Quelle place pour les officières de police?

ÉgalitéLa police cantonale compte depuis peu une deuxième femme officier dans ses rangs. Les polices communales n’en ont aucune.

Florence Maillard (à gauche) et Olivia Cutruzzolà sont les deux premières officières de la police cantonale.

Florence Maillard (à gauche) et Olivia Cutruzzolà sont les deux premières officières de la police cantonale. Image: Vanessa Cardoso

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La police, c’est aujourd’hui encore un monde d’hommes. La police cantonale vaudoise, par exemple, ne compte que 13% de femmes dans ses rangs. Les neuf polices communales, elles, sont à 12%. Et très peu d’entre elles ont des postes à responsabilité.

Mais les choses sont en train de changer. Ainsi la police cantonale a nommé, fin 2018, une deuxième femme officier: la première-lieutenante Florence Maillard. Entrée à la gendarmerie en 2000, elle dirige depuis l’an dernier la section communication et relations publiques.

Cette nomination intervient deux ans après celle de la première officière de la police cantonale: Olivia Cutruzzolà, ancienne civile, officière de police spécialiste à la tête de la section prévention de la criminalité et relations avec les citoyens.

Femmes gendarmes en 1998

Toutes les deux l’assurent: si la police vaudoise a attendu si longtemps pour nommer des officières, c’est parce que les femmes sont entrées tardivement dans le métier. «La première gendarme a été nommée en 1998, avec le concours du conseiller d’État Josef Zisyadis, explique Florence Maillard. Moi-même, j’ai fait mon école de police en l’an 2000. Une carrière de dix-huit ans pour accéder à un poste d’officier, c’est un temps normal, même chez les hommes.»

Une chose étonne: ces deux officières travaillent dans l’unité qui gère la communication de la police cantonale. L’institution ferait-elle grader des femmes pour en faire des cartes de visite? Peuvent-elles aussi espérer grader si elles sont sur le terrain?

«J’ai fait mon école de police en l’an 2000. Une carrière de dix-huit ans pour accéder à un poste d’officier, c’est un temps normal, même chez les hommes»

Pour Florence Maillard, la réponse est nette: «C’est par hasard que je suis devenue officière au sein de notre service de communication. J’ai commencé ma formation d’officière alors que j’étais remplaçante d’un chef d’unité à la gendarmerie. Durant ce cursus, j’ai rejoint l’équipe de communication. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais été promue comme officière de gendarmerie sur le terrain, probablement même un peu plus tôt.»

Toutes deux expliquent n’avoir jamais souffert d’être une femme dans le monde masculin des feux bleus. Pour Olivia Cutruzzolà, ce n’est pas son statut de femme, mais de civile, qu’elle a dû faire accepter. Elle a en effet rejoint la cantonale en 2009, après une première carrière dans le journalisme et les relations publiques. «Quand on entre dans la corporation policière sans être policier, la première mission est de s’intégrer avec beaucoup d’humilité. Je ne suis pas arrivée à un poste d’officière parce que j’étais une femme, mais par mon parcours professionnel et académique. Peut-être y a-t-il une différence d’approche du métier entre un homme et une femme. Mais ce qu’on attend d’un chef, c’est que son équipe fonctionne et qu’il sache écouter ses collaborateurs.»

«Quand on entre dans la corporation policière sans être policier, la première mission est de s’intégrer avec beaucoup d’humilité»

Si les polices vaudoises comptent peu de femmes, leur nombre est appelé à grimper. Lors du recrutement annuel, elles représentent environ la moitié des candidats pour la police de sûreté et un tiers pour la gendarmerie.

Temps partiel et job-sharing

«Avec deux femmes officières, nous sommes au début d’une dynamique», explique le commissaire Olivier Rochat, sous-chef de la division des ressources humaines de la police cantonale. «L’évolution par l’exemple va inciter d’autres femmes à se porter candidates. La volonté du commandant de la police cantonale est d’augmenter la proportion de femmes.»

Reste le défi d’augmenter le nombre d’officières. Avec des quotas par exemple? Hors de question, pour Johanna Bundi Ryser, présidente de la Fédération suisse des fonctionnaires de police (FSFP). «Si l’on veut avoir davantage de femmes à des postes d’officier, il faut leur mettre à disposition des places de travail flexibles, à temps partiel, avec du job-sharing ou du télétravail», estime cette enquêtrice de la police fédérale, ancienne de la police cantonale des Grisons. «Nous sensibilisons les commandants à cette problématique, et ces nouveaux styles de travail sont envisageables pour des postes d’officier.»


Genève et le Valais en avance


En matière de représentation des femmes, les polices vaudoises (cantonale et communales comprises) se font distancer par leurs homologues romandes. Ainsi la police cantonale vaudoise compte 148 femmes (inspectrices et gendarmes), soit 13% de ses effectifs policiers, dont deux officières. Quant aux neuf polices communales, elles comptent 142 femmes (12,23% des effectifs), sans aucune officière.

Il n’existe pas de statistiques nationales. Mais les polices cantonales elles-mêmes tiennent des chiffres. Au classement du nombre d’officières, la première place revient à Genève et au Valais, avec dans les deux cas quatre femmes officiers. À Genève, on trouve la colonelle et commandante de la police Monica Bonfanti, ainsi qu’une capitaine à la police de proximité, une lieutenante à la Brigade des armes, sécurité privée et explosifs (BASPE) et une autre lieutenante au poste de police de l’aéroport. En Valais, la police dénombre deux capitaines (dont l’une dirige la police judiciaire du Valais central et l’autre la section d’identité judiciaire) et deux lieutenantes (une au sein de la section mineurs et l’autre au sein de la section circulation).

Le Jura a deux officières, quand Neuchâtel et Fribourg en ont chacun une. À noter que Fribourg affiche 20,7% de femmes parmi ses policiers, Neuchâtel 17,7%, Genève 14,9% et le Valais 13%. À titre de comparaison, l’armée comptait 1152 femmes dans ses rangs en 2017 (0,7% des effectifs), dont 289 officières. La plus gradée est la brigadière Germaine Seewer, à la tête de la Brigade d’aide au commandement. (24 heures)

Créé: 07.01.2019, 06h45

Florence Maillard, 44 ans

Première-lieutenante de gendarmerie depuis 2018


Cheffe de la section communication et relations publiques

Après un apprentissage d’agricultrice, elle intègre la police cantonale en l’an 2000. En dix-huit ans de carrière, elle a œuvré dans plusieurs structures de la gendarmerie: unités d’intervention, police de proximité, postes régionaux, gendarmerie mobile, etc. Elle a également été photographe permanente à l’unité circulation. En 2011, elle obtient le grade de sergent-major, remplaçante chef d’unité. Elle commence sa formation d’officière en 2014, puis intègre le service de communication en 2016, où elle est promue adjudante. Devenue entre-temps officière de presse, elle dirige la section communication et relations publiques depuis 2018.

Olivia Cutruzzolà, 43 ans

Officière de police spécialiste depuis 2016


Cheffe de la section prévention et relations avec les citoyens

Cette ancienne journaliste et commentatrice sportive rejoint la police cantonale en 2009, comme attachée de presse, après avoir travaillé pour la Compagnie industrielle de Monthey (CIMO). Elle est alors la première civile à rejoindre le service de communication de la police. Son grade équivaut à celui de commissaire dans la police de sûreté et celui de première-lieutenante à la gendarmerie. Elle prend la tête de la section communication et relations publiques en 2016, puis termine un master en criminologie à l’Université de Lausanne en cours d’emploi. Elle dirige la section prévention et relations avec les citoyens depuis 2018.

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