«Si on s’arrête ne serait-ce qu’une journée, nous sommes foutus»

CoronavirusLa nature n’attend pas. Viticulteurs et paysans doivent continuer leur travail malgré la pandémie. Le recrutement des saisonniers inquiète.

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Le soleil cogne en cette fin de matinée sur les coteaux de Lavaux. Chapeau sur la tête et lunettes de soleil vissées sur le nez, Mattéo Murphy, employé viticole du Domaine des Faverges, en dessus de Saint-Saphorin, s’emploie à tailler une parcelle de vigne avec une armada d’outils accrochés à sa ceinture. «Avec les températures élevées de ces derniers jours, la vigne se réveille et la sève remonte. Nous devons absolument tailler, car s’il y a trop de rameaux ça va affaiblir la plante. Il faut aussi enlever ce qu’on coupe parce que autrement, en les retirant plus tard, on risque d’abîmer les bourgeons.»

Même si les travaux continuent, les employés ont changé leurs habitudes. Le rendez-vous du matin pour se répartir le travail s’organise, maintenant, par messagerie instantanée, et chacun se rend sur une parcelle avec son propre véhicule pour limiter les risques. «Nous ne pouvons pas décaler ces travaux, c’est impossible. Il faudrait renforcer les équipes plus tard dans la saison et ça serait un autre problème», explique Gérald Vallélian, vigneron-caviste du Domaine des Faverges. «Il y aura toujours quelque chose d’autre à faire, souligne Mattéo Murphy. Si on s’arrête ne serait-ce qu’une journée, nous sommes foutus.»

À Aigle, Marc Hüttenmoser, chef de culture pour la maison Badoux, a aussi demandé à son équipe que chaque ouvrier se déplace avec son propre véhicule et qu’ils gardent des distances importantes entre eux lors du travail. «La vigne ne va pas s’arrêter, il faut s’en occuper. Si nous partons en retard, nous ne ferons qu’accentuer ce retard par la suite.»

Dans l’arboriculture, le problème est le même et les professionnels s’attellent à tailler les arbres, à travailler les sols et à préparer les traitements. «Quand on travaille avec la nature, on est habitué à ces situations de crise, avoue un arboriculteur de LaCôte. Une récolte peut être détruite en une heure par la grêle et c’est le salaire de l’année qui part en fumée. Donc j’ai plus peur du gel et de la grêle que du coronavirus. C’est difficile pour tout le monde, mais en vivant avec la nature et ses caprices, cela permet de mieux relativiser.»

Pas de saisonniers?

Dès la mi-avril, Luc et Sylviane Bourgeois, à Vullierens, devront commencer la récolte des asperges. Le couple est totalement dans le flou et s’inquiète de ne pas pouvoir recruter du personnel sur son exploitation. «Les asperges, on devrait pouvoir se débrouiller sans les saisonniers, mais le problème après c’est les fraises, car elles n’attendent pas. On ne sait pas ce qu’il faut faire», s’inquiète Sylviane Bourgeois. Les deux maraîchers du district de Morges ont annoncé à l’Office régional de placement (ORP), comme ils doivent le faire, les postes vacants sur leur exploitation et attendent des réponses.

Du côté des viticulteurs, l’inquiétude se fait sentir, surtout pour ceux qui possèdent de grands domaines. «Nous avons généralement entre 25 et 30 personnes qui viennent depuis l’Italie et le Portugal. Nous ne savons pas s’ils pourront venir, explique Marc Hüttenmoser. Fin avril, il faudra commencer à effeuiller, on espère que d’ici là la situation se sera calmée.»

Une bourse de travail

«La main-d’œuvre venant des pays voisins, France, Italie, Allemagne, Autriche, est totalement interdite. Il reste les saisonniers de Pologne et de Roumanie, mais certains rencontrent déjà de la difficulté pour venir en Suisse», explique Francis Egger, responsable du Département économie, formation et relations internationales à l’Union suisse des paysans (USP).

Au front pour trouver des solutions à ce problème, Francis Egger continue de discuter étroitement avec le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) pour savoir qui peut encore venir en Suisse et comment. «À l’heure actuelle, l’entrée en Suisse des travailleurs étrangers en possession d’un contrat de travail est autorisée jusqu’à jeudi prochain. Les personnes doivent, par contre, s’annoncer vingt-quatre heures à l’avance auprès des autorités. C’est pourquoi nous avons mis en place un formulaire pour les professionnels que nous envoyons ensuite à l’Administration fédérale des douanes.» Après cette date, les travailleurs saisonniers devront présenter un permis de séjour en plus de leur contrat de travail pour pouvoir entrer en Suisse.

Francis Egger travaille déjà sur un planB. «Nous essayons de sensibiliser les Offices régionaux de placement pour que ces emplois de courte durée soient proposés à la population suisse. En parallèle, nous allons lancer une plateforme spécifique, une sorte de bourse pour trouver de la main-d’œuvre locale.» Il espère qu’il y aura un élan de solidarité, mais reste conscient de deux problématiques importantes du secteur de l’agriculture: la pénibilité du travail et le bas niveau des salaires.

Créé: 23.03.2020, 15h21

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