Sans apprentissage, 20% des élèves prolongent l’école d’un an

FormationLundi, 2000 jeunes rejoindront une mesure de transition, comme l’OPTI. Sans compter tous ceux qui restent sur liste d’attente

Pour certains ados, l’OPTI est la voie normale.?

Pour certains ados, l’OPTI est la voie normale.? Image: Alain Rouèche

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Ils pensaient pouvoir brûler leurs cahiers et se frotter au monde du travail. Aujourd’hui, 2000 jeunes intégreront pourtant une mesure de transition.

C’est un écolier vaudois sur cinq qui se retrouve à l’Organisme pour le perfectionnement scolaire, la transition et l’insertion professionnelle (OPTI), dans un Semestre de motivation (SeMo), au Centre d’orientation et de formation professionnelles (COFOP), ou encore en préapprentissage. Auxquels s’ajoutent des jeunes qui ne sortent pas de l’école, mais qui ont abandonné un apprentissage, par exemple.

Les adolescents sans solution sont nombreux, au point de créer des listes d’attente. «Aujourd’hui, plusieurs centaines de jeunes espèrent encore pouvoir trouver une place dans une des mesures de transition, explique Serge Loutan, chef du Service de l’enseignement spécialisé et de l’appui à la formation. Et, durant l’année, on estime qu’environ 1800 autres viendront toquer à la porte des guichets d’orientation. On les accompagnera jusqu’à ce qu’on trouve une solution pour eux. Il faut savoir que certains arrêtent leur mesure de transition en cours de route, on pourra donc replacer d’autres jeunes.»

Pas assez de places
A l’OPTI de Vevey, l’été a débuté par des sueurs froides, avoue son directeur, Alain Debétaz. «Il y avait deux fois plus de candidats dans tout le canton que de places disponibles. Beaucoup s’étaient inscrits par sécurité et ont depuis trouvé un apprentissage.»

Aujourd’hui, 15% des demandes faites dans l’Est vaudois n’ont pas pu être exaucées. «On a décidé d’augmenter les effectifs. Là, nous sommes à 23 élèves par classe, parfois 24. Mais on a quand même dû faire une sélection. Les jeunes qui ont fait des stages durant l’école ou qui ont postulé ont été privilégiés.»

Dans les préaux, «aller en salle d’attente», comme on l’entend parfois, est quasi devenu la voie toute tracée. Parmi les élèves de transition, deux tiers viennent de la voie secondaire à option (VSO) et un tiers de la voie secondaire générale (VSG). «Ces derniers ont souvent tout misé sur la voie diplôme, et lorsqu’ils n’ont finalement pas les points, ils viennent chez nous», explique Alain Debétaz.

En juillet, 24?heures publiait une série sur le parcours de quatre jeunes écoliers de 9e en recherche d’apprentissage. Le ton était donné. «Je vais m’inscrire à l’OPTI, comme la plupart des gens de ma classe», confiait Julien, 16?ans.

Cela devient la norme Une année de transition, la norme? «Le phénomène s’est amplifié au fil des années, confirme Anne-Catherine Lyon, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture. Mais il est essentiel pour nous que ces jeunes ne restent pas un an sans rien faire.» Alain Debétaz a observé «une forme d’institutionnalisation de la 10e?année. Les jeunes sans projet précis repoussent leur entrée dans la vie active d’un an. Dans une certaine mesure, on a créé un besoin.»

Pas question pourtant de gonfler inexorablement les places de transition. «Je me refuse à entrer dans un système où tous les jeunes vont à l’OPTI, clame Séverin Bez, directeur général de l’enseignement postobligatoire. Il est vrai que la pression est forte sur les mesures de transition, car il est difficile de trouver un apprentissage lorsque l’on sort de l’école. Mais cela ne me dérange pas. On montre ainsi que la transition ne doit pas être la voie normale. La priorité est bien de trouver un apprentissage. Augmenter le nombre de places à l’OPTI, par exemple, n’est donc pas une solution. Il faut concentrer nos forces sur les filières professionnalisantes, comme l’apprentissage et le préapprentissage.»


Les patrons préfèrent les apprentis plus âgés

A la mi-août, il restait encore 553?places d’apprentissage disponibles. Une majorité dans des professions qui ne plaisent pas, comme l’hôtellerie, l’agriculture ou la construction. Globalement, cette année affiche un record avec 6396 nouveaux contrats créés.

Depuis 2003, le Canton a ainsi presque doublé le nombre de places d’apprentissage à disposition. Pourquoi tant de jeunes finissent donc dans une mesure de transition? «Malgré les efforts remarquables des milieux professionnels, il manque encore des places d’apprentissage en raison de la forte démographie dans notre canton, précise la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon. Par ailleurs, les patrons préfèrent engager des jeunes plus âgés par rapport à ceux qui sortent de l’école. Là aussi, on est peut-être un peu victime de la qualité de l’OPTI, qui permet de consolider les connaissances.»

Un chiffre révèle l’étendue du phénomène. Dans le canton de Vaud, la moyenne d’âge d’un jeune apprenti est de 18 ans et demi. Contre 16?ans en Suisse allemande. Pour Jacques Daniélou, président de la Société pédagogique vaudoise (SPV), les mesures de transition sont «un mal nécessaire». «Ce lien après l’école est nécessaire au vu des difficultés de certains jeunes. Ils ne sont parfois pas assez matures pour trouver un travail. Il est aussi vrai que de plus en plus d’élèves n’ont pas les compétences requises à la fin de la scolarité obligatoire. La transition est donc une politique de colmatage permanent.»

Au Centre patronal, on pointe justement du doigt l’école obligatoire. «Les patrons rechignent à engager les plus jeunes, constate Muriel Mérot, secrétaire patronale et conseillère en orientation. Mais c’est aussi parce que les connaissances scolaires sont en décalage avec les exigences du monde professionnel. Car les formations professionnelles sont devenues de plus en plus compliqué es. La mentalité des jeunes a également changé. Ils commencent un apprentissage et, à la moindre difficulté, ils arrêtent. Cela pousse à choisir des apprentis plus mûrs. Mais cela décourage aussi les patrons à former des jeunes.» Ministre de la Formation, Anne-Catherine Lyon rejette un tel discours. «Aujourd’hui, on veut que nos jeunes parlent quatre langues, soient bons en mathématiques, en informatique, et dans tous les domaines, et matures. Le monde des adultes est devenu fou. On fait tout reposer sur l’école.» (24 heures)

Créé: 27.08.2012, 07h12

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