Thorens et Marra affrontent le sortant Français

Conseil des ÉtatsPour «24 heures», la Verte, la socialiste et le libéral-radical débattent des grands sujets qui attendent le parlement fédéral et le peuple durant la législature 2019-2023.

En lice pour le Conseil des États,
Olivier Français (PLR), Ada Marra (PS) et Adèle Thorens (Les Verts) ont croisé le fer mardi après-midi à la rédaction de «24 heures».

En lice pour le Conseil des États, Olivier Français (PLR), Ada Marra (PS) et Adèle Thorens (Les Verts) ont croisé le fer mardi après-midi à la rédaction de «24 heures». Image: ODILE MEYLAN

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Les résultats du 20 octobre modifient les équilibres aux Chambres fédérales. Elles sont moins à droite, avec plus d’écologistes, de jeunes et de femmes. Pensez-vous que certains dossiers doivent être ouverts ou rouverts?

Adèle Thorens: La loi sur le CO2 est un dossier déjà ouvert, mais son traitement va probablement changer de manière importante avec le nouveau parlement, plus progressiste. J’espère qu’on pourra non seulement maintenir le travail qui a été effectué aux États, mais l’améliorer. Il faudrait aussi rouvrir le dossier de la politique familiale. Un congé paternel vient d’être décidé. Mais je souhaite que l’on ouvre la discussion sur le congé parental. La nouvelle composition du parlement en donnera l’occasion.

Ada Marra: Il faut reprendre la loi sur la transparence des salaires, car la version choisie est très light, elle ne définit pas de sanction. Il faut entendre les 500'000 personnes qui ont manifesté le 14 juin, cette vague de femmes. L’égalité a aussi des répercussions sur les retraites. Entre une femme et un homme, l’écart est énorme. L’inégalité s’accumule au fur et à mesure de la vie professionnelle d’une femme.


À lire: La fiabilité des amis au cœur de l’élection


Olivier Français: Pour moi, ce n’est pas un problème de rouvrir un dossier. Il faut juste garantir que le financement soit là. Ce n’est pas le début des cadeaux. Je suis plutôt un homme de dialogue et d’échange. On peut promettre beaucoup de choses en période d’élection, mais il faut avoir la garantie qu’on peut financer ces nouvelles prestations sociales.

A.M.: L’enjeu fondamental de la prochaine législature est de mettre en avant les investissements. M. Français nous dit qu’il faut financer les prestations. Je voudrais rappeler quelques chiffres. Les excédents de recettes de la Confédération et des Cantons, ensemble, c’est 5 à 10 milliards par an. Si on ne prend que la Confédération, c’est en moyenne 2,5 milliards par année. Tout cet argent va au remboursement de la dette. Quant à la Banque nationale suisse, elle fait 800 milliards à son bilan et 37 milliards de bénéfice pour le premier semestre 2019. C’est exceptionnel. Sans parler du milliard des assureurs. Cet argent doit être redistribué. Aujourd’hui, on peut se payer un congé parental. On peut se payer des investissements. C’est vital dans la transition énergétique, écologique, etc. L’argent est là, il faut le rendre un peu aux gens.

Ne faut-il pas rendre cet argent aux gens aussi par des baisses d’impôt?

A.M.: Le Parti socialiste a lancé un référendum contre la dernière trouvaille de la droite qui est de faire 350 millions de déductions fiscales aux douze familles les plus riches et les plus aisées du pays, au titre de la politique familiale. Aujourd’hui, je peux vous dire que les ménages paient 14% de moyenne de primes d’assurance maladie et nous disons qu’il faut les limiter à 10%. C’est ce type de mesure qu’il faut mettre en œuvre, pas des déductions fiscales pour les plus aisés.

A.T.: Il faut aussi dire que si l'on ne met pas en place l’imposition individuelle, les femmes continueront à être discriminées. Actuellement le deuxième salaire le moins élevé, souvent le travail à temps partiel d’une femme, est fortement taxé à cause de la progressivité de l’impôt, parce qu’il s’additionne au premier salaire. C’est-à-dire qu’à un certain niveau de salaire, le fait de travailler plus pour une femme ne signifie pas une hausse du revenu.

Adèle Thorens, vous soutenez le référendum du PS?

A.T.: Oui, bien sûr.

O.F.: Si je peux parler… j’aimerais d’abord dire qu’avec les différentes mesures votées lors de la législature 2015-2019 il y a beaucoup d’investissements à mettre en œuvre. Mais ils sont bloqués, notamment par des oppositions. Je pense au nœud autoroutier de Crisser ou à la gare de Lausanne. L’argent est là, mais on a de la peine à le dépenser. Il ne faudrait pas oublier que dans ces investissements il y a des salaires qui seront versés…

Admettons, mais il n’y a pas que des investissements…

O.F.: Oui, elle est longue, la liste de tout ce que demande la société. Les prestations sociales sont payées par les impôts. Et ceux qui en paient le plus, au bout d’un moment, ont droit à un rééquilibrage. Par rapport aux pays qui nous entourent, notre fiscalité devient peu concurrentielle. Par ailleurs, pour développer le rail et la route, le financement vient directement des taxes sur la consommation, de la TVA. La hausse de la fiscalité directe et indirecte a été relativement importante ces douze dernières années, et ça pèse sur le pouvoir d’achat des Suisses. La redistribution de la richesse doit se faire de manière proportionnée. On peut faire toutes les promesses aujourd’hui parce qu’on est en période d’élection. Je préfère la politique des petits pas que les grandes propositions qui sont très populaires. Pour moi, s’il y a un dossier à rouvrir, c’est celui de l’AVS, car elle est déficitaire.

Finalement, vous, vous êtes pour une baisse d’impôt?

O.F.: Je n’ai pas parlé de baisse d’impôt. Mais cette fiscalité indirecte qu’on a imposée aujourd’hui à nos citoyens, on doit la restreindre.

Revenons aux résultats du 20 octobre. Faut-il changer la formule magique du Conseil fédéral?

A.T.: La question est légitime. Cette demande est entendue par les autres partis, je crois. Mais on vient d’avoir deux nouvelles entrées au Conseil fédéral. Alors je ne sais pas comment cela va se passer. C’est encore très ouvert. Je ne m’attends pas à ce que cela soit facile.

Vous le voyez pour quand, ce siège Vert?

A.T.: Ça dépend. On peut toujours le revendiquer déjà en décembre. Sur le principe, je n’y serai pas opposée.

A.M.: Il faut entendre ce que nous ont dit les électeurs. Il y a dix ans, avec des socialistes, j’ai cosigné une proposition pour un Conseil fédéral à neuf membres. Aujourd’hui, cette proposition revient. Ça montre simplement qu’une discussion est nécessaire sur cette formule magique. Qui n’est pas si magique que cela. Donc, oui, je pense qu’il y a quelque chose à faire au niveau du Conseil fédéral.

O.F.: Ce qui va se passer en premier, c’est un rééquilibrage par rapport aux présidences de commissions. Cela donnera aussi le ton par rapport à des sujets qui pourraient être traités. Ensuite, la discussion du passage de sept à neuf conseillers fédéraux va revenir. Il faudra un peu calmer l’émotion au mois de décembre, même si elle est légitime au vu du résultat. Mathématiquement, les Vert’libéraux peuvent revendiquer un siège au même titre que les Verts.

A.T.: Cette question des neuf conseillers fédéraux est importante. Il y a aussi eu une motion de la PLR Isabelle Moret et une autre du Vert Antonio Hodgers. On voit donc que c’est une question très transversale. J’ai l’impression que cette option de neuf sièges serait une piste pour régler le problème de manière élégante, en ne blessant personne.


Infrastructures, avions de chasse, Union européen ne, 5G, burka et assistance au suicide… que veulent-ils?

Certains investissements fédéraux déjà votés sont freinés par des oppositions. Vous êtes trois Lausannois, il y a un projet bloqué, celui du tram. Les autorités vaudoises et lausannoises ont renoncé à construire la rampe routière Vigie-Gonin…

O.F.: Ah bon? Vous avez de bonnes informations, moi je ne les ai pas…

Mais vous avez des contacts, au Canton…

O.F.: Non.

Ah bon! Plus généralement, le fait de modifier pareillement un projet, est-ce que ça ne décrédibilise pas aussi le Canton pour les projets futurs?

O.F.:Cela a un impact direct à Berne. Dans un peu moins de quatre ans nous aurons le projet d’agglomération à traiter. Si on ne dépense pas ce que l’on avait proposé, on attendra un tour. Le risque est que le canton de Vaud n’ait plus de grands projets, mais que des projets marginaux.

A.M.:Sur les transports, c’est un peu la marque de fabrique de toutes les délégations, de gauche à droite, de manière générale, il y a peu de frictions.

A.T.:Il est important de lier ce dossier à la loi sur le CO2, parce que je pense effectivement qu’on n’aura pas de contradictions. La hausse de 10 centimes du prix de l’essence validée aux États devrait être maintenue probablement au Conseil national.

Est-il nécessaire d’investir 6 milliards dans de nouveaux avions de combat?

A.M.:Comme conseillère nationale, je voterai non, je refuserai l’entrée en matière. Mais s’il y a entrée en matière, je me battrai pour qu’il y ait des affaires compensatoires à 100% et qu’une partie revienne à la Romandie. C’est passé d’abord au Conseil des États et ça ira au National…

O.F.:Le travail a été fait, par votre serviteur, cette proposition de répartition fait partie de mon bilan.

A.M.:Cela a été fait par les socialistes aussi, comme Christian Levrat.

A.T.:Les Verts ont eu une très belle victoire avec le vote contre les avions Gripen. Aujourd’hui, nous demandons de ne pas faire des dépenses inconsidérées et pas forcément utiles. Le risque d’une attaque aérienne par nos voisins est très restreint. Si on veut assurer la police du ciel, il faut une dizaine d’avions seulement, pas une quarantaine. Et puis il faut un vote populaire. Je doute que le peuple ait changé d’avis depuis le refus des Gripen.

O.F.:Oui, on va acheter les avions. Et je vous rassure, dans tous les cas, il y aura une votation populaire, sur le principe. Ce n’est pas une dépense particulière qui sera faite comme pour le Gripen. Un budget annuel de 5 milliards est décidé et on achètera le nombre d’avions qui sera nécessaire dans le cadre de ce budget. Ce n’est pas au peuple de décider si on prend un Gripen, un Rafale ou un avion américain. Chacun doit rester à son niveau de pouvoir.

Regrettez-vous que le Conseil fédéral n’ait pas opposé un contre-projet à l’initiative UDC «Pour une immigration modérée», initiative qui casserait l’accord sur la libre circulation?

O.F.:Quand un projet va trop loin, on ne fait pas de contre-projet. On va au combat. Ce qui est fondamental, c’est de rassurer notre population par rapport à notre souveraineté, s’il y a des conflits avec l’Europe. On doit traiter ces conflits et trouver une solution. Il faut une clarification sur le pouvoir de l’Europe par rapport à celui de la Suisse. Cela fait un quart de siècle qu’on attend une clarification des rapports entre la Suisse et l’Europe.

A.M.:À chaque étape, le peuple s’est prononcé. Par exemple, sur la libre circulation des personnes. Le 9 février 2014, il y a eu un mensonge. On nous disait qu’il n’y aurait pas de menace sur la libre circulation des personnes. Ils (ndlr: les UDC) nous ont menti en face en disant cela. Ensuite, par rapport à l’accord-cadre, des questions sont ouvertes, chaque parti politique a les siennes. Il faut un accord-cadre, mais pas celui qui est présenté actuellement. Il n’y a pas de garanties suffisantes.

A.T.:C’est une bonne chose qu’on vote sur la libre circulation parce que, justement, c’est un serpent de mer. Et ça permettra d’expliquer ce que ces accords nous apportent concrètement. Le front sera très large, avec une grande diversité d’arguments. Nous ferons ce débat de manière franche et explicite avec le peuple.

Pour ou contre un moratoire sur la 5G?

A.T.:Je suis pour, tant qu’on n’a pas des informations fiables, notamment un rapport que le Conseil fédéral demande à l’Office fédéral de la communication. La FMH tire la sonnette d’alarme sur la 5G.

O.F.:Le moratoire n’est pas nécessaire. La mesure de précaution est déjà prise, nous avons des valeurs d’émission dix fois moindres que les pays européens. Mais il est clair que les gens ne doivent pas coller leur téléphone à l’oreille, 4G ou 5G.

A.M.:Il y a une pression des producteurs de téléphones, mais il n’y a pas d’urgence et l’économie suisse n’est pas en danger si la 5G n’est pas disponible tout de suite. Le principe de précaution implique un moratoire.

En 2021, les Suisses voteront sur l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage». Que voterez-vous?

A.T.:C’est non.

A.M.:J’ai voté non. Je vais refuser de faire des débats sur cette question parce que peu importe l’issue du vote, c’est comme les minarets, ça ne change rien. Moi, je n’ai pas envie que des femmes portent la burqa. Mais l’intention de cette initiative, c’est de cristalliser des positions, que cela soit chez les féministes ou chez des musulmans qui se sentiraient stigmatisés. C’est un faux débat. En revanche, la lutte contre la radicalisation, c’est une vraie mission de la Confédération, qu’elle doit continuer à financer.

O.F.:Pour moi aussi c’est non. Il ne faut pas opposer une société à une autre société.

Dans l’actualité récente, la question du choix de la fin de vie a ressurgi. Êtes-vous pour un assouplissement des conditions qui encadrent l’assistance au suicide?

A.T.:Il est juste qu’un médecin soit condamné quand il n’y a pas de directives préalables de la personne décédée, ni consultation de la famille et des autres médecins. Par contre, j’estime que l’assistance au suicide avec ses cautèles actuelles, c’est en ordre.

A.M.:Il y a une augmentation des cas, donc c’est une vraie demande de la société. Je suis toujours très prudente sur ces questions. Il ne faut pas élargir les critères actuels parce que certains ont envie de les contourner.

O.F.:Tout dépend de la conscience de la personne et de la manière dont elle est accompagnée. Ce sont des questions tellement personnelles. Si comme aujourd’hui les choses se font avec attention, ça se passe bien. Mais l’assistance au suicide peut évoluer face à des conditions particulières et nouvelles qui se présenteraient.

Créé: 31.10.2019, 06h44

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Retraite des femmes, abattage du loup, congé parental,... Que pensent les candidats au Conseil des États?











Ils proposent, l’électeur dispose

S’il est réélu, Olivier Français aura une nouvelle collègue vaudoise au Conseil des États. Ce n’est pas lui qui choisit, mais le corps électoral. Cette évidence vaut pour tout le monde. Et s’il n’est pas réélu, on ne le verra plus sous la Coupole.

Olivier Français, vous avez déclaré au Matin.ch, avant le premier tour, que vous préféreriez siéger avec Ada Marra plutôt qu’avec Adèle Thorens. Votre parti a ensuite affirmé que ces propos avaient été sortis de leur contexte. Quoi qu’il en soit, est-ce que vous maintenez cette préférence?

O.F.:Je ne réponds plus à cette question, parce que votre confrère du Matin.ch m’a piégé. En réalité, j’ai parlé des partis politiques de Mme Thorens et de Mme Marra, et de mon histoire personnelle avec ces partis,pas des personnes. J’ai toute considération pour les personnes, il y en a que je connais mieux que d’autres et j’ai le droit de me permettre de le dire, mais pas de l’exprimer par la voie d’un média.

Et vous, Ada Marra et Adèle Thorens, vous préférez siéger avec qui?

A.T.:L’explication de M. Français montre bien que ce n’est pas à nous de le dire, mais au peuple.

Mais le peuple voit bien que vous êtes sur le même ticket, la même affiche!

A.MT.:C’est une alliance, ce n’est pas une préférence personnelle.

A.M.:Évidemment que si vous voulez renforcer l’écologie, il faut voter pour une Verte et une socialiste, on ne va pas faire semblant.

Olivier Français, bien qu’élu au Conseil national le 20 octobre dernier, a déjà annoncé qu’il n’y siégerait pas en cas d’échec au Conseil des États. Et vous?

A.M.:Moi oui, je vais siéger au National si je ne suis pas élue le 10 novembre.

A.T.:Je trouve que notre situation est un peu différente de celle de M. Français. Pour nous, c’est simplement la continuation de ce que l’on a fait jusqu’à maintenant au National.

A.M.:Si j’étais sortante aux États, effectivement, je ne retournerais probablement pas au National.

O.F.:Je suis sortant du Conseil des États. J’ai toujours été clair et les choses étaient claires au sein de mon parti. J’étais leader de liste pour la tirer. D’ailleurs, cette année, j’ai plus fait une campagne pour le Conseil des États que pour le Conseil national.

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