«Nous sommes en pénurie de tests»

CoronavirusAlors que Vaud compte 800 cas de Covid-19, l’absence de dépistage systématique inquiète. Le médecin cantonal se veut rassurant.

Les autorités ont fait le point de la situation mercredi dans la salle du Grand Conseil.

Les autorités ont fait le point de la situation mercredi dans la salle du Grand Conseil. Image: Jean-Bernard Sieber/ARC

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La Corée du Sud, c’est l’exemple qui revient systématiquement à chaque question concernant les dépistages du coronavirus Covid-19. Alors que certains pays, comme la Corée justement, effectuent des tests à tour de bras, pourquoi le Canton de Vaud a-t-il une pratique plus restrictive, en ne dépistant que les personnes à risque ou qui présentent des symptômes aigus? Alors que Vaud comptait 796 cas mercredi, soit 188 de plus que la veille (voir encadré), des témoignages de Vaudois inquiets de ne pas pouvoir être dépistés remontent régulièrement.

Les autorités sanitaires tiennent à rassurer. «Notre politique de dépistage est suffisamment large pour que nous puissions attraper le plus de cas possible», explique Karim Boubaker, le médecin cantonal. Il s’est exprimé ce mercredi lors de la conférence de presse du Conseil d’État.

Chaque jour, plusieurs centaines de tests sont effectués dans le canton de Vaud, avec 12% de cas positifs. Le laboratoire du CHUV est d’ailleurs capable d’en faire entre 950 et 1000 quotidiennement.

Travail à trois jours

Selon Karim Boubaker, il faut se concentrer sur les cas graves et les personnes à risque, car des tests à grande échelle n’offrent aucune sécurité. En outre, dans les cas «bénins», un test ne change rien à la prise en charge. Le but est d’éviter la surcharge du système de santé. «Une politique de dépistage des personnes non symptomatiques n’a pas de sens», ajoute Karim Boubaker. D’autant plus que le Canton court le risque de manquer de tests: «Nous sommes dans une situation de pénurie de tests. Nous devons le dire. Nous travaillons à trois jours. Nous avons suffisamment de tests, mais nous espérons du nouveau matériel dans trois jours. Nous ne pouvons pas changer de politique.»

«Notre politique de dépistage est suffisamment large pour que nous puissions attraper le plus decas possible»

Karim Boubaker, médecin cantonal

La tactique de limiter les dépistages reste critiquée, notamment par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’institution internationale recommande en effet de les multiplier. Lundi sur Twitter, son discours (en anglais) était clair: «Nous avons un message simple pour tous les pays: testez, testez, testez.»

Ordre dispersé

Un certain nombre de spécialistes ont déjà émis publiquement des critiques face à la stratégie suisse. L’infectiologue Jacques Fellay, qui collabore au CHUV et à l’EPFL, estime qu’il s’agissait d’une «grosse erreur» et que «nous avons baissé les bras».


Lire aussi: Cabinets médicaux: ne pas lâcher les patients fragiles


L’un des soucis vient du fait que les Cantons avancent en ordre dispersé. Ainsi celui de Berne mettra en place un nouveau centre de dépistage la semaine prochaine. Il sera aussi ouvert aux patients présentant «des symptômes clairs, à savoir une toux et de la fièvre».

Incertitude difficile

Cette différence d’un canton à l’autre conforte l’incompréhension parmi la population. «Psychologiquement c’est très différent de savoir ou non si l’on est porteur du virus», explique une Vaudoise dont la sœur est dans cette situation. «Elle est mal en ce moment. Il y a quelques jours, elle a commencé à avoir des symptômes clairs: courbatures, toux, oppression sur la poitrine. La hot-line vaudoise lui a indiqué qu’elle était probablement atteinte, mais elle n’aura aucun test, car elle n’est pas à risque et elle est en bonne santé générale.»

Celle-ci vit désormais à l’auto-isolement avec ses deux filles, sans possibilité de voir son compagnon qui, lui, est à risque après une opération cardiaque. Mais dans ce genre de cas, l’inquiétude est plus large: famille proche, amis et collègues. «Ma sœur a eu une séance sur son lieu de travail quelques jours avant ses symptômes, ajoute notre source. Son patron et ses collègues ont eux aussi besoin de savoir si elle est atteinte oui ou non du coronavirus.»


Lire aussi: Les contaminations sont en hausse dans le canton de Vaud


117 Vaudois hospitalisés

Ce mercredi à 13h30, le canton de Vaud comptait 796 cas confirmés de coronavirus Covid-19, soit 188 de plus que mardi. Sur ce nombre, 117 étaient hospitalisés, dont 35 en soins intensifs.

«L'âge médian des patients hospitalisés est de 70 ans», explique Karim Boubaker, médecin cantonal. «Mais un quart des personnes hospitalisées ne présentaient aucun facteur de risque.» Le nombre de décès reste inchangé, à 5 au total.

Au niveau suisse, on dénombrait mercredi plus de 3000 personnes testées positivement au Covid-19 et 21 décès jusqu'à cette date.

Créé: 19.03.2020, 07h28

Articles en relation

«Nous avons baissé les bras, une grave erreur»

Coronavirus La communauté scientifique attendait les mesures annoncées vendredi depuis plusieurs jours. Les juge-t-elle suffisantes? Les réponses varient. Plus...

Le dépistage sera uniquement réservé aux personnes à risques

Coronavirus Le but: protéger les plus faibles et désengorger les hôpitaux. Ceux qui présentent des symptômes mais sont en bonne santé globale sont priés de rester chez eux. Plus...

Cabinets médicaux: ne pas lâcher les patients fragiles

Covid-19 Certains médecins installés prennent à la lettre l'Ordonnance fédérale disant de renoncer à tous les traitements non urgents Plus...

Faut-il créer une filière de prise en charge dédiée au coronavirus?

Débat L'association des médecins suisses (FMH) demande que les dépistages se fassent hors des cabinets pour protéger les médecins. Vaud n'est pas pour. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.