Un collectif pour contrer les dérives du SPJ

VaudDes parents viennent de s’unir pour demander la révision du droit de la protection de l’enfant, sur fond de crise au Service de protection de la jeunesse.

Le collectif s'est fait entendre ce mardi après-midi à l'entrée du Grand Conseil

Le collectif s'est fait entendre ce mardi après-midi à l'entrée du Grand Conseil Image: Jean-Bernard Sieber

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le Service de protection de la jeunesse (SPJ) du canton de Vaud n’est décidément pas à la fête en cette fin 2018. Après la sortie du rapport Rouiller sur la dramatique affaire des huit enfants maltraités, violentés ou abusés sexuellement par leur père, la mise à l’écart de son chef dix jours plus tard puis de l’ancienne responsable de l’Office régional de protection des mineurs du Nord vaudois (lire encadré), voici qu’un collectif de parents monte à son tour aux barricades. Ils sont pères, mères ou grands-parents. Ils ont en commun des rapports tendus avec le SPJ (lire ci-dessous). Ils partagent tous la même inquiétude: que les petits Vaudois, et pas seulement les leurs, soient mieux protégés à l’avenir.

À la tête de ce mouvement, baptisé Collectif pour une meilleure protection des jeunes Vaud (CMPJV) et formellement constitué il y a dix jours à Yverdon-les-Bains, on retrouve l’élue lausannoise Sandra Pernet, présidente du PDC lausannois. On l’avait croisée en début d’année haranguant passants et autorités dans le quartier du Maupas, aux côtés de Fernand Melgar, pour dénoncer la présence des dealers de rue. Aujourd’hui, la voici qui repart au front. Son histoire: celle d’une maman d’une adolescente en crise, placée en foyer, fugueuse et en besoin urgent de soutien pédopsychiatrique. Un combat de tous les jours qu’elle dit mener aussi contre le SPJ.

Les adultes de demain

«Le Service de protection de la jeunesse n’a pas l’habitude de travailler avec des parents qui s’impliquent comme nous, c’est grave. Il les laisse totalement à l’écart. Les enfants placés devraient pouvoir garder un lien avec leur famille, rentrer à la maison en fin de placement. Et puis tout est d’une telle lenteur. Tout est si lourd. Quand une décision est enfin prise pour votre enfant, elle a trois wagons de retard, déplore Sandra Pernet. On n’a pas monté ce collectif en pensant à nos propres enfants: pour ma fille et ma famille, c’est à mon avis malheureusement trop tard. On le fait pour les autres.»

L’idée des membres du collectif est de faire profiter de leurs expériences les parents d’enfants placés, mais aussi les pères divorcés qui peinent à exercer «leurs droits aux relations personnelles qui valent également pour les enfants», et d’éviter que des liens familiaux explosent au final. Sandra Pernet: «Aujourd’hui, on préfère encore placer un enfant en foyer plutôt que de le confier à des membres de sa famille.»

Pour le comité du CMPJV, qui représente les centaines de membres de la page Facebook «Touche pas à mon enfant CH», la loi n’est plus adaptée aux enfants d’aujourd’hui, ni même aux familles. Idem pour les structures d’accueil. Le collectif demande donc qu’elle soit révisée, avec tous les acteurs dont les parents. Il fait ainsi partie d’un comité qui va prochainement déposer une initiative cantonale dans ce sens. Sandra Pernet: «Nous allons nous battre pour la jeunesse. Ce sont les adultes de demain.»


«On a volé ma vie avec mes enfants»

«On a volé ma vie avec mes enfants. Mon fils est sorti d’affaire, je suis fier de lui, mais je suis triste pour ma fille. Elle a 15 ans. Elle est perdue. Elle ne sait plus qui croire.» Christophe Künzi (51 ans) ne porte pas le SPJ dans son cœur. Cela a commencé il y a treize ans. Son fils souffre d’hyperactivité et de troubles du développement, une inquiétude de tous les jours sur fond de couple qui se déchire, de dénonciation pour mauvais traitements, et d’abus sexuels commis par d’autres garçons au sein d’une fondation.

«Plus on faisait appel au SPJ, plus cela se retournait contre nous: on nous prenait pour des parents incompétents.» L’histoire se répète aujourd’hui avec sa fille sujette à une sévère dépression. Elle aussi a été placée en foyer par le SPJ, à 10 ans. S’ensuivent fugues et automutilation. «Elle se tailladait le bras. Elle disait que sur le moment au moins, ça lui faisait du bien. C’étaient des appels au secours.» Puis Christophe retrouve la garde alternée aménagée de sa fille qui commence un suivi pédopsychiatrique à leur demande. Il ne durera pas. Le SPJ la remet en foyer car elle ne va plus à l’école. «Aujourd’hui, elle est laissée à elle-même. Elle accuse un retard scolaire qui se compte en années. Quand j’ose dire quelque chose au SPJ, on me rétorque que je n’ai plus aucune autorité parentale sur elle… Si vous saviez comme tout ça me blesse.»


«On m'a placé en foyer à 6,5 ans»

«Je ne voulais pas faire vivre ce que j’ai vécu à mes enfants, et voilà que le système me rattrape.» Frédéric Reis a 34 ans. Il n’aura pas attendu longtemps pour se voir plonger dans le monde des adultes. «On m’a mis en foyer à l’âge de 6 ans et demi. On est venu me chercher à l’école à Montreux et on m’a amené à Lausanne. Mon père portugais ne parlait pas bien le français. Il a laissé ma mère gérer tout ça. On m’a juste dit que c’est parce que ça se passait mal à l’école. Je suis passé de foyer en foyer jusqu’à mes 17 ans. Je n’avais été qu’un numéro. Je n’étais même plus ça. On m’a laissé me débrouiller tout seul.»

Frédéric entame un CFC de paysagiste qu’il ne mènera pas au bout. Il passe une année dans les rues de Vevey avec son chien, puis est hébergé du côté de Payerne par des gens qui lui tendent la main. Frédéric fonde une famille du côté de Neuchâtel mais se sépare de la maman. Il se bat aujourd’hui pour obtenir la garde partagée de ses trois enfants.

Les services de protection de l’enfance vaudois et neuchâtelois attendent qu’un juge se prononce. «Tout ce système, quand il vous tombe dessus, est effrayant. je pensais que tout cela était derrière moi… Mais je me bats.» Frédéric Reis a noirci son bras gauche de tatouages représentant le côté obscur de sa vie. «Je réserve le positif pour mon bras droit.» Un bras encore vierge de toute trace d’encre.


«Il faut changer toute la chaîne»

C’est Monique Buffat qui a lancé l’idée du Collectif pour une meilleure protection des jeunes Vaud sur internet. Elle a 67 ans. Sa fille était une mère toxicomane et son gendre la soutenait et l’accompagnait dans ses dérives, quand elle a alerté le SPJ.

Au début en vain. Leur premier enfant se retrouvait fréquemment laissé à lui-même à la maison, quand il ne traînait pas à la Riponne avec sa mère. «Un jour que nous avions rendez-vous à la piscine, j’ai trouvé ma fille lourdement endormie dans le sas, et son garçon rouge écarlate à ses côtés.» Le SPJ finit par lui confier ses petits-enfants. La fille a alors 15 mois. Le fils 5 ans. Trois ans passent.

Monique doit être soignée pour de graves problèmes de santé. Une assistante sociale finit par se rendre à l’école des enfants à la deuxième hospitalisation. On les lui retire. «Je suis restée un mois sans savoir où ils se trouvaient. Au bout de quatre ans, la famille d’accueil n’en a plus voulu. Par la suite, le garçon est revenu vivre chez moi. La fille a été placée d’un foyer à l’autre. Elle y est toujours. Elle souffre de graves problèmes psychiques.» Monique en veut au SPJ pour tout ce gâchis, pour ne pas suffisamment écouter les familles. «Le chef vient de sauter, mais c’est politique tout ça. C’est toute la chaîne qu’il faudrait changer, et je me battrai jusqu’à la fin de ma vie pour que ça change.»

Créé: 09.10.2018, 15h06

Articles en relation

La condamnation du père abuseur est confirmée

Justice Le père de huit enfants comparaissait ce lundi après-midi à sa demande devant la Cour d’appel cantonale. Plus...

Le chef du SPJ s'en va après l'affaire du père abuseur

Justice Le rapport de Claude Rouiller a un premier effet: Christophe Bornand doit partir. Cesla Amarelle annonce des réformes. Plus...

Affaire du père abuseur : quid des responsabilités?

Enquête Après les conclusions du rapport Rouiller, il reste plusieurs leçons à tirer. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.