Pourquoi la 5G diffuse une onde de révolte

TélécomsFrondes sur les antennes, pétitions virales et réel phénomène social. D’où vient cette peur de la 5G?

L'arrivée de la 5G en Suisse suscite de nombreuses craintes et réactions parmi la population.

L'arrivée de la 5G en Suisse suscite de nombreuses craintes et réactions parmi la population.

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Il y a comme un grésillement dans l’air. Du genre acouphène, mais qui grince. Rarement ce qui partait pour être un nouveau pas commercial et technologique aura provoqué une telle levée de boucliers dans le pays, et en terres vaudoises. «On ne s’y attendait pas», souffle le porte-parole de Swisscom, Christian Neuhaus. Ne serait-ce qu’au regard de l’introduction de la 4G, en 2012, qui n’avait pas fait le moindre remous. Raté. L’arrivée de la technologie 5G en Suisse (lire ci-contre) suscite les passions. Prenons Yverdon, où une séance d’information avait lieu jeudi soir dans une salle de paroisse à l’ambiance électrique. «Cette 5G, c’est la porte ouverte à notre contrôle par l’État et les multinationales», lance un citoyen révolté. «Et les abeilles et la navigation des oiseaux? Nous ne sommes pas seuls sur terre!» enchaîne une quinquagénaire, les cheveux en bataille. «Levons-nous», renchérit une militante, la voix perchée par l’émotion.

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Coalition bariolée

Du gymnasien à l’électrosensible, soudain gravement pris au sérieux par tous, en passant par l’écologiste de la première heure, la 5G a paradoxalement réussi à fédérer les oppositions. «On peut y voir un degré de maturité des consciences», réfléchit Solange Ghernaouti, professeure au Département des systèmes d’information de l’Université de Lausanne, qui étudie notamment la sécurité numérique et les télécommunications. «La 5G est la porte d’entrée pour susciter un débat de société qui n’a jamais eu lieu, celui sur l’informatisation de la société, de l’automatisation des activités, la perte d’autonomie, la surveillance et le contrôle, en fait sur la place que prend tout ce qui est 4.0 dans nos vies. Tout le monde commence à se rendre compte de la dépendance au numérique et de l’emprise de l’intelligence artificielle, notamment sur les métiers ou sur les problèmes de sécurité. Il y a une volonté de se réapproprier un destin numérique de la société.»

Les antennes 4G, qui doivent servir de base au futur réseau 5G, sont déjà bien présentes sur le canton. Elles contribuent à alimenter les questions et les réunions d’inquiets, comme ici, jeudi soir à Yverdon. PATRICK MARTIN, MATTHIEU RUDAZ, PHILIPPE FORNEY

Les opérateurs sont en tout cas proches de la communication de crise. Des réactions en direct sur les réseaux sociaux. Une position de la faîtière des télécommunications qui crie à l’intox, ou des professionnels qui en viennent à souligner que la proximité du portable peut être dangereuse, mais pas les antennes. Peu habile. En fait, il leur faut faire vite.

À Jongny, près de Chardonne, la mise à l’enquête d’une antenne 5G non loin de l’hôpital psychiatrique, d’une école et d’un quartier résidentiel provoque une fronde de 180 signatures et autres oppositions, avec interpellation d’élus à la Commune. «La 5G inquiète, on en a parlé au pédibus, et c’est là qu’on s’est rendu compte qu’il y avait déjà deux antennes dans la commune», explique Corinne Ansermoz, qui a fait accepter une demande de moratoire et l’introduction du règlement par le Conseil.

Communes impuissantes

Un cas qui pourrait être banal. Sauf qu’il s’ajoute aux oppositions déjà fréquentes aux antennes «standard», que l’arrivée de la 5G ne fait que renforcer. Il y a 120 signatures contre l’antenne de Burier. À Payerne, la grogne monte à grande vitesse sur les réseaux sociaux contre un projet d’antenne, dont il a suffi que la rumeur dise qu’elle préparait la 5G. Le phénomène ne date pas d’hier. Signalons les 401 signatures récoltées contre une antenne, l’été dernier à Le Vaud. Ou encore l’impressionnant mouvement (500 signatures et une opposition forte) à l’antenne de La Tour-de-Peilz en juin 2018. Par ailleurs, les Communes sont le plus souvent impuissantes à éviter les antennes. Leur marge de manœuvre réduite participe à la méfiance de la 5G. «Les antennes et les installations fixes deviennent des éléments visibles. Et comme ces développements sont souvent ceux de géants de la communication, ça renforce une forme de méfiance», estime le géographe et municipal des Énergies d’Yverdon, Pierre Dessemontet.

Dans la rue, les récolteurs de paraphes pour les initiatives en cours sont alpagués: «Vous avez une feuille contre la 5G?» demande l’un d’eux. La pétition existe en ligne. Elle est destinée à Ueli Maurer. Elle a déjà récolté en un mois plus de 47'000 signatures. «Je l’ai lancée parce que beaucoup de monde en parlait autour de moi. On n’a plus droit à l’erreur sur l’impact de notre consommation. Cette hyperconnectivité va nous faire changer tous nos appareils. Est-ce qu’on en a vraiment besoin?» interroge Marvin Grimm, étudiant en soins infirmiers à Lausanne. «Ce qui a aussi fait réfléchir beaucoup de jeunes, poursuit-il, c’est la pub de Federer qui fait l’apologie de la 5G chez Sunrise. C’est là que la nouvelle a commencé à se répandre.» Le processus parlementaire est passé sous le radar.

«C’est vrai qu’il y a une inquiétude, reconnaît le conseiller national PLR Frédéric Borloz. Il est temps d’avoir un débat politique là-dessus.» L’élu d’Aigle demande des zones préservées de la 5G, pour les électrosensibles notamment (voir la vidéo ci-dessous). «Maintenant il faut aussi rassurer. Et souligner l’importance de cette technologie attendue de longue date par notre économie. Des emplois sont en jeu.» En face, les Verts demandent un moratoire et une planification vaudoise. «Pour la population il s’agit d’un trop-plein, estime le président des Verts vaudois, Alberto Mocchi. On sent vraiment une volonté que la balance des intérêts ne soit pas en faveur de l’économie, mais de leur santé.»

Retour à Yverdon. Au fond de la salle, l’évêque Mgr Morerod écoute sagement l’assemblée. «Chaque fois qu’une paroisse a voulu installer une antenne, elle a dû faire marche arrière», note-t-il pendant qu’une Yverdonnoise, les deux pieds bien sur terre, sort avant la fin. «Je ne vois pas l’intérêt de ces objets connectés. Le frigo, il ira pas faire les courses à votre place.» À deux pas, deux jeunes amies, la génération climat, soupirent. «Peut-être bien qu’on ne pourra rien faire. Mais au moins ça rendra plus attentifs.» (24 heures)

Créé: 30.03.2019, 09h01

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