Pour leur pasteur licencié les fidèles font la grève du culte

FroidevilleAbasourdis par la décision et les méthodes de l’EERV, des paroissiens ont manifesté devant l’église dimanche.

Au lieu d'entrer dans l'église, les paroissiens mécontents ont déployé une banderole pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme «une cabale».

Au lieu d'entrer dans l'église, les paroissiens mécontents ont déployé une banderole pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme «une cabale». Image: Odile Meylan

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Froideville portait bien son nom dimanche matin. Bise et ambiance glaciale avaient rendez-vous sur le parvis du centre œcuménique, à l’heure du culte. Munis d’une banderole, une dizaine de paroissiens sont restés à l’extérieur de l’église pour protester contre le récent licenciement du pasteur suffragant (qui exerce par délégation avant d’être reconnus officiellement) Théodore Ntamack Ntamack. A l’intérieur, ils sont aussi une dizaine face au pasteur, retraité, venu de Lausanne pour dépanner. A la moindre velléité de gagner la chaleur de l’église, une manifestante prévient: «N’y allez pas, ce serait comme tuer Théodore une deuxième fois!»

Pour elle, son pasteur d’origine camerounaise est «mort» le vendredi 24 mars à 8 heures, quand il a ouvert la porte de la cure de Morrens, où il loge, à deux membres de l’Office des ressources humaines de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV). Dans leurs mains, une lettre de licenciement.

«Le conflit qui déchire votre paroisse autour de votre activité a atteint son paroxysme. (…) Vous vous fermez à toute discussion, ne prenez rien sur vous et formulez des reproches envers tous», pointe notamment la missive. Des arguments que le principal intéressé dit ne pas comprendre. «Si les paroissiens s’étaient plaints, mon départ serait perçu comme un soulagement et il n’y aurait pas de manifestation, avance le pasteur. Je n’ai jamais reçu de notification ou d’avertissement, j’ai toujours fait profil bas alors que j’ai été provoqué depuis le début.»

Un autre cas à Bussigny

Au cœur de cette nouvelle affaire au sein du personnel de l’EERV (lire ci-dessous), des rapports professionnels nuageux entre le suffragant, à temps plein, Théodore Ntamack Ntamack, et la titulaire, à temps partiel, Maryse Burnat-Chauvy. Contactée, cette dernière indique qu’elle ne dira «pas un mot sur le sujet». Pas plus de détails parmi les croyants, tout juste devine-t-on «un manque d’affinités» ou «des chamailleries». «Il n’est pas question de relations de travail uniquement avec sa collègue et je ne vais pas entrer dans les détails», effleure Xavier Paillard, président du Conseil synodal de l’EERV.

Des mots qui résonnent particulièrement fort du côté de Bussigny. Le même jour, un autre pasteur suffragant, d’origine congolaise, recevait en effet une lettre au phrasé différent mais à la sentence identique. Licencié sur-le-champ parce que sa «manière de collaborer» avec ses partenaires directs «pose des problèmes au Conseil de paroisse». Dans les deux cas, les concernés affirment n’avoir pas été mis en garde, alors que leur hiérarchie dénonce une absence de réaction.

Désabusé, le pasteur de Froideville peine à digérer: «Tous les arguments sont inventés, c’est vicieux et cruel. Je me battrai pour que ces faux motifs soient retirés.» Ce dernier parle d’humiliation lorsqu’il évoque les deux hommes venus lui remettre la lettre à son domicile, deux heures avant qu’un recommandé n’arrive par la poste. «Il était convoqué la veille au siège de l’Eglise, mais ne s’est pas présenté, rétorque Xavier Paillard. En Eglise, il est important de dire les choses de vive voix dans un souci d’accompagnement.»

Rapidement mis au courant de la décision de l’EERV, les manifestants parlent de cataclysme naturel: dans leurs bouches, «le tsunami» le dispute à «l’ouragan» et au «tremblement de terre». «Nous ne comprenons pas les accusations. Le pasteur est unanimement apprécié, il redonne vie à notre église qui se meurt doucement», insiste Jean-Claude Simond, membre de la commission de gestion de la paroisse. Deux jours après la nouvelle, ce dernier s’exprimait à la fin du culte dominical. Un réquisitoire pour dénoncer «un cahier des charges précaire sinon inexistant», des méthodes qui «frisent le mobbing» et un dossier où «tout laisse à croire qu’il y a bel et bien une cabale».

Face à une telle offensive, l’EERV tempère. «La réaction des paroissiens est normale car le propre du pasteur est de travailler sur le contact humain. Néanmoins, l’Eglise doit veiller à conserver des ministres adéquats dans tous les registres, recadre Xavier Paillard. Les paroissiens ne sont pas forcément au courant de tout et il ne faut pas se limiter à leur seul avis.» Et de préciser que le propre du suffragant est d’être soumis à une période d’essai.

Dès lors, pourquoi le pasteur a-t-il reçu, en janvier, un nouveau contrat valable jusqu’au 28 février 2018? «Le temps d’évaluer la personne et de faire remonter les informations nécessite un délai. Les conclusions sont arrivées un peu tard et il est vrai que c’est malheureux», concède le président du Conseil synodal. (24 heures)

Créé: 02.04.2017, 21h57

«Il faut le dire, notre Eglise est malade»

Sur le plan des pasteurs licenciés, l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud n’en est pas à sa première grève. «C’est aussi grave que le cas de Daniel Fatzer», lance d’ailleurs l’une des manifestantes de Froideville. Au mois de juin 2016, le pasteur était resté 23 jours sans s’alimenter au cœur de l’église Saint-Laurent de Lausanne. Il s’était alors décrit comme un «lanceur d’alerte» et entendait protester contre des «méthodes de gestion du personnel brutales» après l’éviction de cinq pasteurs, dont lui, en deux ans. Daniel Fatzer proposait de trouver une médiation externe et d’offrir une possibilité de recours externe à l’Eglise.

«Il faut le dire, l’EERV est malade, il faudrait que les choses sortent mais nous sommes un peu trop Vaudois pour ça», ajoutait hier l’une des paroissiennes. D’autres faisaient part de leur inquiétude pour l’avenir de Théodore Ntamack Ntamack, de sa femme et de sa jeune fille. Des préoccupations dont ils ont pu faire part à Lucien Nicolet, membre du Conseil régional, et Olivier Favrod, pasteur engagé dans un service du Canton. Tous deux avaient été envoyés à Froideville pour initier une démarche de pacification.

Cette dernière se concrétisera notamment par une séance publique, mercredi à 20 h, durant laquelle l’EERV évoquera «les faits et leur compréhension» avec les paroissiens. «Et ce parce qu’il est important que tout le monde possède le même niveau d’information», défend Xavier Paillard.

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