Les zones limitées à 30 km/h enflamment les esprits

CirculationDe plus en plus de communes se prononcent en faveur de la création de secteurs à vitesse restreinte. Mais les opposants avancent leurs arguments

A Gland, une grande partie de la commune a été classée en zone 30km/h.

A Gland, une grande partie de la commune a été classée en zone 30km/h. Image: Alain Rouèche

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La bataille entre partisans en opposants aux secteurs limités à 30 km/h s’enflamme jour après jour. Après Crissier, qui a refusé l’automne dernier de réduire la vitesse dans trois zones, c’est au tour de Begnins, village situé au-dessus de Nyon, de se trouver confronté à un référendum, qui a été déposé la semaine dernière. Les oppositions vont-elles donc commencer à pleuvoir dans le canton?

Car les communes sont de plus en plus nombreuses à se doter de zones 30 généralisées pour sécuriser leurs rues. Et ce malgré le refus net de la population suisse: en 2001, le peuple balayait – à presque 80% – l’initiative visant à généraliser cette mesure dans tout le pays.

«En cas d’accident, un piéton a 90% de chances de survivre s’il est percuté par une voiture circulant à 30 km/h, contre 10% à 50 km/h», avance Magali Dubois, porte-parole du Bureau de prévention des accidents (BPA). Toutefois, il est difficile d’évaluer l’efficacité des zones 30. «Cette mesure ne donne pas lieu à beaucoup de recherches car, cela tombe sous le sens, la diminution de la vitesse réduit la gravité des accidents», poursuit-elle.

Résultats contradictoires
Mais les rares études donnent des résultats contradictoires. En 2001, l’une d’entre-elles avançait une diminution des accrochages de 17% en ville, 36% dans les villages. La police zurichoise concluait au contraire, dans un rapport paru en 2004, que les zones 30 ne changeaient absolument pas la donne.

C’est d’ailleurs sur ce dernier rapport que les opposants s’appuient pour discréditer les zones 30. Une association jurassienne, Mobilitant, mène ainsi un combat acharné contre cette mesure, qu’ils considèrent comme dangereuse (lire ci-contre). En cause, notamment, la suppression des passages piétons. «Cela crée un sentiment artificiel de sécurité, le piéton fait ce qu’il veut, peste Pascal Prince, cofondateur de Mobilitant. On apprend aux enfants qu’ils peuvent traverser partout, mais on doit en même temps leur expliquer que la route est dangereuse!» Quant aux automobilistes, ils auraient, selon Mobilitant, le nez rivé sur leur compteur et seraient donc moins attentifs aux dangers qui les entourent.

La sécurité n’est toutefois pas le seul point qui divise pro- et anti-zones 30. A Lausanne, une motion déposée en décembre dernier pointait du doigt le bruit et la pollution en ville et proposait tout simplement de classer en zone 30 l’intégralité du centre-ville. Y compris la petite ceinture qui intégre les avenues Vinet, de Ruchonnet et de Beaulieu.

Qualité de vie en ville
«C’est une lutte pour la qualité de vie en ville, tant au niveau du bruit, de la pollution et de la sécurité des habitants», justifie Anne Decollogny, initiatrice de la motion. Le projet va donc encore plus loin que ce que le BPA préconise, à savoir de conserver la limite à 50 km/h sur les axes de transit. D’ailleurs, le canton risque de tiquer sur ce point: «Pour qu’une zone 30 soit validée, il faut que le trafic soit assuré dans les zones de transit», indique Dominique Blanc, du Service cantonal des routes. Mais la conseillère communale socialiste avance un autre argument: «Ces routes traversent des quartiers d’habitation. L’avenue Vinet, densément habitée, voit passer 13'000 véhicules par jour!»

Aussitôt déposée, aussitôt contestée: la motion a rapidement provoqué une levée de boucliers. Le TCS, le Centre patronal et les commerçants lausannois ont donc monté un comité pour s’opposer au projet, étude à l’appui. «Nous avons mandaté un expert de Swiss Traffic, précise Véronique Fontana, présidente de la section vaudoise du TCS. Et il démolit complètement cette mesure!» Le rapport avance qu’une voiture contrainte de s’arrêter et de redémarrer sans cesse fait du bruit et pollue. «La motion parle d’une réduction de 2 à 3 décibels, mais c’est faux», poursuit Véronique Fontana. Quant aux transports publics, ils seraient aussi lésés par cette mesure. Comme la loi l’exige, le secteur devrait en effet être doté de chicanes pour contraindre les véhicules à ralentir, et la priorité de droite serait appliquée. Dès lors, les bus ne pourraient plus respecter la cadence.

Mais le plus grave, selon le comité, c’est que les automobilistes seraient tentés de prendre des raccourcis, au grand dam des habitants de quartiers tranquilles. «Ce projet concerne aussi des axes principaux. C’est ce qui le rend absurde, note Patrick Eperon, coordinateur du comité. En transformant des routes qui servent à collecter le trafic, on incite les gens à couper par des quartiers d’habitation.»


Mobilitant mène la guerre contre les zones 30
Depuis quatre ans, l’association juras sienne Mobilitant se bat bec et ongles contre la création de zones 30 généralisées. Ses deux fondateurs, Pascal Prince et Stève Farine, ont réussi à réunir pas moins de 55 membres actifs, qui paient une cotisation annuelle. L’aventure commence en 2008, lorsque la commune de Corban (JU) décide de classer tout le village en zone 30 afin de sécuriser l’accès à l’école. «On a trouvé que cette mesure était disproportionnée. On a alors décidé de monter cette association», explique Pascal Prince.

La position de Mobilitant est claire: les zones 30 qui bourgeonnent dans les villes et les villages rendent les routes plus dangereuses. «Ça noie l’impact qu’elles devraient avoir car les conducteurs oublient qu’ils se trouvent dans ce type de secteur, poursuit Pascal Prince. Une zone 30 doit dire: «Ici, c’est spécialement dangereux.» Ce père de deux enfants n’encourage cette mesure qu’aux abords des écoles ou des EMS.

Depuis quatre ans, Pascal Prince et Stève Farine mènent donc des actions dans le Jura et commencent à se faire connaître dans le canton de Vaud. A l’heure actuelle, ils ont remporté seize victoires sur vingt-six cas traités. Concrètement, les deux compères aident les personnes souhaitant faire opposition à l’installation de zones 30 dans leur commune. «Cela change dans chaque canton, les gens ne sont pas spécialistes et se retrouvent en difficulté lorsqu’ils souhaitent s’opposer à une décision», déplore Pascal Prince. Leur but est donc d’établir une sorte «kit référendum» à l’usage des opposants.

Autre cheval de bataille de Mobilitant: les sièges pour enfants, obligatoires jusqu’à 12 ans ou en dessous de 1,50 m. «On aimerait déposer une initiative fédérale pour demander qu’on en revienne à la norme européenne, à savoir que les sièges pour enfant ne sont nécessaires que jusqu’à 1,35 m», poursuit Pascal Prince. Mobilitant espère ainsi faire fléchir le Conseil fédéral qui, jusqu’à aujourd’hui, refuse d’entrer en matière.

(24 heures)

Créé: 09.05.2012, 22h47

Pour

Piétons Percutés par un véhicule qui circule à 30?km/h, ils ont 90% de chances de survivre. Ce chiffre descend à 10% si la?voiture roule à 50?km/h.
Etudes européennesOn peut tabler sur une diminution des accidents graves de 25?à 30% dans les zones 30. En Suisse, il n’y a pas d’étude complète sur le sujet pour le moment.
Pollution atmosphérique Elle est moindre lorsqu’un véhicule réduit sa vitesse.
Bruit Une voiture qui circule à 30?km/h est moins bruyante qu’à 50?km/h. La motion lausannoise avance une différence de 2 à 3?décibels.
Mobilité douce favorisée Les piétons et les?cyclistes courent moins de danger que?s’ils sont confrontés à des véhicules circulant à 50?km/h.
Qualité de vie Les riverains vivent mieux, selon des sondages établis a posteriori.

Contre

Piétons Ils peuvent traverser partout et sont donc moins prudents.
Automobilistes Craignant d’être flashés par?des radars, ils font plus attention à leur compteur qu’à leur environnement. De plus, ils oublient qu’ils se trouvent dans une zone 30.
Transports publics Il est difficile d’assurer la cadence dans les zones 30. Les chicanes et les priorités de droite les feront ralentir.
Raccourcis Les conducteurs empruntent le chemin le plus court et prennent donc des raccourcis dans des quartiers d’habitation.
Aménagements Chicanes, effacement des passages piétons et marquage des priorités de droite, cela coûte cher.
Bruit En s’arrêtant et en redémarrant sans cesse, le véhicule est bien plus bruyant que s’il circule de manière fluide à 50?km/h.
Pollution Une voiture qui s’arrête et démarre émet beaucoup de CO2.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Les excès de zèle de Corsier pour naturaliser un étranger, paru le 25 juillet
(Image: Bénédicte) Plus...