Peut-on mieux valoriser le bénévolat des jeunes?

FormationUn livre dissèque l’engagement des 16-25 ans et suggère une meilleure prise en compte de leurs riches expériences en complément des voies scolaires et professionnelles.

Timothée Delapierre (en bleu) est l’un des jeunes qui témoignent dans le livre. Habitué du bénévolat, il est désormais président de la radio associative 7radio.

Timothée Delapierre (en bleu) est l’un des jeunes qui témoignent dans le livre. Habitué du bénévolat, il est désormais président de la radio associative 7radio. Image: Vanessa Cardoso

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Qui sont les jeunes qui s’engagent bénévolement? Pourquoi le font-ils? Que peuvent-ils en tirer? Et surtout, comment valoriser cette expérience dans le monde professionnel? C’est à ces questions qu’ont voulu répondre Sandrine Cortessis, Saskia Weber Guisan et Evelyn Tsandev, toutes trois actives au sein de l’Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle (IFFP), dans l’ouvrage «Le bénévolat des jeunes: une forme alternative d’éducation». Basé sur 41 entretiens avec des filles et des garçons de 16 à 25 ans, ce livre a valeur de plaidoyer pour l’engagement associatif et pour sa reconnaissance en complément des voies scolaires et professionnelles.

«Notre étude est une forme d’incitation à repenser l’éducation, résument les auteures. Il nous semble important de continuer à sensibiliser les acteurs associatifs, publics et politiques à cette question de la reconnaissance des apprentissages développés dans le cadre d’activités non rémunérées.» Car les différents «parcours bénévoles» retracés dans l’ouvrage mettent en lumière des bénéfices nombreux.

Parmi les jeunes interrogés, Timothée Delapierre, actif depuis près de dix ans au sein de la radio associative 7radio, dont il est dés­ormais président. «J’ai progressivement pris du grade dans l’association, j’ai eu des responsabilités, pris des décisions. Dans ce milieu il est possible d’évoluer de manière significative quand on est motivé et investi», souligne le jeune homme. Il estime qu’il a progressé en termes de management, de gestion de projet et dans des domaines inhérents à la radio comme l’expression orale.

Moins de pression

«Les bénévoles évoluent dans un milieu protégé qui est aussi un espace de liberté. Contrairement aux entreprises, qui doivent se soumettre à des impératifs économiques, et aux écoles, qui doivent respecter un programme-cadre, le milieu associatif permet d’apprendre sans pression excessive», observe Sandrine Cortessis. Et au-delà de l’acquisition de savoir-faire, l’autre avantage est évidemment la constitution d’un réseau professionnel. «Vous faites des connaissances et vous nouez des amitiés qui peuvent durer. Ça se transforme en un réseau dense qui, un jour, peut s’avérer utile», confirme Timothée Delapierre.

Une fois les compétences acquises et le réseau constitué, il faut tout de même être capable de mettre ces atouts à profit. «Les gens ont tendance à sous-estimer ce qui n’a pas été développé dans le monde professionnel. Les jeunes n’ont pas toujours le réflexe de le mentionner sur leur CV, poursuit Sandrine Cortessis, docteure en sciences de l’éducation. C’est vrai qu’il peut subsister des préjugés chez certains employeurs, mais ceux qui connaissent le milieu bénévole savent combien ces expériences peuvent constituer une mine d’or.»

C’est l’exemple d’Alain Cholly, directeur de Cholly SA, qui apprécie d’engager des personnes ayant déjà une expérience associative, notamment au sein des Jeunesses campagnardes: «Le côté social et relationnel est très important au sein d’une entreprise. En engageant ce genre de profil, on sait qu’on aura quelqu’un qui aura le contact facile.» Mais quid de l’aspect chronophage du bénévolat? «Ça m’est déjà arrivé qu’un employé me demande plusieurs mois de congé pour préparer un giron, par exemple. On peut refuser, mais le risque, c’est qu’il démissionne. Alors qu’on sait que ce sera une bonne expérience pour lui, qu’il va apprendre énormément de choses qui lui seront utiles dans le monde professionnel. C’est finalement un peu comme l’école de recrues», explique le patron.

Aujourd’hui, les choses bougent. Des hautes écoles reconnaissent par exemple certaines formes d’engagement bénévole comme équivalentes à une partie du stage d’admission. C’est notamment le cas dans le milieu de la santé et du social, à l’EESP et à La Source par exemple. «Depuis 2016, cette possibilité a été formalisée et étendue grâce à la mise en œuvre de l’article 30 de la loi vaudoise sur le soutien aux activités de la jeunesse, souligne Frédéric Cerchia, délégué cantonal à l’enfance et à la jeunesse. La procédure de reconnaissance des acquis de l’expérience (RAE) permet ainsi de faire reconnaître les compétences développées. Il est toujours possible de faire mieux, mais depuis 2011 il y a de vrais progrès dans le canton.» Rappelons que le bénévolat est inscrit dans la Constitution vaudoise et qu’à ce titre il est soutenu par l’État et les Communes. «Financièrement, nous aidons les différents projets à but non lucratif, peu importe le domaine, mais il faut qu’ils soient portés par des jeunes de moins de 25 ans», explique Frédéric Cerchia.

Les auteures du livre estiment aussi que les choses vont dans le bon sens. Aujourd’hui, un «Dossier Bénévolat» est par exemple disponible pour «lister et décrire les activités réalisées». Depuis 1991, le congé jeunesse permet aussi aux employés ou apprentis de moins de 30 ans qui s’engagent bénévolement dans des «activités de jeunesse extrascolaires» de bénéficier de cinq jours de congé non payé par an. «Des dispositifs existent mais il faut que les associations les reprennent à leur compte et se les approprient», appuie Sandrine Cortessis.

Stagiaire à l’Administration fédérale, Timothée Delapierre n’a pas directement décroché un poste grâce à son engagement associatif, mais il a déjà eu affaire à des recruteurs. «Des responsables de radio me contactent pour avoir des informations sur certains bénévoles. Ils savent que leur motivation n’est pas pécuniaire et qu’ils ont d’autres choses à mettre en avant.» Et d’élargir à d’autres domaines: «Quand vous gérez le budget d’un giron, par exemple, c’est quand même une ligne significative sur un CV.»

Se faire repérer

C’est effectivement ce qui a fait la différence pour Cédric Destraz, président de la Fédération vaudoise des Jeunesses campagnardes et responsable du bénévolat pour les Jeux olympiques de la jeunesse 2020: «Il y a une valorisation professionnelle qui ressort de mon engagement, surtout dans mon poste actuel. Ian Logan, le directeur général du comité d’organisation, est venu recruter à la «Fédé» et il a vu mes qualités.» Ses atouts? «Négociation, gestion d’équipes, rigueur dans les responsabilités et, plus récemment, relations publiques grâce au 100e.» Des qualités que le bénévolat rend contagieuses, selon lui. «Dans une Jeunesse, on apprend sur le tas. Il y a un aspect transmission, avec les anciens qui supervisent, et un impératif d’adaptation, comme pour ceux qui n’avaient jamais fait d’administratif et qui ont dû s’y mettre.»

Créé: 20.08.2019, 10h57

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