Tests d’urine antidrogue contestés en prison

VaudLes examens visant les stupéfiants font face à la résistance des détenus. Certains ont triché ou ont saisi la justice, sans succès.

Aux Etablissements pénitentiaires de la plaine de l'Orbe (EPO), des tests d'urine ont lieu pour détecter la consommation de drogue. Ce qui ne va pas sans tricherie et contestation.

Aux Etablissements pénitentiaires de la plaine de l'Orbe (EPO), des tests d'urine ont lieu pour détecter la consommation de drogue. Ce qui ne va pas sans tricherie et contestation. Image: 24heures

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La scène se déroule il y a quelques jours, face aux juges de la Cour d’appel du Tribunal cantonal. Un détenu qui se bat contre une mesure thérapeutique en milieu fermé assure qu’il ne consommera ni alcool ni drogue une fois qu’il sera en liberté. «Vous pouvez facilement le dire car, en prison, vous êtes cadré», répond un juge. Le détenu rétorque qu’au contraire toutes sortes de substances circulent dans les cellules.

Le phénomène est connu. Dans nos colonnes en juin 2016, des détenus du pénitencier de Bochuz, à Orbe, racontaient comment la marijuana et la cocaïne introduites lors de visites étaient consommées dans la prison. Ce que l’on sait moins, c’est que des tests d’urine ont lieu dans le but de dépister l’usage de stupéfiants.

Cette information apparaît dans un arrêt du 21 juin dernier de la Chambre des recours pénale (CREP) du Tribunal cantonal. Un détenu qui purge une peine de 14 ans de prison pour meurtre contestait la validité du résultat d’un test qui lui avait été imposé le 15 août 2017 aux Établissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe (EPO), avant une rencontre en parloir intime, où des relations sexuelles sont possibles. L’examen s’est révélé positif, alors que l’homme niait avoir consommé de la drogue, et la visite a été annulée. La justice a donné raison à la direction.

Les examens ne se déroulent pas sans résistance de la part des condamnés. «Des détenus se plaignent de ces tests qui se déroulent régulièrement avant certaines visites comme les parloirs intimes. Ils peuvent faire annuler la visite. Or ces tests ont un caractère arbitraire dans la mesure où, comme le montre le jugement de la CREP, il s’avère impossible d’en contester le résultat. Il est également déjà arrivé que la consommation de certains médicaments aboutisse à des faux positifs», relève Me Stefan Disch, avocat du détenu débouté.

Fraudes et riposte

Certains détenus ont livré une véritable bataille, hors du cadre judiciaire, face à ces examens d’urine. L’arrêt du 21 juin indique que des fraudes ont eu lieu. Comment les tests se déroulent-ils, et comment est-il possible de les truquer? Le Service pénitentiaire (SPEN) ne fournit pas de détails. Selon les informations fournies en ligne par des sociétés privées, il s’agit en général d’un récipient en plastique contenant un matériau réactif, souvent sous forme d’une bandelette. Pour tromper ce dispositif, les idées ne manquent pas sur le Web. Cela va du liquide contenant des nitrates au kit de fausse urine livré en sachets de 25 ml, pas plus difficile à introduire en prison qu’un téléphone portable.

Pour contrer les tricheurs, la direction a décidé de fournir aux prisonniers des gobelets en carton à usage unique au lieu de leur remettre le pot d’origine du laboratoire contenant le test. L’urine est ensuite transvasée d’un récipient à l’autre. Cette mesure est contestée car les gobelets en carton pourraient subir une contamination lors de leur préparation dans la prison. Un argument écarté par la direction et par la justice: ce serait impossible, «sauf à imaginer qu’une dose non négligeable de cocaïne flotte au sein des EPO, se déposant ainsi sur les gobelets».

Le SPEN assure être désormais en mesure de détecter les fraudes et défend la fiabilité de son dispositif: «Les tests utilisés répondent aux exigences de fiabilité requise dans le contexte pénitentiaire. Les tentatives de truquage sont détectées par les tests utilisés et les modalités de conservation correspondent aux usages médicaux en la matière.»

Combien de détenus subissent des tests et quel est le taux de résultats positifs? Le SPEN affirme ne pas tenir de statistiques à ce sujet. «Des tests peuvent être réalisés de manière aléatoire, ou alors constituer une condition de contrôle préalable à une sortie autorisée (congé, conduite) ou à certaines visites», relève le service. Les parloirs familiaux et intimes sont particulièrement surveillés. Dans le cas jugé en juin, «il s’agissait de bien pouvoir vérifier que la sécurité du conjoint participant au parloir intime ne pourrait en aucun cas être prétéritée du fait de la consommation par la personne détenue d’un produit stupéfiant», relève le SPEN.

Les détenus risquent non seulement de voir la visite annulée mais aussi d’être sanctionnés. Ils sont menacés de jours-amendes ou de jours d’arrêt disciplinaires. (24 heures)

Créé: 10.08.2018, 18h21

Analyse capillaire, chère mais précise

Face aux dénégations du détenu à la suite du test urinaire positif le 15 août 2017, la direction des Établissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe (EPO) a soumis l’échantillon en cause à une contre-expertise. Le deuxième résultat a confirmé le premier: positif.

Le condamné, qui a subi plusieurs sanctions disciplinaires pour avoir consommé des produits prohibés, estime qu’une erreur n’est pas exclue dans ce cas. Et si l’échantillon appartenait, à la suite d’une confusion des pots en carton, à un autre détenu? Pour prouver sa bonne foi, il s’est dit prêt à se soumettre à une analyse capillaire qui montre à quel moment des stupéfiants ont été consommés.

Mais l’analyse des cheveux est chère: selon les prix communiqués par une société privée, il faut compter entre 459 fr. pour un test portant sur sept drogues et 649 fr. pour un examen approfondi qui comprend aussi les médicaments. En comparaison, l’État facture 20 fr. au détenu si le résultat de son test urinaire est positif. Dans le cas jugé le 21 juin, le détenu était prêt à payer l’analyse capillaire.

Mais la direction des EPO s’oppose pour d’autres raisons: «En l’occurrence, tant dans le cas de sorties que dans le cas de parloirs intimes, il est important que le test puisse intervenir dans un court laps de temps précédant directement l’activité. Cela exclut de fait l’utilisation d’un test capillaire qui nécessite un délai de 4 à 6 semaines de traitement par le laboratoire, alors que les tests d’urine donnent un résultat immédiat.»

Pour l’avocat du détenu, cette question de délai n’est pas pertinente dès lors qu’il s’agit d’établir la vérité.

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