Pourquoi se rendre au Portugal en minibus?

Drame sur la route du week-end pascalLe low cost aérien a détrôné l’autocar. Mais le va-et-vient de minibus improvisés continue.

Manuel Nunes, patron de Nunes Voyages, à Lausanne, n’organise plus de transport professionnel vers le Portugal car ce n’est plus rentable.

Manuel Nunes, patron de Nunes Voyages, à Lausanne, n’organise plus de transport professionnel vers le Portugal car ce n’est plus rentable. Image: CHANTAL DERVEY

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Douze morts d’origine portugaise sur la route du week-end pascal vers «le pays». Le canton de Vaud, où les Portugais, au nombre de 58'000, forment la première communauté étrangère, pleure trois victimes, à Granges-Marnand. Pourquoi prendre place à Romont (FR) dans un fourgon non adapté au transport d’autant de passagers pour plus de 24 heures de route?

Au centre de la France, là où s’est produit le drame, la justice interroge le conducteur et le propriétaire du véhicule placés en garde à vue jusqu’à jeudi. Les va-et-vient de minibus pas toujours en règle, c’est une vieille histoire qui se prolonge de nos jours. Personne ne le nie. «Cela fait trente-deux ans que je vis en Suisse et j’ai toujours entendu parler de ça», déclare Horacio Lopes, président du Centre portugais de Romont.

L’essor des compagnies aériennes low cost, en particulier d’EasyJet, a pourtant fortement modifié les comportements. «Je vais en avion au Portugal. C’est le moins cher. On peut trouver des billets à 50 francs en réservant au bon moment», relève Manuel Nunes, à Lausanne. Organiser des transports en bus de manière professionnelle vers le Portugal depuis la Suisse? Ce n’est plus rentable. Cet homme âgé de 62 ans sait de quoi il parle puisqu’il est le patron de l’entreprise lausannoise Nunes Voyages, qui affiche fièrement ses véhicules sur Internet.

Forte concurrence

Dans le passé, Manuel Nunes planifiait des trajets réguliers vers le Portugal. Mais plus aujourd’hui. «Il y a vingt ans, je faisais cela pour 200 francs. par personne. Ça ne vaut plus la peine de le faire actuellement. Maintenant, j’organise plutôt des excursions en France et en Suisse», explique le patron. Il invoque la concurrence de l’avion mais aussi celle des Portugais du Portugal: «Ils font beaucoup moins cher. Ils viennent pour 2500 euros, avec deux chauffeurs. Ici ce n’est pas possible de faire cela. Le prix, en raison des charges au niveau suisse, c’est le double! Il faut même compter 6000 à 7000 francs. On ne peut pas travailler avec ça.»

Ceux qui ne supportent pas l’avion ont toujours la possibilité de voyager en bus professionnel de ligne. On trouve des trajets directs alors que le train implique plusieurs changements. La compagnie Eurolines propose régulièrement des liaisons entre Lausanne et Lisbonne, au prix de 120 francs environ. Il faut compter 24 heures de trajet en moyenne. Les autocars étaient-ils pleins pour le week-end pascal? «Non, il y avait de la place. Ils auraient pu réserver chez nous», répond une responsable à Lausanne.

«Des minibus qui ne sont pas en règle circulent et les autorités des pays traversés ne font rien»

Et pourtant, José da Silva, président du FC Porto Lausanne, estime que, chaque semaine, une dizaine de personnes font le parcours à bord d’un minibus improvisé. Une entreprise portugaise de voyages basée à Lausanne, qui organise des trajets en autocar vers le Portugal, confirme: «Des minibus qui ne sont pas en règle circulent et les autorités des pays traversés ne font rien.» Horacio Lopes a une explication: «Avec ma famille, nous prenons l’avion. Sur place, il est possible de louer une voiture. Mais nous n’allons pas très loin de Lisbonne. Tout le monde n’est pas dans cette situation. Certains vont dans des villages éloignés des grandes villes. Parfois, ils n’ont pas de permis de conduire. Avec les transports publics, il faut compter une journée de plus. D’autres ont peur de l’avion ou des attentats.» Certains des passagers qui ont trouvé la mort en France se trouvaient dans une telle situation, comme le montrent les témoignages récoltés à Granges-Marnand («24 heures» de mercredi). Leur destination était un village situé à une centaine de kilomètres au sud-est de Porto. Horacio Lopes et d’autres s’interrogent. Valait-il la peine de risquer sa vie dans un bus inadapté pour aller directement à destination et éviter un long déplacement sur place, au Portugal? (24 heures)

Créé: 31.03.2016, 06h57

Contrôles jugés insuffisants

Le procureur français chargé d’investiguer sur le drame de la nuit du 24 au 25 mars devrait communiquer aujourd’hui des informations sur les suites de l’enquête. Agé de 19 ans, le conducteur venu du Portugal ne pouvait en principe pas être titulaire du permis autorisant la conduite d’un minibus transportant de huit à seize passagers: en Suisse et en France, il faut avoir 21 ans. Le fourgon Mercedes Sprinter immatriculé au Portugal n’était à l’origine pas conçu pour transporter douze personnes. Il a été «aménagé» en minibus dans ce but. Dans la communauté portugaise, certains s’étonnent qu’un minibus employé de manière illicite puisse passer plusieurs postes de douane, à l’aller et au retour, sans coup férir.

Certains reprochent aux gardes-frontière d’être plus prompts à traquer les kilos de viande transportés en trop que la sécurité des voyageurs. Ce que les douanes françaises admettent volontiers: «Ce n’est pas dans les prérogatives douanières d’effectuer des contrôles d’un point de vue technique. C’est la tâche de la police. Nous nous concentrons sur les marchandises», affirme la Direction générale des douanes. Les douanes suisses sont plus nuancées. Elles affirment que leurs contrôles sont aussi orientés sur la sécurité (surcharge, mauvais état technique, conduite sous influence de l’alcool ou de drogue). Ainsi, les gardes-frontière ont recensé 27'200 défauts dans le secteur poids lourds en 2015. Les douanes relèvent que, chaque jour, 350'000 véhicules privés et 20'000 camions franchissent les frontières suisses en entrant ou en sortant du pays.

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