Malaise et inquiétude dans les cures protestantes vaudoises

EgliseDes licenciements ébranlent l’Eglise réformée du canton. Les autorités calment le jeu.

Le pasteur a manifesté sa colère devant la cathédrale de Lausanne. Cette photo a été publiée dans la newsletter de Saint-Laurent-Eglise.

Le pasteur a manifesté sa colère devant la cathédrale de Lausanne. Cette photo a été publiée dans la newsletter de Saint-Laurent-Eglise. Image: LDD

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L’affaire a fait du bruit sous les clochers du Chablais vaudois: après avoir officié pendant six ans dans la paroisse des Avançons, qui couvre Bex et Gryon, le pasteur Daniel Nagy a été licencié de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) à la fin de l’année dernière. Agé de 35 ans, le ministre au cursus atypique (il a étudié à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne) avait notamment mis sur pied un petit ciné-club dans sa paroisse afin de développer le contact entre ses ouailles. Une initiative qui avait été relayée par «24 heures». Il y a quelques jours seulement, au Pays-d’Enhaut, c’est un second pasteur qui a été mis à la porte.

Conflits et réactions
Ces décisions ont marqué les esprits et suscité malaise et réactions, parfois vives, dans le monde protestant vaudois. D’autant que Daniel Nagy a manifesté sa colère publiquement après avoir appris qu’il était mis à la porte: en septembre 2014, alors qu’une journée de fête réunissait près de 3000 réformés vaudois devant la cathédrale de Lausanne, le ministre s’est posté devant le monument, en robe pastorale noire et avec un scotch sur la bouche. A côté de lui, une pancarte clamant son indignation: «Non! A ce Conseil synodal (l’organe exécutif de l’EERV, ndlr) qui licencie froidement un jeune pasteur.» La scène a frappé les esprits.

Aujourd’hui, Daniel Nagy peine à digérer une éviction qui a provoqué des remous jusqu’à l’église lausannoise de Saint-Laurent. «Je conteste toujours la légalité de cette décision soi-disant pour raisons administratives», indique ce père de quatre enfants.

Paroisse minée par les tensions Retour en arrière et cap sur cette paroisse des Avançons minée par des tensions intestines depuis plusieurs années. Un fidèle qui souhaite rester discret ne cache pas son amertume: «Toute cette histoire me fait de la peine. Dire que l’on n’arrive pas à se mettre d’accord dans la même paroisse… Ces conflits de personnes ne sont finalement qu’une tempête dans un verre d’eau, mais dont les conséquences sont dramatiques pour ce jeune pasteur, père d’enfants en bas âge, qui avait amené une belle dynamique.»

Alerté par ces dissensions, le Conseil synodal a cherché à calmer les esprits et instauré un processus de pacification au printemps 2014. Il a également décidé de déplacer les deux ministres des Avançons ailleurs dans le canton: l’ancienne collègue de Daniel Nagy prêche désormais à La Tour-de-Peilz. Quant au pasteur, il a donc été mis à la porte. «Après s’être engagé à accepter un déplacement, Daniel Nagy a refusé les deux nouveaux postes paroissiaux que nous lui avons proposés», explique Xavier Paillard, le président du Conseil synodal, précisant que le licenciement n’est donc pas consécutif à des raisons d’ordre théologiques, disciplinaires ou pénales. «On ne peut que regretter d’en arriver là. Mais on ne peut pas non plus garder sous contrat quelqu’un qui refuse d’être engagé dans une autre paroisse.» A relever que le nouveau règlement de l’EERV prévoit, pour les ministres, un premier mandat de cinq ans, renouvelable par tranches de trois ans. «Mais dans les faits, un pasteur occupe le même poste une dizaine d’années en moyenne», note Xavier Paillard.

L’affaire n’est pas close: les négociations ont récemment repris entre les deux parties. Une réintégration du pasteur est même envisagée du bout des lèvres. «Mon désir de servir en Eglise reste total», assure Daniel Nagy. «Nous lui avons en effet demandé quelles sont ses motivations et quel regard il porte sur les événements passés», confirme Xavier Paillard.

«Jugé incompatible»
Pour justifier le licenciement de Bertrand de Félice, le ministre récemment congédié à Château-d’Œx, les autorités ecclésiastiques ont invoqué, dans le journal EERV Flash, «des motifs relevant de la sphère privée». «Il n’y a rien, dans ma vie privée, qui permet de justifier une telle décision, répond celui qui exerce le métier de pasteur dans l’église vaudoise depuis vingt-trois ans. Ce licenciement ne repose sur aucun fait réel ni étayé, sinon d’être jugé incompatible avec ce Conseil synodal. Comme de nombreuses personnes choquées par une telle décision, je me pose cette question: quel genre d’incompatibilité mérite d’être sanctionnée de la sorte? Et comment expliquer que depuis vingt-trois ans, les conseils synodaux précédents m’aient toujours considéré comme «compatible?» s’interroge Bertrand de Félice.

Ces mesures augurent-elles d’une grande purge dans les cures du canton? «Non. Les licenciements de pasteurs demeurent peu fréquents, et nous cherchons, dans la mesure du possible, à éviter de devoir prendre ce type de mesure. Mais parmi les 300 collaborateurs de l’EERV, il y a parfois quelqu’un dont il faut se séparer en raison d’incompatibilité», explique Xavier Paillard.

(24 heures)

Créé: 04.05.2015, 09h11

«Sensation de fragilisation»

Pas de crainte d’une grande lessive, mais un sentiment de malaise. Président de la Ministérielle, l’association professionnelle des pasteurs et diacres de l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV), Eric Bornand ne cache pas que l’institution subit actuellement une période de turbulences. «Un certain nombre de questions se posent au sein du corps ministériel. Les autorités ont pris des mesures auxquelles nous ne sommes pas habitués», indique le pasteur, qui évoque «une forte sensation de fragilisation».

L’Exécutif de l’Eglise, parfois taxé d’autoritarisme, est-il seul en cause? «Non, cette impression est aussi liée au débat sur l’avenir de la foi chrétienne. Il faut aussi prendre en compte le fait que, désormais, les relations employeur-employés, sont gérées à l’intérieur de l’Eglise.»

Conformément au statut de droit public que la Constitution vaudoise octroie à l’EERV, les pasteurs et diacres ne sont en effet plus des employés de l’Etat: c’est l’EERV qui assume la fonction d’employeur et négocie une convention collective de travail avec les représentants des associations professionnelles. «Le Conseil synodal est en train d’apprendre à gérer un office des ressources humaines interne. Les pasteurs et diacres doivent, quant à eux, s’habituer à prendre en charge des aspects syndicaux. Et nous travaillons avec beaucoup de zèle afin de maintenir un partenariat avec les autorités ecclésiales», insiste Eric Bornand

La newsletter qui fâche

En décembre dernier, quelques jours seulement après avoir été licencié, le pasteur Nagy a été invité à prêcher à Lausanne par Saint-Laurent-Eglise; une communauté pilotée par Jean Chollet et Daniel Fatzer, deux ministres habitués aux coups d’éclat – ils avaient notamment disposé des cercueils ou une carcasse de voiture devant le temple en période pascale.

L’annonce de ce culte particulier figurait en tête de la newsletter de Saint-Laurent, expédiée à 2000 personnes dans le canton. «L’équipe de Saint-Laurent-Eglise a le plaisir d’inviter un jeune pasteur qui a dit publiquement «NON» au Conseil synodal de notre Eglise qui l’a licencié. Daniel Nagy, pasteur-sculpteur, dira «OUI» à l’Eglise dont il rêve et pour laquelle il s’est engagé durant sept ans.»

Le texte a fait bondir la hiérarchie de l’EERV, qui a sommé les pasteurs lausannois de faire leur mea culpa, immédiatement et publiquement. «Jean Chollet et Daniel Fatzer ont commis une erreur d’appréciation et de loyauté à l’endroit de l’Eglise évangélique du canton de Vaud
en invitant Daniel Nagy. En conséquence, Daniel Nagy ne participera pas au culte de Saint-Laurent», peut-on lire en lettres rouges dans un correctif envoyé peu après.

«Il s’agissait d’une invitation à caractère polémique. Cette manière d’utiliser un culte et sa prédication ne nous paraissait pas adéquate. Il y a des limites à ne pas franchir», explique le président du Conseil synodal. Daniel Fatzer, lui, n’a pas souhaité s’exprimer sur l’incident. Le ministre a repris son travail à Saint-Laurent il y a peu, après un arrêt maladie.

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