Un manager de Securitas prendra la tête de Bochuz

VaudL’État a finalement trouvé un directeur de la prison d’Orbe. Jean-Marc Boudry reprend un poste exposé et secoué.

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Un directeur poussé vers la sortie en mai 2018, après des protestations de détenus et des critiques politiques. Ensuite, des difficultés de recrutement racontées dans «24 heures», le 1er juin dernier, par Sylvie Bula, cheffe du Service pénitentiaire (SPEN). Quelques jours plus tard, l’État annonce avoir trouvé l’homme de la situation pour diriger les Établissements de la plaine de l’Orbe (EPO), qui comprennent le pénitencier de haute sécurité de Bochuz: le Vaudois Jean-Marc Boudry, 50 ans, responsable du Département marketing et commercial de l’entreprise de surveillance Securitas SA, où il est membre de l’état-major régional ainsi que de la direction.

Recommandé à l’unanimité

Face à 22 candidatures qui ne répondaient pas au profil indiqué dans une annonce parue le 30 août 2018, le SPEN affirmait il y a quelques jours avoir suspendu le processus de recrutement. Pour sortir de son chapeau, quelques jours plus tard, l’homme de la situation? «La mise au concours avait bel et bien été suspendue momentanément», affirme la conseillère d’État Béatrice Métraux, cheffe du Département des institutions et de la sécurité (DIS). Jean-Marc Boudry a envoyé par la suite une offre spontanée. Après qu’il a passé toutes les étapes d’évaluation, comme les autres candidats à un tel poste, «le comité de recrutement l’a recommandé à l’unanimité au Conseil d’État, qui l’a reçu en audition et a validé sa nomination», déclare Béatrice Métraux. Il entrera en fonction le 1er novembre 2019 et remplacera ainsi le directeur ad interim Raphaël Brossard, par ailleurs chef adjoint du SPEN.


L'édito: Les «fusibles» en prison, ça suffit


Jean-Marc Boudry ne provient pas du monde pénitentiaire. Il a plutôt un profil managérial. Certes dans la branche de la sécurité, mais son domaine est le marketing. N’est-ce pas une faiblesse? «M. Boudry possède une grande expérience de management et de conduite du personnel. C’est ce que nous cherchions pour prendre la direction des EPO, après toutes les difficultés rencontrées. L’idée est de lui confier la direction avec tous les aspects qui reviennent à un manager et de lui permettre de s’appuyer sur des adjoints spécialisés dans les métiers du pénitentiaire», répond Béatrice Métraux.

«M. Boudry possède une grande expérience de management et de conduite du personnel»

Le nouveau directeur va suivre des cours préalables et s’immergera ainsi dans le monde des prisons. «La Suisse ne dispose pas de formation spécifique pour les directeurs d’établissements pénitentiaires. De ce fait, ils proviennent souvent d’horizons différents. M. Boudry a démontré une très bonne appréhension des enjeux liés à la conduite d’une entité de la taille des EPO et de sa complexité», relève la conseillère d’État.

Collaboration ancienne

Securitas collabore avec les prisons vaudoises. Des agents privés ont par exemple été engagés temporairement en renfort auprès des gardiens de la Colonie, un secteur plutôt ouvert. Dès lors qu’un ancien manager de Securitas se trouvera à la tête des EPO, un risque de conflit d’intérêts n’existe-t-il pas? L’État réfute: «Des contrats existent entre le SPEN et Securitas de longue date, mais nous considérons qu’il n’y a pas de risque de conflit d’intérêts. L’ancien employeur et le nouvel employeur veilleront, pour les éventuels futurs contrats, de ne pas impliquer M. Boudry dans ces décisions qui, en général à l’État de Vaud, relèvent d’une procédure de marché public répondant à des exigences légales prédéfinies», déclare Béatrice Métraux.

Ancien municipal puis syndic d’Écoteaux de 1998 à 2004, Jean-Marc Boudry se retrouvera à la tête d’une organisation qui compte 216 postes et abrite 333 détenus. L’un des grands défis qui l’attendent est le projet de nouveau pénitencier modulable de 216 places aux Grands-Marais, près de Bochuz, à l’horizon 2025.

Qu’est-ce qui l’a motivé à se lancer? «Depuis plusieurs années, je collaborais avec le SPEN. Je m’occupais du côté sécuritaire et temporaire puisque des agents de Securitas apportaient leur appui. J’ai appris à connaître le SPEN. Les enjeux y sont colossaux. Certains sont similaires à ceux qui concernent la population en général, comme le vieillissement.» Très exposé, ce poste n’est-il pas trop risqué? Il n’y a pas de quoi décourager le nouveau directeur: «Je suis conscient que la fonction est très exposée. Mais l’attrait des tâches qui m’attendent l’a emporté.»

Créé: 06.06.2019, 18h20

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