Pas besoin d'un couple hétéro pour élever des enfants heureux

EtudeInvitée à donner une conférence à l’UNIL, l’Anglaise Susan Golombok livre les résultats de 40 ans de recherches sur les nouvelles formes de familles. Explications et témoignages.

Les enfants élevés dans des familles différentes s’épanouissent aussi bien que les autres. Seule la stigmatisation sociale pose parfois problème.

Les enfants élevés dans des familles différentes s’épanouissent aussi bien que les autres. Seule la stigmatisation sociale pose parfois problème. Image: GETTY IMAGES

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Un enfant qui a deux mamans, ou deux papas, un seul parent ou qui est élevé par un couple hétérosexuel dont seul un des deux est le parent biologique, ce n’est plus quelque chose d’exceptionnel. Cela n’en demeure pas moins une particularité que certains peuvent appréhender avec méfiance.

La professeure Susan Golombok, directrice du centre de recherche sur la famille à l’Université de Cambridge, a donc mené l’enquête auprès de ces familles atypiques. Rencontrée lors du 15e Congrès de la Société suisse de psychologie, qui s’est tenu à l’Université de Lausanne les 4 et 5 septembre, elle explique: «J’ai commencé à m’intéresser au sort des mères divorcées à qui on retirait systématiquement la garde des enfants si elles avaient fait leur coming out lesbien. C’était en 1976 et aucune recherche n’avait été menée sur les autres types de familles existantes. J’ai donc mené différentes études sur la question. La conclusion qui s’impose, c’est que les enfants élevés par un couple lesbien, un couple gay, par une femme seule ayant eu recourt à une insémination avec donneur, ceux conçus par fécondation in vitro, ou don d’ovocytes ou de sperme, vont aussi bien que ceux élevés dans une famille classique.»

«Leurs enfants ne sont pas nés par accident, ils ont été désirés. Une fois qu’ils sont là, le couple s’investit pleinement»

La chercheuse britannique, qui a suivi plusieurs cohortes de parents et enfants pendant des années, n’a pas vu plus de problèmes relationnels ou de développement chez ces bambins conçus différemment. Du côté des parents, elle constate qu’ils sont très impliqués. «Leurs enfants ne sont pas nés par accident, ils ont été désirés. Une fois qu’ils sont là, le couple s’investit pleinement.»

Le modèle familial classique n’existe plus

Seul barrage au bonheur parfait de ces familles différentes: la stigmatisation sociale. «Elle est très différente en fonction de l’école fréquentée par l’enfant, du lieu où il habite, de sa culture, précise Susan Golombok. Aujourd’hui, en Angleterre les établissements scolaires sont de plus en plus ouverts car ils sont souvent multiculturels.»

Dans un monde où un mariage sur deux se termine en divorce et où les familles recomposées sont légion, la société ne peut plus tabler sur un modèle classique composé d’un papa et d’une maman. Chatty Ecoffey, coprésidente de l’association Familles arc-en-ciel (lire ci-contre), précise: «De nos jours, la famille est plurielle et diverse. Les couples de même sexe qui souhaitent fonder une famille se retrouvent d’emblée face à un vide juridique, puisque seul le parent biologique est reconnu légalement. Vis-à-vis du parent non statutaire (ndlr: qui n’a aucune existante aux yeux de la loi), l’enfant n’a aucun droit et aucune reconnaissance légale. Heureusement, en janvier prochain la révision de la loi permettra au conjoint d’adopter l’enfant du partenaire, même si ce n’est pas dès l’arrivée du bébé dans le foyer.»

En attendant, les bambins qui évoluent dans ces familles différentes peuvent se lasser de devoir expliquer leur situation. «Vers l’âge de 7 ans, ces enfants passent par une phase délicate, poursuit Susan Golombok. C’est une période où ils ont une meilleure compréhension du monde qui les entoure, mais lorsqu’on les revoit à 10 ans, tout est rentré dans l’ordre.» L’orientation sexuelle de ces jeunes n’est pas non plus influencée par celle de leurs parents. «La seule chose que l’on a pu constater, c’est que les jeunes filles élevées dans un couple lesbien auront plus facilement tendance à vouloir expérimenter une relation de ce type à l’adolescence. A l’âge adulte, la grande majorité des enfants élevés par des homoparents sont hétérosexuels.»

Transparence et ouverture d’esprit

Autre point important soulevé par la chercheuse, qui concerne les enfants dont seul un des deux parents est un parent biologique, c’est la transparence. «Dans les familles où la vérité a été dite même avant que le petit soit en âge de comprendre, on remarque une meilleure relation parent-enfant. Cela peut venir du fait que ces familles-là ont en général une bonne communication. La pire situation est celle où le jeune a découvert par hasard que son père (sa mère) n’est pas son parent biologique. Il se sent trahi.»

Et Susan Golombok de conclure: «Les données récoltées montrent simplement que les enfants des couples lesbiens, homosexuels ou conçus avec des dons de gamètes se développent bien. Le climat familial est comparable à celui d’une famille classique. Ces jeunes ne sont ni plus ni moins à risque que les autres de rencontrer des problèmes pendant leur croissance. Ils sont toutefois souvent plus ouverts d’esprit.» (24 heures)

Créé: 06.09.2017, 07h59

En chiffres

L’association faîtière suisse des Familles arc-en-ciel (dans laquelle au moins un des deux parents est homosexuel, bisexuel ou transsexuel) a réalisé un sondage auprès de 884 personnes en Suisse.
Voici un aperçu:

54% des sondés qui n’ont pas d’enfants souhaitent fonder une famille.

32% vivent en concubinage.

75% des futurs parents ont des craintes liées à la non-reconnaissance légale de l’enfant à venir.

33% des parents LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, trans) ont conçu leur enfant par insémination artificielle (31% par relation hétérosexuelle antérieure).

44% des parents LGBT souhaitent déposer une demande d’adoption lors de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.

www.famillesarcenciel.ch

«Nos enfants sont les plus désirés du monde»

«Quand Robin* est né, cela faisait quinze ans
que Sylvie* et moi étions ensemble, explique Caroline*. Nous avons longtemps réfléchi avant de nous lancer dans l’aventure de la parentalité. Ce qui nous freinait, c’était la crainte que nos enfants à venir soient rejetés par la société.»

Les deux femmes décident de faire le pas et se rendent dans une clinique à Copenhague. C’est grâce à deux inséminations artificielles que Robin naît en 2010 et Sacha* en 2014. «Nous aurions voulu porter chacune un de nos enfants, mais la fertilité de Sylvie était bien meilleure que la mienne. Sur les papiers officiels, nos fils sont donc uniquement les enfants de ma compagne, moi je n’apparais nulle part.»

Pour pallier le manque de reconnaissance actuel, ce couple de Lausannoises a fait des testaments, signé des papiers devant notaire précisant le statut de Caroline. Tout a été fait pour protéger les enfants en cas de décès de l’une des mamans ou de séparation. «Grâce à la nouvelle loi sur l’adoption, je vais pouvoir adopter légalement mes fils. C’est une très grande joie et un immense soulagement», se réjouit Caroline.

De l’inscription à la garderie en passant par l’entrée à l’école de l’aîné, tout s’est passé pour le mieux avec
les éducateurs et les enseignants. «Nous avons toujours été très transparentes concernant la conception des enfants et notre situation familiale. Et dès leur plus jeune âge, nous avons expliqué à nos fils comment ils avaient été conçus.

Aujourd’hui, Robin se plaint davantage car il en a marre de devoir chaque fois expliquer sa situation familiale, mais il n’a que rarement subi de moqueries ni été stigmatisé.»

La transparence, c’est aussi le choix fait par Nathalie* et Melville*. Le couple a eu recours à l’insémination avec donneur pour leurs deux enfants, Xavier* et Léa*, suite à la stérilité de Melville. «Dès qu’ils ont été en âge de comprendre, nous leur avons expliqué que la fabrique de graines de papa était en panne, alors nous sommes allés chercher celles d’un autre monsieur.» Melville s’amuse des remarques de connaissances qui voient des ressemblances entre lui et son fils. Mais lorsque certains s’étonnent que le petit soit blond aux yeux bleus, alors qu’aucun des parents n’a ces caractéristiques, le papa ne se démonte: «Dans ces cas-là, j’utilise l’humour. Et je dis que je m’entends très bien avec le facteur!» Melville admet que le chemin de la procréation médicalement assistée peut-être très long, pénible et cher. «Ce que je dis à Xavier et Léa, c’est qu’ils peuvent être certains d’être les enfants les plus désirés du monde.»

*prénoms d’emprunt

Modern Families

Parents and Children in New Family Forms est le dernier livre de S. Golombok qui fait état de ses nombreuses recherches. Il est édité par Cambridge University Press et disponible en librairie.

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