Privé de ses œufs, Isenau se console avec la rando

Les promeneurs se régalent des itinéraires balisés et de la piste spécialement damée. Mais tous veulent le retour de la télécabine

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Ils disent que c’est une question d’âme. Qu’il manque des touches de rouge sur le vert des sapins. Et qu’Isenau sans ses œufs n’est pas vraiment Isenau. C’est pourtant à eux, randonneurs à skis ou en raquettes, que le domaine des Diablerets est dédié cet hiver . Un moyen pour la Commune d’Ormont-Dessus et son Office du tourisme de le garder actif et attractif en attendant le retour de la télécabine. Et ils étaient nombreux à en profiter, samedi après-midi, sur les itinéraires balisés et sécurisés par les organisateurs de la course ski-alpinisme Diablerets 3D (voir encadré).

Habitué du ski de randonnée, Fabien Fontannaz attaque le pied de la piste qui relie le village à la station d’arrivée de la télécabine. «Je découvre avec plaisir ces aménagements. C’est une bonne manière de faire vivre Isenau sans remontées mécaniques, glisse le jeune homme originaire de Noville. Personnellement, je ne m’amuse pas à venir randonner dans les endroits où il y a du ski de piste donc c’est agréable de pouvoir le faire aujourd’hui.»

Passé les derniers chalets, la pente se fait plus exigeante. Michel Rao prend un peu d’avance sur sa famille et regarde dans le rétroviseur. «Ça fait quinze ans que je viens ici, depuis Genève et je n’ai jamais vu autant de randonneurs à Isenau. En général, ça ne se pratique pas trop sur les pistes damées mais c’est l’occasion d’une belle descente. C’est vraiment sympa mais ça ne doit pas être une raison pour tout abandonner.» Ce sera le mot d’ordre, à l’unanimité: tout le monde est très heureux mais rendez-nous les œufs.

Resto pris d’assaut

Chacun souligne qu’Isenau bénéficie d’un ensoleillement extraordinaire et qu’il est idéal pour les familles. Ce samedi, par contre, la neige n’est pas irréprochable. Après avoir été généreux, le ciel a fait le capricieux. Mais le soleil est là et tout est pardonné. «Difficile de faire mieux, c’est quand même beaucoup plus joli que le Meilleret», démarrent Ariane et André Chardonnens. Le couple de Fribourg descend du lac Retaud, raquettes aux pieds. «C’est dommage car, quand vous n’avez pas de skis, c’est parfois agréable de rentrer en cabine.»

«Ça fait quinze ans que je viens ici, depuis Genève et je n’ai jamais vu autant de randonneurs à Isenau. En général, ça ne se pratique pas trop sur les pistes damées mais c’est l’occasion d’une belle descente»

La montée aussi fait travailler les jambes. Mais un pas après l’autre, les cimes deviennent concrètes. Les arbres sont dépassés et le sommet est là. Les fameux œufs aussi, bien rangés dans leur gare d’arrivée. Alignés comme les promeneurs sur la terrasse du Resto d’Isenau. L’établissement est fermé mais une dizaine de personnes profitent de ses chaises et du panorama. Les choses sont bien faites et c’est Welcome, un berger australien, qui souhaite la bienvenue. Il est monté avec un groupe d’habitués.

«Un de nos meilleurs amis tient ce restaurant, nous revenons toujours avec un peu de nostalgie, admet l’Ormonan Alexandre Thuillard. Les aménagements sont super et, avec les futures animations (voir encadré), c’est un bon moyen de faire vivre Isenau pendant cette période de transition.» A ses côtés, Mireille Cavin et Nathalie Chappuis n’envisagent rien d’autre qu’une fermeture temporaire. «C’est impératif pour tous les acteurs du village. Et puis, ça se ressent déjà un peu. Il y a un report des skieurs au Meilleret et le temps d’attente augmente.» Tous les trois vantent «l’ambiance particulière et détendue» de ce coin de station. Et de questionner: «Quelqu’un vous a dit le contraire?» En tout cas pas ce samedi de janvier… Il n’y a pas grand-chose d’autre, sur la terrasse d’Isenau, qu’un moment de silence et de l’air pur autour.

«La grande affluence»

Assises dans la neige, Annik, Olivia et Daphné Nicod passent les Alpes en revue avec leur chien, Kadera. Établies à Montreux, elles possèdent un chalet en bordure de la piste. «Il y avait moins de monde pendant les Fêtes mais maintenant c’est vraiment la grande affluence. C’est une promenade sympa et nous la faisions déjà ces dernières années après le départ des skieurs.» Elles militent toutes les trois pour la réouverture de la télécabine qui «permet de conserver de la diversité dans une petite station comme celle-ci». D’ici là, elles voient d’un très bon œil la buvette éphémère, prévue dès le week-end prochain (voir encadré), qui permettra de boire un verre après avoir sué.

Désaltérer en altitude, c’était le rôle de «Gipsy». Le gérant du Resto d’Isenau, Daniel Tougne, de son vrai nom, n’aurait pas pu tourner avec les seuls randonneurs. «Il faut 18 000 litres de fuel pour ouvrir, c’est trop lourd, alors tout est en stand-by.» Le patron a «trouvé une roue de secours» en reprenant le Restaurant La Potinière, à côté de la patinoire.

Il reçoit au comptoir et préfère les verres à moitié pleins: «J’espère que les touristes ne prendront pas leurs habitudes ailleurs. Mais les gens continuent d’y monter, c’est qu’ils s’y sentent bien. La mort d’Isenau, ça paraît impensable.»

(24 heures)

Créé: 14.01.2018, 18h58

Trois couchers de soleil en musique

Pour que le domaine d’Isenau soit le plus attractif possible, la Municipalité d’Ormont-Dessus et l’Office du tourisme des Diablerets ont mis en place une offre mêlant aménagements et animations.

Comme annoncé en décembre dans nos colonnes, les amateurs de raquettes et de ski de randonnée peuvent profiter de deux itinéraires balisés et sécurisés. Le premier est bien connu des pratiquants et relie Isenau au col du Pillon avec passage par le lac Retaud. Le second permet de rallier Isenau depuis le village en passant par les Crêtes.

Pour les skieurs, la piste Standard, entre le bourg et la station d’arrivée de la télécabine, est damée. Une prestation financée équitablement par la Fondation pour la défense des intérêts d’Isenau et par la Commune. Le coût est estimé à 20 000 francs mais dépend des conditions d’enneigement.

Au sommet, si le Resto d’Isenau est fermé, une buvette éphémère doit ouvrir dans les prochains jours. Un festival «unplugged» en plein air et en trois dates est aussi prévu. Assis sur des bottes de paille, les promeneurs auront le droit à des lives acoustiques durant le coucher du soleil. Ils sont conviés les 20 janvier, 17 février et 17 mars à partir de 16 heures.

«Sûrement reconduit l’an prochain»

Tout juste imaginés et déjà prolongés? La question se pose pour les aménagements à destination des randonneurs mis en place cette année. Comme expliqué dans nos colonnes le 11 janvier dernier, le renouvellement de la télécabine d’Isenau ne recevra pas d’aide cantonale avant l’automne 2018. La quatrième et dernière enveloppe d’Alpes vaudoises 2020, contenant notamment le projet ainsi que l’enneigement mécanique de Leysin et des Mosses, vient d’être reportée.



Les œufs resteront donc à quai l’hiver prochain et Isenau devrait à nouveau être dédié
à la promenade.

«Il faudra faire un bilan et évaluer les choses en fin de saison mais il est très probable que l’opération soit reconduite», indique Philippe Grobéty, syndic d’Ormont-Dessus et président de la Fondation pour la défense des intérêts d’Isenau.
A ce stade, rien n’indique par contre que le dispositif sera identique.

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