Trois générations dissèquent les clichés qui collent aux Jeunesses

Savigny2019Place des femmes, alcool, organisateurs carriéristes… Dans le cadre du centenaire de la FVJC, des fédérés de 23 à 94 ans donnent leur point de vue.

Christiane Chevalier Ormond, 58 ans, et Lucie Theurillat, 23 ans, entourent Paul Rod, 94 ans, l’un des doyens de la FVJC.

Christiane Chevalier Ormond, 58 ans, et Lucie Theurillat, 23 ans, entourent Paul Rod, 94 ans, l’un des doyens de la FVJC. Image: PATRICK MARTIN

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De 26 sociétés fondatrices en 1919, la Fédération vaudoise des Jeunesses campagnardes (FVJC) en regroupe désormais plus de 200 et organise des manifestations d’une rare ampleur. Alors que Savigny2019, la fête du 100e anniversaire, bat son plein, nous avons soumis trois fédérés à des lieux communs sur la Fédé. Paul Rod (PR), 94 ans, ancien agriculteur et employé communal de Ropraz, dont il a fait partie de la Jeunesse, Christiane Chevalier Ormond (CCO), 58 ans, épouse d’agriculteur de Vullierens et secrétaire du groupe des anciens, et Lucie Theurillat (LT), 23 ans, étudiante en architecture de Champagne, secrétaire du giron du Nord et membre du comité central FVJC, ont accepté de se prêter au jeu.



Chaque génération veut faire mieux et plus grand que la précédente

P.R.: Quand je suis arrivé à Savigny, j’ai dit à mon fils qui me conduisait que cela semblait gigantesque. Il m’a répondu que ce n’était que le parking! Et la place de fête m’a encore plus impressionné. Le travail réalisé est magnifique. À mon époque, on mettait une buvette dans le battoir du village et un bar un peu plus loin.
C.C.O.: Je suis admirative du travail qui a été réalisé à Savigny. À l’époque, les cantonales de Thierrens ou Bavois semblaient déjà grandes. Là, ça semble encore plus grand! Cela dit, quand la place de fête est remplie le week-end, les proportions semblent plus réduites.
L.T.: Il faut rappeler aussi que c’est la fête du 100e et pas une cantonale standard. Cela va rester gravé dans l’histoire. Comme cette manifestation doit attirer tout le canton, il faut forcément des infrastructures en conséquence. Et puis, avec le sponsoring ou la mise à disposition de machines, la construction devient plus simple que par le passé. En 2018, j’étais présidente d’organisation du giron du Nord à Champagne et nous avions aussi vu assez grand. Pas pour faire mieux que les autres, mais parce que c’est nécessaire.



Organiser une fête FVJC, c’est la garantie d’un carton financier

L.T.: D’abord, il est clair que la météo joue un rôle. Mais si on travaille bien, le public étant garanti, il est compliqué de se planter. Toutefois, il est déjà arrivé que des manifestations soient déficitaires, comme le giron de Lucens par exemple.
C.C.O.:J’avais travaillé bénévolement à la cantonale de Colombier. Je n’ai pas eu vent des chiffres, mais jamais nous n’avons eu à l’idée de travailler pour un bénéfice éventuel.
L.T.:Pour notre part, on est parti dans l’organisation avec pour principe de gagner en expérience avant toute chose. D’ailleurs, on n’a pas encore organisé de course de Jeunesse pour l’instant, soit le voyage qui se fait souvent avec le bénéfice d’une fête. Mais on a fait plusieurs activités avec nos anciens, créant ainsi du lien dans le village.
P.R.: À mon époque déjà, les Jeunesses organisaient des courses. J’étais caissier. Cela n’a l’air de rien aujourd’hui, mais nous étions partis deux jours au Moléson et c’était une belle course.



La Fédé, c’est la plus grande agence matrimoniale du canton

C.C.O.: Pour ma part, je ne peux pas dire le contraire. J’ai rencontré mon mari, Claude, au giron de Villars-Lussery en 1984. On s’est mariés en 1989 et nos enfants, Maxime et Claudia, nés les années suivantes, ont suivi leur papa au sein de la société de Vullierens par la suite. Ils viennent de démissionner, mais profitent quand même de Savigny.
P.R.: J’ai rencontré mon épouse, Irène, à la société de gymnastique. Mais c’est vrai qu’à l’époque les bals de Jeunesse favorisaient les rencontres.
L.T.: On sort presque tous les week-ends ensemble, donc forcément, c’est pareil actuellement. En tout cas, j’ai rencontré mon ami, Wayne, dans le milieu des Jeunesses, lui-même étant membre de la société de La Mauguettaz.



L’alcool est indissociable des fêtes de Jeunesse

P.R.: Il s’en buvait déjà dans les années 50 et certains plus que d’autres. Mais à l’époque, c’était plutôt du vin que de la bière.
L.T.: Mais il y avait quand même moins de contrôles routiers.
P.R.: Il y avait surtout moins de voitures. On allait au bal plutôt à vélo ou à pied.
C.C.O.: Pour moi, associer Jeunesses et alcool est un peu facile. Les médias présentent souvent cela, mais on pourrait associer l’alcool à toutes les manifestations, comme le Paléo ou la Fête des Vignerons, dont l’idée est quand même de célébrer le vin. J’ajoute que les Jeunesses font aussi beaucoup en matière de prévention, avec des dortoirs, des campings, des taxis ou des bus de rapatriement.
L.T.: Il est difficile de contrer ces avis négatifs et on ne peut pas nier qu’il y ait parfois des abus, mais le comité central fait beaucoup d’efforts pour lutter contre cette image. La présence d’associations de prévention est par exemple obligatoire sur une place de fête fédérée. Les organisateurs signent aussi une charte interdisant la vente d’alcool à plus de 24 degrés, bannissant de facto gin, vodka ou whisky.



La place des femmes reste secondaire dans les Jeunesses

L.T.: Des stéréotypes, il y en a toujours, et à Champagne, des filles s’occupaient de la décoration tandis que des garçons étaient à la construction. Mais cela n’a pas empêché des filles d’aller couper du bois. Et comme présidente, je ne me suis pas gênée de donner des ordres à des garçons.
C.C.O.: Là aussi les choses changent. J’ai grandi à Champvent et, à l’époque, les filles ne pouvaient pas faire partie de la Jeunesse. Je suis arrivée dans la Fédé comme secrétaire du jury en 1984, mais je n’ai du coup jamais été membre de Jeunesse.
P.R.: À Ropraz aussi les filles ont été autorisées plus tard. Mais elles venaient lever les danses (ndlr: ouvrir le bal).
L.T.: À ma connaissance, il y a encore quatre sociétés de Jeunesse du canton qui bannissent les filles dans leurs statuts. Le comité central se soucie de cette problématique, mais chaque société est autonome.



Il y a moins de violence dans les fêtes de Jeunesse qu’ailleurs

L.T.: Des bagarres entre jeunes alcoolisés, il y en a partout. Cela étant dit, c’est vrai que je n’ai jamais entendu parler de cas graves du style coups de couteau ou autre.
C.C.O.: Dans mes souvenirs, à la cantonale de Colombier, il fallait davantage faire la police pour dire aux gens de ne pas monter sur les tables que pour autre chose.
P.R.: Entre les villages, il y avait parfois des clans et des bagarreurs, mais pas plus qu’ailleurs il me semble.
L.T.: J’ajouterai que la mentalité des Jeunesses fait que l’on n’aime pas la bagarre. Du coup, si cela arrive, il y a une grosse entraide pour calmer les esprits.



Avoir des responsabilités à la Fédé ouvre les portes d’une carrière politique

C.C.O.: Je ne pense pas que les gens qui s’engagent le font dans l’idée de se profiler politiquement. Mais une personne qui s’investit a la fibre de l’engagement citoyen et peut être sollicitée ensuite pour d’autres mandats, politiques ou pas forcément.
P.R.: Pour faire de la politique, il faut surtout aimer discuter avec la population.
L.T.: De manière générale, la Fédé est apolitique. Mais je ne doute pas que cela puisse ouvrir des portes, que ce soit dans le domaine professionnel ou autre.

Créé: 13.07.2019, 11h01

«C’est la fête du 100e et pas une cantonale standard. Cela va rester gravé dans l’histoire»

Lucie Theurillat, Champagne, 23 ans

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