Syndics et municipaux ne tiennent plus sur leur siège

PolitiqueLe 24 novembre, les habitants de 31 communes vaudoises devront compléter leur Exécutif. Cette avalanche de scrutins trahit un malaise. Pourquoi autant de défections?

Image d'illustration (Archives)

Image d'illustration (Archives) Image: LAURENT CROTTET

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les fonctions de syndic et de municipal peinent-elles à attirer, puis à conserver les bonnes volontés? La question se pose et attise les inquiétudes. Pour la législature 2011-2016, le Service des communes et du logement comptabilise 367 sièges abandonnés par des élus d’Exécutifs dans tout le canton, composé de 309 communes au total. Ce qui en représente plus d’un, en moyenne, par localité.

Si, dans le détail, les bourgs sont plus touchés que les villes par les démissions d’édiles, les faits sont incontestables: un nombre considérable de miliciens vaudois donnent leur sac en cours de mandat. Et la tendance se confirme. Les chiffres fournis par le service cantonal le démontrent: trois ans et demi après le début de la législature 2016-2021, 282 élus ont déjà quitté leur fonction. D’après nos projections, la courbe ne fléchira pas d’ici à la fin de juin 2021. Pire, les différents scrutins complémentaires, regroupant les Conseils législatifs et exécutifs, seraient même en hausse de 2,5% sur la même période.

Cliquez ici pour agrandir

Pourquoi une telle hémorragie? La liste des raisons invoquées par des édiles de tous bords et de toutes les régions du Pays de Vaud pour expliquer le phénomène est longue: difficulté à concilier vie privée et mandat public, complexité des tâches, manque de reconnaissance du travail, autonomie en baisse du fait des associations intercommunales, désintérêt global de la population pour la politique, exposition personnelle accrue, reconversion professionnelle toujours plus difficile, augmentation des recours en justice, ou encore manque de soutien des services cantonaux.

Rendez-vous avec les urnes

Prenons le cas d’Oron, née en 2012 suite à la fusion d’une dizaine de communes. Ses 5000 habitants devront, à l’instar de ceux de 30 autres localités vaudoises, se rendre aux urnes pour compléter leur Municipalité le 24 novembre prochain. Gauche, droite et indépendants vont tenter de récupérer le siège de Frédéric Isoz, 68 ans. «La charge devient de plus en plus lourde, confie-t-il. Il faut se justifier de tout et rédiger des rapports pour tout, alors que dans mon entreprise j’ai plutôt tendance à faire l’essentiel pour que cela fonctionne.» Élu depuis 2002, l’ancien syndic de la commune des Thioleyres a aussi rendu son tablier pour une double raison politique. Soit éviter un trop gros renouvellement de la Municipalité lors des prochaines élections générales et tenter de conserver ce siège au sein du centre droit.

Dans la Broye, à Grandcour, six candidats s’affrontaient pour les cinq postes à la Municipalité en 2016, dont deux nouveaux venus. Cela avait amené la non-réélection du syndic sortant. Pourtant, trois ans plus tard, les deux nouveaux élus s’en sont allés, provoquant deux scrutins complémentaires en cours de législature.

Pour la nouvelle syndique, Sandra Menétrey, chaque cas est différent et elle ne changerait rien si c’était à refaire. «En 2016, ce sont les citoyens qui ont choisi leurs élus», rappelle celle qui était aussi entrée à l’Exécutif par le biais d’une élection complémentaire, en 2014. «Je me suis toujours intéressée à la politique et siégeais au Conseil communal mais, au début de la législature, mes filles étaient trop jeunes.» Car il s’agit aussi de concilier sa vie de famille avec celle d’élu.

À Froideville, le syndic et député du Gros-de-Vaud, Jean-François Thuillard, regarde l’épéclée d’élections complémentaires à venir avec une certaine appréhension: «Je pense que cette situation va de pair avec ce que vivent les structures associatives en général: il manque des membres pour assumer des tâches qui sont souvent peu valorisées.» Pour les prochaines élections, seules quatre communes – La Praz, Mollens, Chevroux et Rossenges – n’ont officiellement pas de candidats. Mais là ne serait pas le problème: «La fonction d’élu municipal, très exposée, attire de moins en moins sur la durée, estime l’UDC Jean-François Thuillard. Dans beaucoup de cas, au départ, il y a suffisamment de volontaires. Par contre, ces derniers sous-estiment l’ampleur de la charge de travail et finissent par jeter l’éponge.»

Ce constat est en partie partagé par le syndic de Rolle, dont les citoyens seront appelés aux urnes à la fin du mois. «Oui, le système de milice que nous connaissons est en danger, s’alarme le socialiste Denys Jaquet. Aujourd’hui, pour un jeune, c’est inconcevable de se lancer dans une course à la Municipalité. Les risques que cela ferait peser sur sa carrière sont trop élevés. La fonction est donc, dans ces conditions, condamnée à être vieillissante.»

Fusion, pas fusion?

Alors, que faire pour stopper, ou du moins freiner, ce tsunami de démissions? «Cela passera inéluctablement par des fusions de communes, analyse Denys Jaquet. La collaboration intercommunale via des associations est une bonne solution transitoire. Cependant, elles éloignent la démocratie et dissolvent les pouvoirs locaux.»

Le 24 novembre, La Praz vivra sa troisième élection complémentaire de la législature. D’après le syndic de cette bourgade du Nord vaudois, il n’y a toutefois pas de quoi se ronger les sangs: «Nous finissons toujours par trouver quelqu’un pour se présenter, assure Marc Zimmermann. Cependant, il est vrai que les fusions, avec une grande cité, permettraient de revaloriser la fonction et de susciter des vocations. Mais regrouper des villages avec d’autres qui ont les mêmes problèmes ne fait pas sens.»

Cette question est sensible, même dans les villes. «Il ne faut pas vexer les petites communes en parlant en leur nom, tâtonne Olivier Gfeller, municipal PS à Montreux et député. Affirmer que le système de milice est en danger me semble être prématuré. Mais la problématique est préoccupante et doit être discutée.» Concernant les nombreuses démissions que connaissent les localités, l’édile, dont les administrés devront aussi désigner un nouvel élu à la fin du mois, dit avoir plus de questions que de réponses. «La démocratie vit grâce à ceux qui s’impliquent, citoyens et élus. Nous devons y être attentifs et analyser la situation en détail avant de tirer quelque conclusion que ce soit.»


«Les gens y croient encore et sont prêts à s’investir»

«Les gens y croient encore. Le nombre de candidatures pour ces complémentaires montre qu’ils sont prêts à s’investir. Et de manière générale, on constate que ceux qui sont élus sans avoir fait acte de candidature sont conscients de la chose publique et assument leur charge.» Présidente de l’Union des communes vaudoises (UCV), Claudine Wyssa a lu attentivement les listes de candidatures en vue du 24 novembre.

Sur 37 sièges à repourvoir (il y en a deux à Missy), plus de 50 citoyens sont en lice et seulement quatre localités n’ont pas trouvé de candidat. Cinq Communes ont déjà complété leur Exécutif tacitement. «Trente-six Communes devaient organiser une complémentaire, soit plus de 10% du total du canton, mais ramené aux élus, cela représente à peine 2,5% des municipaux en poste», relativise la syndique de Bussigny.

Les districts de Morges, de la Broye-Vully, de Nyon et du Jura-Nord vaudois seront particulièrement touchés en fin de mois. À Nyon, le préfet Jean-Pierre Deriaz ne s’inquiète toutefois pas que sept de ses 47 Communes doivent organiser un scrutin complémentaire. «Le calendrier a été bloqué du fait des élections fédérales», justifie-t-il.

Quant aux démissions, à ses yeux, elles interviennent plutôt durant la seconde législature de fonction. La présidente de l’UCV note que l’allongement de la durée de quatre à cinq ans, dès 2007, a certainement changé des choses quant à un engagement jusqu’à la fin du mandat: «Il faut désormais faire dix ans plutôt que huit, ou quinze ans plutôt que douze.»

«La fusion appartient aux communes, il faut la soutenir mais pas l’imposer», répond Jean-Pierre Deriaz à la question de savoir si la réunion de communes pourrait être le remède à ces soucis de vocation. À l’UCV, on adopte aussi une position retenue, ce choix faisant partie de l’autonomie communale. Et le rôle de l’association est justement de garantir cette autonomie, en soutenant les élus en place et en défendant les conditions financières des communes face au canton.

Créé: 14.11.2019, 06h33

Articles en relation

Une commune sur dix manque de candidats

Elections communales 2016 Dans une trentaine de villages, les prétendants à la Municipalité sont moins nombreux que les places à prendre. Les raisons? Manque de vocations et traditions. Plus...

Une épéclée d’élections dans le nord du canton

Politique Quatorze communes du Nord vaudois et de la Broye devront compléter leur Exécutif, le 24 novembre. Présentation. Plus...

Un duel gauche-droite pour la Municipalité de Rolle

Nyon/Morges Une quinzaine d’exécutifs sont à compléter le 25 novembre. Le point dans les communes des districts de Nyon et de Morges. Plus...

Trois candidats pour succéder au syndic de Rennaz

Elections Un trio briguera le 24 novembre le fauteuil municipal laissé vacant par Charly Monnard. Plus...

La gauche montreusienne vise la majorité à l’exécutif

Elections La succession du municipal PLR démissionnaire Pierre Rochat suscite les convoitises. Premier tour le 24 novembre. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.