La violence des braqueurs de convois monte d’un cran

Fait diversLe grand banditisme a encore frappé. Deux fourgons ont été attaqués et les convoyeurs molestés en pleine nuit sur l’A1.

Trois véhicules incendiés gisaient encore vendredi matin sur la sortie de La Sarraz, sur l'A1.

Trois véhicules incendiés gisaient encore vendredi matin sur la sortie de La Sarraz, sur l'A1. Image: Christian Brun

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Vendredi, 3 heures du matin. Deux fourgons de transport de fonds quittent l’A1, direction Lausanne, et prennent la sortie de La Sarraz. Arrive soudain un bolide à contresens. Quelques minutes plus tard, il ne reste sur la chaussée qu’une sinistre et spectaculaire scène de crime.

Trois véhicules en flammes, des explosions, deux convoyeurs choqués et violemment molestés (l’un est hospitalisé, à ce stade c’est une première), et toute une bande de malfrats armés de fusil semi-automatiques en fuite dans la nature avec un butin encore non communiqué. Trois autres véhicules, des Renault et Peugeot, également carbonisés durant la fuite des gangsters, ont été à cette heure retrouvés par la police entre Daillens et Penthaz, ce qui laisse à penser que les malfrats n’étaient pas en petit comité. Mais bel et bien en bande nombreuse et entraînée.

Par chance, le deuxième fourgon pris en tenaille a réussi à s’enfuir du traquenard. Pendant qu’une dizaine de patrouilles de police, puis tout un dispositif, intercantonal et sur la frontière, étaient mis en place. Il n’a toutefois pas encore permis d’arrêter des braqueurs, «déterminés, bien organisés et préparés», selon la police vaudoise, qui constate que les attaques de convois de fonds gagnent irrémédiablement en violence, allant jusqu’à s’en prendre désormais aux convoyeurs.

La police lance un appel à témoin (+41 21 333 53 33) et une enquête a été confiée à la Sûreté.

Cette fois-ci, c’est une entreprise basée au Lichtenstein qui a été frappée. «C’est la première fois qu’un de nos véhicules est affecté, réagit le président de RMS Sicherheits, Horst Marxer. Nous sommes choqués, profondément touchés, et nous soutenons nos collaborateurs.»

Longue série de précédents

Le braquage de l’A1 rejoint une désormais longue liste d’assauts perpétrés sur le canton et que les spécialistes attribuent volontiers au grand banditisme français, lyonnais notamment.

Récapitulons.

En juin dernier, en pleine zone industrielle et résidentielle du Mont-sur-Lausanne, un fourgon était pareillement attaqué à deux pas du siège de la société de transferts de fonds.

En avril 2018, la même société du Mont-sur-Lausanne était visée au même endroit à 1 heure du matin.

En février 2018, un fourgon livrait ses millions à la sortie de Chavornay, dans une incroyable prise d’otages finement organisée: quinze suspects français et suisses ont été interpellés depuis.

Mars 2017, un fourgon était détourné sur l’autoroute près de Nyon en pleine nuit. Cette fois-ci, les gangsters, lyonnais, avaient été retrouvés, ainsi que leur butin de 40 millions de francs.

À Vernier (GE) en janvier 2016, les braqueurs allaient jusqu’à rentrer dans l’entreprise de sécurité et à ligoter les employés.

Et ainsi de suite. Voilà cinq ans qu’il ne fait plus très bon être convoyeur de fonds en terres romandes.

Aujourd’hui, élus, agents et professionnels de la sécurité (lire encadré) réclament de manière urgente des mesures, à l’exemple de celles prises par la France voisine notamment, où les fourgons blindés sont, eux, de moins en moins pris pour cible. «Il y a clairement une série. Une délinquance qui vient chez nous», tranche Jean-Christophe Sauterel, chargé de communication de la police vaudoise, qui souligne que la formation et la conduite des policiers sont aujourd’hui adaptées à ce type de grand banditisme. «Mais nous nous inquiétons pour la sécurité des convoyeurs, pour celle de nos agents et des citoyens qui se trouvent parfois très près. Il faut des mesures urgentes et en amont. C’est la seule façon de faire baisser le risque. Là, la situation et la balance de risques sont en faveur des délinquants.»

Créé: 23.08.2019, 20h48

«On ne peut plus rester sans rien dire»

«Deux personnes ont été blessées, on ne peut plus rester sans rien dire», réagit la conseillère d’État Béatrice Métraux, revenant sur ses déclarations à nos confrères du «Temps». Le Conseil d’État vaudois entend saisir «en urgence» le Conseil fédéral ainsi que la Conférence des chefs de départements de justice et police. L’élue pointe du doigt «une faille» dans le dispositif de sécurité des transports de fonds en Suisse, et pas seulement sur Vaud, situé sur les axes utilisés par les convoyeurs. Elle n’est pas la seule à réagir. «Des vies et notre économie sont en jeu», réagissent en cœur élus et professionnels.

Ce qui se passe? La branche demande avec de plus en plus d’insistance une dérogation pour pouvoir circuler, de nuit, avec des véhicules plus lourd. Actuellement, pour protéger la population contre le bruit, Berne limite les véhicules à 3,5 tonnes, sauf quelques exceptions: les fleurs coupées et les denrées alimentaires.

Une pesée des intérêts que dénoncent plusieurs élus vaudois.

«Trois tonnes et demie, ce n’est pas suffisant. Les dernières attaques le démontrent. Et ceux qui disent le contraire ne sont jamais entrés dans un véhicule blindé, soupire Luc Sergy, directeur de l’Association des entreprises suisses de services de sécurité. Pour un dispositif de destruction des billets, pour du blindage et la protection des convoyeurs, il faut des véhicules de 15 à 20 tonnes.» Il poursuit. «Circuler la nuit est impératif: les banques, les grandes surfaces, les bancomats… tous ont sous-traité les transferts de fonds à des privés. Si ça continue, un matin ils seront simplement à sec, alors que la Suisse est un des pays du continent qui utilise le plus le cash.» Un argument qui n’a pas convaincu le Conseil fédéral, qui a répondu par la négative à la motion du PLR Olivier Feller le 14 août dernier, demandant justement une dérogation pour les convoyeurs. «Le Conseil national votera là-dessus au premier trimestre de l’an prochain. Je suis confiant. On parle d’une problématique ponctuelle, qui ne fait hélas que se confirmer», réagit l’élu.

Ailleurs? La France a drastiquement réglementé les transports de fonds. Les véhicules sont homologués par la police, les trajets nocturnes interdits, les normes rehaussées et les dispositifs de destructions automatiques des billets obligatoires. Des éléments salués par la branche, qui évoque moins souvent le fait que les montants transportés sont également limités, pour leur enlever tout attrait criminel. «On peut le faire, réagit Luc Sergy, mais si le marché est prêt à assumer des transports plus nombreux et donc des coûts plus élevés.»

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