Mécontents, les seniors vaudois déboulent dans les élections

MoralUn sondage de Pro Senectute montre que 12'000 retraités (10%) sont insatisfaits. Connaissance 3 interpelle les candidats et veut miser sur la formation.

Les seniors soutiennent à 96% le renforcement des interventions qui permettent de vivre à la maison plutôt qu’en EMS.

Les seniors soutiennent à 96% le renforcement des interventions qui permettent de vivre à la maison plutôt qu’en EMS. Image: KEYSTONE

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Le canton de Vaud recense 125'000 retraités pour une population totale de 780'000 habitants. Une proportion de 16% qui ne compte donc pas pour des prunes, mais dont l’opinion, les inquiétudes et les attentes s’expriment peu. En pleine campagne d’élections cantonales, l’association Pro Senectute Vaud publie un sondage mené par l’institut M.I.S. Trend qui met en évidence les difficultés et les attentes des plus de 65 ans. «Environ une personne âgée sur dix, avec une surreprésentation sensible des résidents étrangers, n’est pas heureuse ou satisfaite de sa vie à la retraite», indique l’organisation. «Cela veut dire que la retraite se passe mal pour 12'000 personnes.

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Dans vingt ans, si on ne fait rien et en tenant compte de l’évolution démographique, ils seront 20'000. On ne peut pas les laisser de côté, une anticipation est nécessaire», déclare Tristan Gratier, directeur de Pro Senectute Vaud. Le résultat aurait pu se révéler plus pessimiste encore si les sondeurs avaient interrogé les résidents en EMS ou les personnes âgées hospitalisées. La méthode appliquée, soit l’envoi de questionnaires à domicile, les a laissés de côté, ce qui induit «une incidence probable optimiste sur certains résultats».

Formation toute la vie
Connaissance 3, «l’université des seniors du canton de Vaud», interpelle de son côté les 856 candidats au Grand Conseil en les incitant à répondre à un questionnaire jusqu’au 13 avril. Les premiers commentaires sont en ligne et les citoyens peuvent déjà les consulter (en cliquant ici). L’organisation souhaite inculquer un principe: la formation est indispensable à tout âge. «Nous avons envie de parler autrement des seniors, pas seulement en termes de coût», souligne Patricia Dubois, secrétaire générale de Connaissance 3 (voir l'encadré).

Les retraités entendent s’impliquer dans la société et le sondage de Pro Senectute le démontre. En particulier sur le plan politique. «Aux prochaines élections vaudoises, 81% des retraités du canton ont l’intention d’aller voter, notamment pour que des seniors soient élus et les représentent politiquement, un aspect important pour 73% d’entre eux.» Ils sont pourtant peu nombreux à croire en une amélioration de leur situation (5%). Un tiers s’attend même à une dégradation ces cinq prochaines années.

De manière concrète, dans quels domaines serait-il adéquat d’amener des progrès dans l’existence des seniors? Le sondage de Pro Senectute tente de cerner les points douloureux qui devraient se traduire par une action en amont, avant que les difficultés n’engendrent un coût humain et financier trop élevé. Le souci le plus souvent cité, l’insécurité sur le lieu de domicile, qui touche 42% des sondés, nécessitera une analyse plus poussée. «On ne comprend pas toutes les causes de ce sentiment qui semble toucher davantage les habitants de la campagne. C’est peut-être lié à l’habitat isolé», commente Tristan Gratier.

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Les autres angoisses importantes concernent les problèmes de santé (35%) et «les sacrifices importants en raison d’un budget limité» (29%). D’autres soucis se rejoignent, comme «le sentiment de ne plus être écouté et respecté» (15%), «une vie sociale peu développée» (15%) et «le manque de contacts avec la famille ou les amis proches» (10%). Ces préoccupations, au même titre que la déception vécue par 10% des retraités, amènent Tristan Gratier à insister sur la nécessité de former et d’informer bien avant la limite officielle qui sépare la population considérée comme «active» et celle désignée comme «retraitée»: «Il y a une corrélation entre la qualité de la vie à la retraite et l’information transmise. Il faut développer l’information avant la retraite.»

Pro Senectute souhaite accroître son rôle d’acteur, qui interviendra en premier lieu auprès des communes. «Nous nous adresserons aux municipaux en leur transmettant un vade-mecum sur la nécessité de tendre la main aux seniors.» Le thème principal, c’est l’engagement des personnes âgées. «Beaucoup de retraités vaudois ont envie de jouer un rôle et de s’impliquer dans la société», souligne Tristan Gratier. Il insiste sur la nécessité de transformer les conclusions du sondage en actes: «Le but est aussi de fournir des pistes de travail au Conseil d’Etat. C’est une façon de rappeler aux autorités politiques qu’il y a des enjeux autour des seniors», affirme le directeur de Pro Senectute Vaud.

Pistes concrètes
Il esquisse des pistes concrètes sur la base de l’expérience acquise au moyen des projets vaudois «Quartiers solidaires», qui impliquent les habitants, notamment les plus âgés, dans le développement de leur environnement. Pro Senectute cite aussi le maillage des 250 tables d’hôte qui poussent les retraités à prendre leurs repas hors de chez eux et à éviter ainsi leur isolement. Pourquoi des retraités ne s’investiraient-ils pas auprès des jeunes, à l’école par exemple, où ils pourraient raconter l’histoire de la région ou surveiller des devoirs? Pourquoi ne s’impliqueraient-ils pas davantage dans le domaine culturel?

Une autre voie importante d’action concerne l’habitat, plus précisément les aménagements qui permettent aux personnes âgées de rester chez elles. D’ailleurs, 96% des sondés plébiscitent le développement de l’aide et des soins à domicile. Adapter les logements, c’est coûteux et cela pourrait nécessiter des subventions. Mais, en balance, cette option pourrait éviter la croissance encore plus onéreuse des places en EMS. Selon Tristan Gratier, «il faut agir maintenant».

Créé: 04.04.2017, 10h16

L’Etat doit-il soutenir la formation des seniors?

Les candidats sont mis sur le gril

L’université vaudoise des seniors, Connaissance 3, souhaite aussi imposer dans la campagne électorale les thèmes sensibles à la part la plus âgée de la population. Le mot d’ordre de son action – «on est toujours le vieux de quelqu’un» – soutient le principe du flux temporel qui doit structurer la politique de la formation: «Nous défendons le principe de la formation tout au long de la vie», déclare Patricia Dubois, secrétaire générale de Connaissance 3.



L’organisation s’est lancée dans une opération de sensibilisation des candidats députés, qui sont appelés à répondre jusqu’au 13 avril à un questionnaire. Exemple: «Dans notre société, le passage à la retraite est souvent vécu comme une période de rupture et, ainsi, de désintégration sociale. Selon vous, la formation continue tout au long de la vie est-elle un moyen de remédier à la situation?» Et encore: «Seriez-vous prêts à soutenir une loi cantonale sur la formation des seniors?»

Patricia Dubois explique que l’enjeu cantonal est de taille: «Nous avons la possibilité de rattraper dans le canton de Vaud une lacune de la loi fédérale sur la formation continue. Elle contient bien un concept qui s’applique tout au long de la vie, mais on n’y trouve pas d’article mentionnant une action autre que celle liée à la carrière professionnelle. Nous proposons de créer un cadre juridique cantonal en vue d’intégrer les seniors dans le concept de formation tout au long de la vie. Pour cette raison, nous demandons aux candidats s’ils sont prêts à s’engager en faveur d’une base légale. Nous voulons sensibiliser les citoyens qui devront légiférer.»

En quatre jours, Connaissance 3 a déjà récolté 130 réponses sur 856 candidats (à consulter ici). «Un succès incroyable», relève Patricia Dubois, qui analyse les réponses au fur et à mesure qu’elles sont publiées. «La stigmatisation à l’embauche est une réalité qui revient souvent», affirme la secrétaire générale. En toile de fond figure le débat sur l’âge de la retraite, qui devrait être repoussé au-delà de 65 ans. Certains candidats soulignent que le marché du travail désigne comme «trop vieux» les salariés dès 50 ans, voire 45 ans. D’où la question: «Comment fait-on dans les quinze à vingt ans qui se situent entre cette limite et l’âge de la retraite?» Les candidats les plus jeunes ne sont pas insensibles au thème. D’autant qu’ils sont souvent victimes de difficultés engendrées par leur «manque d’expérience».

La formation tout au long de la vie peut-elle contribuer à lutter contre ces phénomènes de stigmatisation? Patricia Dubois y croit: «On ne parle du vieillissement que par rapport à ce qui est stigmatisant, les coûts, par exemple. Il faut plutôt parler du rôle que peuvent jouer les personnes âgées de 60 à 80 ans.»

Réactions

Quelques réponses de candidats interrogés par Connaissance 3

Samuel Bendahan
Candidat socialiste au Grand Conseil



«J’ai pu observer de nombreux cas de discrimination liée à l’âge dans le cadre de processus de recrutement. Ce type de discrimination, en plus d’être injuste, n’a aucun sens»






Florence Gross
Candidate libérale-radicale au Grand Conseil



«Les personnes retraitées ou en fin de carrière «officielle» ont acquis une grande expérience. Leurs compéte nces doivent être mises au service des entre prises et des plus jeunes»






Nicolas Daïna
Candidat UDC au Grand Conseil



«L’aptitude à entrer dans l’âge de la retraite est une affaire personnelle. L’apprentissage à vivre le moment présent, si possible en l’appréciant, ne relève pas des tâches de l’Etat»

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