Grève des femmes: profs et papas garderont les enfants

14 juinLe mouvement s’annonce massif. Un élan de solidarité se crée dans les fiefs féminins, afin que celles qui le veulent puissent débrayer.

Le Centre de vie enfantine de Valency, à Lausanne (ici la codirectrice, Isabelle Sanou), sera en grève le 14 juin. Mais il restera ouvert, notamment pour permettre aux mamans de manifester.

Le Centre de vie enfantine de Valency, à Lausanne (ici la codirectrice, Isabelle Sanou), sera en grève le 14 juin. Mais il restera ouvert, notamment pour permettre aux mamans de manifester. Image: ODILE MEYLAN

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Les cent cinquante éducatrices de la petite enfance lausannoises déjà annoncées comme grévistes le 14 juin pourront-elles débrayer sans laisser les petits sur le carreau? C’est fort probable pour une majorité d’entre elles. Car la grève des femmes engendre un fort élan de solidarité dans les bastions professionnels féminins. À Lausanne, par exemple, des crèches seront créées dans les Gymnases Auguste Piccard, de Beaulieu ou encore dans l’Établissement Isabelle de Montolieu, tous intégralement en grève.

Un mouvement inédit

Le mouvement s’annonce inédit dans sa forme et son étendue. Massif dans les garderies et les écoles, plus restreint dans les hôpitaux et les établissements médico-sociaux, il s’emparera aussi des musées, des bibliothèques et d’autres services publics, tel le Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme. Les administrations communales ne seront pas épargnées, des grévistes s’étant dévoilés de Lausanne à Nyon, dans des services municipaux, des Offices régionaux de placement (ORP) et des centres sociaux.

Dans la capitale vaudoise, la moitié des garderies municipales sera donc en grève. Au Centre de vie enfantine de Valency, qui prend part au mouvement, la vingtaine d’éducatrices veulent débrayer. Mais la Ville exige un service minimum. Et le Canton a décidé de ne pas assouplir ses exigences concernant le taux d’encadrement requis. «J’ai exposé la situation aux parents, afin de connaître le nombre d’entre eux qui comptent sur nous, explique Isabelle Sanou, codirectrice. Je déterminerai sous peu un nombre d’éducatrices suffisant pour encadrer les enfants. Mon vœu est à la fois de libérer un maximum d’entre elles mais aussi de permettre aux mères qui le souhaitent de faire la grève.»

La problématique n’est pas différente dans les garderies de la Borde, de la Bourdonnette, de la Cité, de Montelly, du Petit-Vennes, de la Sallaz, de la Grenette et de l’Ancien-Stand. Avec le même message: «Nous sommes en grève, mais aussi là pour vous.» Gros dilemme. «Moi, je suis prête à garder mon enfant, pour céder ma place dans la rue à une éducatrice», réagit une mère. À Nyon, des hommes solidaires ont décidé de gérer une crèche.

Effet domino

La grève des femmes prend aussi l’allure d’un jeu de domino dans le secteur scolaire, où des enseignants veulent, ce jour-là, se mettre en grève de corrections d’examens et de rendus des bouclements semestriels. S’ils passent aux actes, ce seront les secrétaires, toutes des femmes, qui risquent d’en pâtir. «Les mesures prises ne doivent pas rater leur cible, commente la syndicaliste Françoise-Emmanuelle Nicolet, également présidente de l’Association vaudoise des maîtres de gymnases. C’est toute la délicatesse de l’exercice qui exige beaucoup de concertation.» Mais le mouvement compte d’importantes forces vives. Tous les gymnases vaudois se sont déclarés en grève, à l’exception de ceux qui, jeudi, n’avaient pas encore tenu leur assemblée, Renens et Chamblandes.

«L’égalité hommes-femmes est un thème universel fort qui touche à nombre de revendications du domaine scolaire»

«Dans l’enseignement, la mobilisation dépasse d’un bon bout celle de la grève contre la révision de la Caisse de pensions de l’État, l’an passé, estime Cora Antonioli, enseignante d’allemand au Gymnase de la Cité, à Lausanne, et présidente du syndicat SSP-Enseignement. L’égalité hommes-femmes est un thème universel fort qui touche à nombre de revendications du domaine scolaire. Ce qui mobilise plus largement les enseignants du primaire que lors des actions précédentes.»

Dans l’enseignement obligatoire, les établissements de Cossonay-Penthalaz, de Morges Beausobre, de Montreux-Est et d’Isabelle-de-Montolieu, à Lausanne, seront fermés. Une liste à laquelle pourraient s’ajouter d’autres collèges déjà en grève, tels ceux de Renens et du Belvédère, à Lausanne. «Nous organiserons un accueil pour accueillir les enfants dont les parents n’ont pas de solution, relève Zoé Béboux, enseignante au Collège Isabelle-de-Montolieu. Durant notre piquet de grève, nous discuterons, entre autres, du sexisme dans le collège et dans les manuels scolaires. Les hommes s’occuperont du repas et géreront une crèche afin de décharger les garderies.» «Nous avons en effet appelé les hommes à s’organiser pour garder les enfants», précise Gilles Pierrehumbert, président de la Société vaudoise des maîtres secondaires et syndicaliste.

La grève, autrement

Dans le secteur de la santé, la grève sera moins visible en raison de l’obligation de tenir un service minimum: «Même si nous avons de nombreuses revendications, ce n’est pas dans notre esprit de faire la grève, sous peine de vivre un conflit de loyauté avec nos patients, confie Laura Thierrin, infirmière au CHUV, à Lausanne. Mais de nombreuses collègues en congé prendront part à la manifestation. Et des actions sont prévues au sein de l’hôpital.»

Dans les établissements médico-sociaux, certains ont opté pour une autre stratégie: au lieu d’effectuer les activités habituelles, le personnel organisera des jeux avec les pensionnaires. «C’est un de nos mots d’ordre, commente Maria Pedrosa, secrétaire syndicale des services publics SSP. ceux qui ne peuvent pas participer à la grève sont appelés à faire du 14 juin une journée différente.» Elle le sera, à entendre Françoise-Emmanuelle Nicolet: «L’égalité hommes-femmes est un puissant levier à plein de revendications. Cette grève dérange certains hommes et fait peur. Elle remet en question beaucoup de choses. Dont notre rapport avec les autres.» (24 heures)

Créé: 07.06.2019, 06h50

«La grève ne sera pas violente»

Pour le Bureau de l’égalité vaudois entre les femmes et les hommes, la grève du 14 juin exprime «une forte demande sociale d’avancer dans le domaine de l’égalité». «Mais, en tant que service de l’État, notre rôle n’est pas de l’encourager, rappelle la cheffe Maribel Rodriguez. Nous venons d’organiser une table ronde avec le Bureau de l’égalité de l’UNIL, qui a permis de réfléchir sur les thèmes présents lors de la grève des femmes 1991 et celle à venir. Le but étant de favoriser les échanges sur les permanences et les différences entre les deux événements.» Pour cette dernière, les préparatifs du 14 juin «ont l’avantage de faire parler de l’égalité» et de «favoriser un dialogue entre des femmes investies de longue date dans l’égalité et des plus jeunes qui ont contribué à élargir les revendications, notamment sur les droits liés au corps et au harcèlement». Dans l’incapacité de mesurer l’ampleur que prendra la grève, Maribel Rodriguez ne pense pas que la journée du 14 juin sera «une démonstration violente»: «Au contraire, les différents comités dans les grandes villes du pays ont démontré leur volonté de fédérer et d’élargir le cercle des personnes désireuses de soutenir la cause de l’égalité. Le personnel des garderies, des écoles et des hôpitaux a le sens des responsabilités et garantira sans aucun doute les services minimums à la population.»

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