriter une centaine de serpents. Il faut aussi pouvoir mobiliser suffisamment de spécialistes pour s’en occuper.»

«Hotspots» de la diversité

Mais le jeu en valait la chandelle. Ne serait-ce que parce que la conservation des espèces figure dans une ordonnance fédérale. «Les vipères sont en voie d’extinction sur le Plateau, rappelle Sylvain Dubey. Or les talus de l’autoroute entre Vevey et Villeneuve leur offrent des refuges idéaux avec leurs rochers, leurs broussailles et leur exposition au sud. C’est aussi un lieu libre de tout prédateur de reptiles: chats, rapaces, hommes.»

L’OFROU fait le même constat à plus large échelle. Car sur les abords des routes nationales, on trouve de nombreux hotspots de la biodiversité. «Dans le cadre de chaque projet routier, nous faisons appel à des spécialistes environnementaux afin de prendre des mesures pour préserver au mieux la flore, la faune et les ressources naturelles retrouvées sur place, explique Simona Roberti-Maggiore, à la Division infrastructure routière Ouest, à Estavayer-le-Lac. Lors du chantier de réaménagement de la jonction du Grand-Saconnex (GE), par exemple, une équipe de spécialistes s’est lancée dans une vaste opération de sauvegarde des espèces rares d’orchidées.»

Et les projets de conservation naturelle sur les bords des autoroutes ne devraient pas manquer à l’avenir: le total des surfaces vertes faisant l’objet d’un relevé de la biodiversité dépasse les 3 millions de mètres carrés (sur plus de 9 millions), soit un tiers des espaces verts situés le long du réseau des routes nationales de la Filiale de l’OFROU d’Estavayer-le-Lac, s’étendant sur les cantons de Vaud, de Genève, de Fribourg, de Neuchâtel, de Berne et du Jura.

Créé: 04.10.2019, 08h08

Opération réussie à Lavaux

Les CFF sont également parvenus à sauver une importante colonie de vipères entre La Conversion et Grandvaux lors des travaux de rénovation de la ligne Lausanne-Puidoux l’an passé. Près de 60 reptiles ont été capturés avant le chantier et 140 ont été relâchés cette année, après les nombreuses naissances survenues en captivité. Selon le rapport de suivi établi par le Bureau Hintermann & Weber ce mois de septembre, les vipères se sont bien adaptées à leurs nouveaux habitats, essentiellement des niches pierreuses. «Il y en a davantage qu’auparavant, explique Muriel Prisi, cheffe du groupe environnement CFF à Lausanne. Les vipères apprécient particulièrement les jardinières que nous avons conçues pour elles. Nous avons aussi optimisé nos infrastructures afin qu’elles ne soient plus infranchissables pour les vipères.»

La forte densité de serpents observée le long de ces voies CFF démontre l’importance de ce type de milieux pour ces reptiles. Ces talus à la végétation buissonnante, exposés au soleil, leur offrent un continuum particulièrement favorable. «Nous sommes conscients de notre responsabilité écologique, commente Muriel Prisi. Raison pour laquelle, pour chaque projet, nous procédons d’abord à une évaluation environnementale.»

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