Pour décrocher le permis, on se rue sur l’automatique

CirculationDepuis le 1er février, on peut rouler en manuel avec un permis automatique. Ainsi, la part d’élèves à passer l’examen au volant d’une voiture sans embrayage a explosé de 60%.

80% des cours que donne Cédric Wisser, moniteur d’auto-école à La Côte, ici avec son élève Yona El Abridi, se déroulent au volant d’une automatique.

80% des cours que donne Cédric Wisser, moniteur d’auto-école à La Côte, ici avec son élève Yona El Abridi, se déroulent au volant d’une automatique. Image: CHRISTIAN BRUN

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L’augmentation était prévisible, mais son ampleur surprend même les spécialistes. En à peine six mois, la part des apprentis conducteurs qui tentent de décrocher le permis au volant d’une voiture à boîte automatique a bondi de 60% dans le canton de Vaud. «Sur le nombre d’examens pratiques effectués, une majorité est réalisée sur des véhicules équipés de boîte automatique», confirme Pascal Chatagny, chef du Service des automobiles et de la navigation (SAN).

Afin de comprendre cet engouement pour une mécanique jadis un peu ringarde (avant l’avènement des boîtes automatique à double embrayage et autre boîtes robotisées), il faut remonter à fin 2018. Quand, en décembre dernier, le Conseil fédéral décrète la fin de la distinction entre boîtes manuelle ou automatique sur le permis de conduire. Autrement dit: celui qui décroche son bleu au volant d’une automatique le matin peut rouler au volant d’une manuelle l’après-midi, quand bien même son pied n’aurait jamais frôlé une pédale d’embrayage.

La nouvelle législation, voulue pour coller à l’évolution du parc automobile (lire encadré) et, surtout, pour simplifier la tâche des néophytes dans une circulation toujours plus dense, est entrée en vigueur le 1er février 2019.

Dans les auto-écoles, on confirme la tendance, qu’on estime même encore plus forte qu’au Service des autos. «Cela fait des mois que nous n’avons pas eu d’élèves conducteurs qui tentent de décrocher le permis avec une voiture à transmission manuelle, souligne Daniel Gueissaz, patron de l’Auto-École Daniel, où plus de 600 personnes sont formées à la conduite par année. Plus de 90% de nos élèves roulent en automatique.»

«Jusqu’en 2018, je donnais 95% de mes cours en boîte manuelle. Depuis le mois de février, la tendance s’est totalement inversée: 80% des leçons que je donne se font en automatique. C’est une révolution», renchérit Cédric Wisser, prof d’auto-école à La Côte.

«Facile et confortable»

Lena Dereamy, jeune femme de 19 ans de la région nyonnaise, a passé son permis de conduire mi-août. À La Tour-de-Peilz, Zélie Michelin, même âge, a décroché le précieux sésame début juillet. Les deux jeunes femmes se sont présentées à l’examen au volant d’une automatique. Et elles l’ont fait pour la même raison: «La conduite en automatique est plus facile et moins stressante dans le trafic», glissent-elles d’une même voix. Julia Margot, 20 printemps, se présentera bientôt, elle aussi, à l’examen dans une voiture dépourvue de troisième pédale. Exactement pour les mêmes motifs. «Je n’ai pas à m’occuper du changement de vitesses et peux donc me concentrer sur la route et les piétons.»

Plus inattendu, la mesure séduit même ceux qui ne se seraient jamais vus derrière un volant. Comme sa mère et ses deux frères, Sophie, la trentaine, n’a pas le permis. Anxieux de nature, son père ne l’a pas initiée. Glissant qu’elle a «loupé le coche» à l’époque, la jeune femme compte dés­ormais sur la nouvelle législation pour se lancer. En automatique évidemment. «Par simplicité et pour avoir moins de choses à gérer et me concentrer sur la route».

Raisons multiples

Avancées par la Confédération pour justifier la mesure, les notions «de facilité» et «de confort» comptent incontestablement parmi les raisons les plus invoquées par les candidats qui optent pour l’automatique.

Au chapitre des autres motifs les plus avancés par les apprentis conducteurs, la question financière (compter environ 1000 francs de moins pour un permis automatique, où l’on économise les quelques heures nécessaires à apprivoiser l’embrayage) figure en bonne place. Le choix dépend également de la voiture des parents, que le débutant se voit déjà emprunter. Dans les familles où la pédale d’embrayage n’est pas qu’un lointain souvenir, les plus raisonnables, comme Alina Peter, 18 ans, se présenteront à l’examen dans une manuelle. «Chez moi, il n’y a pas d’automatique. Je savais donc dès le départ que je n’en conduirais pas de sitôt. Par conséquent, je trouvais beaucoup trop dangereux de passer le permis en automatique», glisse la jeune femme de Coppet, mettant le doigt sur le point le plus sensible du sujet: la possibilité qu’offre la nouvelle législation de se retrouver en plein trafic au volant d’une manuelle sans avoir jamais entendu parler du point de friction.

Cette considération n’inquiète pas les plus téméraires, qui assurent qu’ils apprendront sur le tas. Nous nous sommes entretenus avec certains d’entre eux. Loin des micros, ils soutiennent qu’une simple explication leur suffira à ne pas caler. «Ces comportements ne sont pas à recommander, car les risques existent», leur oppose Jean-Bernard Chassot, directeur de la Fédération romande des écoles de conduite.

Des garde-fous existent

En début d’année, le secteur – Bureau de prévention des accidents (BPA) et Touring Club Suisse (TCS) en tête – ne cachait pas ses craintes quant au changement de législation et redoutait une augmentation des accidents.

Six mois plus tard, Alexandre Bisenz, porte-parole de la police cantonale, se veut rassurant: aucun accident n’est imputable à la nouvelle pratique. «À ce jour, nous n’avons pas eu d’expérience en rapport avec la modification légale du 1er février 2019 sur le permis de conduire», corrobore Nicole Hess pour la Bâloise Assurance.

Le fait qu’aucun conducteur ne se soit encore mélangé les pédales est probablement moins dû à la chance du débutant qu’à plusieurs garde-fous. Parmi lesquels, pêle-mêle, les parents qui veulent que leur progéniture apprenne à manier le pommeau d’une boîte manuelle en prenant quelques cours, quitte à se présenter à l’examen en automatique, et les auto-écoles elles-mêmes, qui proposent cette solution. Enfin, les jeunes. La majorité que nous avons interrogés se montrent plutôt conscients des risques et confient avoir suivi quelques cours de conduite au volant d’une manuelle. Avant de basculer en automatique.

Créé: 07.09.2019, 08h38

La boîte manuelle toujours plus rare

Pour justifier la nouvelle pratique, les autorités s’appuient sur un argument qui revient souvent: le parc automobile est toujours plus constitué d’automatiques. Une tendance que confirment tous les constructeurs à qui nous avons posé la question, chiffres à l’appui. À commencer par le groupe AMAG.

C’est d’ailleurs chez l’importateur des marques VW, Skoda, Audi, Seat et Porsche que les chiffres sont le plus saisissants. Pour toutes ses marques confondues, le groupe annonce une part toujours plus grande de voitures neuves automatiques immatriculées: 72,5% en 2017, 77,1% en 2018 et 81,8% pour l’année en cours.

«L’évolution des ventes des boîtes automatiques est aussi à la hausse chez Nissan», enchaîne Rudolf Schoch, responsable marketing de la marque, qui explique la hausse par l’intérêt de la clientèle pour les systèmes de conduite semi-autonome. Chez la marque japonaise, les modèles phares sont vendus en automatique à une écrasante majorité, entre 85 et 95%.

Même score quasi stalinien pour la marque DS (ex-Citroën). Les projections du groupe PSA tablent sur le fait que les automatiques représenteront 90% des ventes du modèle cette année. L’an dernier, les automatiques se taillaient déjà la part du lion des ventes des Peugeot (68,4%), des Citroën (55,5%) et des Opel (60,2%).

À Crissier, Thomas Schmutz, directeur du centre romand Emil Frey SA (qui vend notamment des Jaguar, des Jeep, des KIA, des Toyota ou encore des Volvo), souligne lui aussi des ventes toujours plus importantes de boîtes automatiques: 71% en 2018, 73% pour l’année en cours.

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