Patrick de Preux s'explique devant la correctionnelle

ProcèsLe notaire répond de participation à une captation d’héritage au côté d’un gestionnaire de fortune.

Patrick de Preux à son arrivée au Tribunal d'arrondissement à Montbenon.

Patrick de Preux à son arrivée au Tribunal d'arrondissement à Montbenon. Image: Philippe Maeder

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«Tout me paraissait plutôt raisonnable…» Patrick de Preux, notaire, président du LHC, ancien député libéral, municipal à Buchillon, a joué la carte de la sérénité lundi à l’ouverture de son procès pénal à Lausanne malgré la virulence du procureur et de la partie plaignante. Le notable comparaît pour participation à une escroquerie au côté de Z., gestionnaire de fortune.

Selon le Ministère public, les deux hommes se seraient acoquinés pour capter l’héritage de la veuve d’un industriel canadien établie en Suisse riche d’une vingtaine de millions. Cela de manière à accroître les fonds sous gestion de l’entreprise de Z., dont Patrick de Preux était administrateur président. Les deux auraient profité de l’état de faiblesse de cette octogénaire aujourd’hui décédée pour lui faire signer en 2004 un testament servant leurs intérêts.

De fait, le médecin traitant de la vieille dame a estimé que celle-ci présentait des troubles cognitifs qui se sont aggravés en 2004; au point de poser un diagnostic de démence dégénérative à un stade moyen et avancé. De plus, l’infirmière de l’octogénaire a déclaré que celle-ci était incapable de résistance et n’avait pas conscience de l’argent. Ce n’est pas du tout ce que décrit Patrick de Preux.

«Lorsque j’ai reçu cette dame dont Z. s’occupait des intérêts, je me suis trouvé en présence d’une personne distinguée. Nous avons parlé de sa famille. Elle m’a expliqué qu’elle voulait créer tout de suite une fondation avec l’argent laissé par son mari. Je lui ai conseillé de faire en sorte que cette fondation existe le jour où elle ne serait plus là, afin qu’elle puisse conserver les ressources financières nécessaires jusqu’à la fin de sa vie.» Ce qui fut fait. Or il y avait deux problèmes.

Zones d’ombre

Le gros souci, c’est qu’un premier testament sensiblement différent avait été établi par cette dame en 1987, laissant sa fortune à des proches. Ce sont eux qui ont porté plainte. «Je n’ai jamais été en possession de ce premier testament, affirme Patrick de Preux. Si cela avait été le cas, je l’aurais révoqué.» Ce premier document était connu de Z. Le lui avait-il caché? «Je ne pense pas qu’il a fait exprès de ne pas m’en parler, répond l’homme de loi, mais ça aurait été quand même plus pratique…»

Seconde complication: le notaire ne se souvient pas s’il savait que Z. était le conseil légal de la veuve, soit une forme de curatelle atténuée. «Pour moi, l’essentiel, c’est la capacité de discernement. La lumière se serait allumée si elle m’avait dit vouloir léguer sa fortune à son chauffeur, par exemple. Il m’est arrivé de refuser de modifier le testament d’une célébrité lausannoise qui m’avait fait venir à son lit d’hôpital.» La Chambre des notaires, saisie de la plainte, a conclu que Patrick de Preux n’avait pas violé la loi sur le notariat. Elle a notamment observé que jusqu’en 2007 les membres de la famille de madame acceptaient de recevoir de l’argent de sa part.

Reste à savoir si ce prévenu, accusé d’être indirectement bénéficiaire de cette opération, en a profité d’une manière ou d’une autre. Il répond qu’il ne touchait rien d’autre que des jetons de présence pour son mandat d’administrateur de la société de gestion de Z., mandat qu’il a remis en janvier 2013.

Z. répond pour sa part de négligences dans la manière de rendre les comptes à la justice de paix dans le cadre de cette affaire. Et d’autres procédés complexes qui font dire au président du tribunal que, vu de l’extérieur, on a l’impression que tout est subtilement fait, et qu’il reste à voir si c’est légal. Une chose est certaine, les accusés ne pourront pas plaider l’ignorance de la loi: ils sont tous deux docteurs en droit. Le procès se poursuit aujourd’hui. (24 heures)

Créé: 06.06.2017, 20h37

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