Une bâtonnière féministe, de gauche mais indépendante

JusticePremière femme vaudoise à ce poste, Me Antonella Cereghetti abordera les dossiers délicats sans a priori partisan.

Me Antonella Cereghetti, à la tête de l’Ordre des avocats vaudois pour deux ans, entend défendre l’Etat de droit.

Me Antonella Cereghetti, à la tête de l’Ordre des avocats vaudois pour deux ans, entend défendre l’Etat de droit. Image: FLORIAN CELLA

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La question est inévitable, même si d’aucuns la trouveront grotesque, voire sexiste: faut-il dire Madame la bâtonnière ou Madame le bâtonnier? Elue vendredi soir à la tête de l’Ordre des avocats vaudois (OAV), première femme à accéder à ce poste dans le canton, Me Antonella Cereghetti prend l’affaire au sérieux et y répond sur le ton calme et réfléchi qui la caractérise: «Malgré certaines résistances, j’ai opté pour bâtonnière. Je ne vois pas de raison de ne pas féminiser le terme. On dit aussi Madame la conseillère fédérale.»

La nouvelle bâtonnière ne s’en défend pas: elle est féministe. Lorsqu’on lui demande qui sont ses modèles d’avocats, un nom surgit, celui de Gisèle Halimi, figure des luttes féminines en France: «Je la cite pour son engagement féministe. J’assume pleinement le terme, même s’il est aujourd’hui controversé et mal vu par certains. Le combat n’est pas fini.»

Soutien aux femmes

Me Cereghetti observe que sa remarque est valable dans le monde comme en Europe. Et aussi dans sa profession. Les femmes sont devenues majoritaires parmi les 150 avocats stagiaires vaudois mais elles perdent la main au moment de faire carrière parmi les 630 avocats inscrits au barreau. Elle entend bien contribuer à améliorer cette situation.

Féministe, et aussi de gauche. Me Cereghetti assume volontiers ce qu’elle définit comme «une sensibilité personnelle», en ajoutant: «Je tiens à mon indépendance partisane.» Ce sujet pique un peu. En 2012, l’avocate était candidate au poste de vice-bâtonnier. Me Elie Elkaim, à la tête des avocats vaudois ces deux dernières années, lui a barré la route. Parce l’OAV était trop «réac»? Ou parce qu’elle a été membre du Tribunal neutre (chargé de la récusation des juges cantonaux), présentée par les Verts? «L’élection s’est déroulée de manière loyale», précise la bâtonnière.

Indépendance d’abord

L’indépendance figure parmi les maîtres mots de Me Cereghetti, qui invoque Jacques Vergès, capable de défendre un ancien nazi (Klaus Barbie) comme un terroriste international (Carlos). «On ne défend pas un acte mais une personne, et toute personne mérite d’être défendue», dit-elle.

L’avocate l’affirme, cet esprit indépendant et non partisan guidera les deux ans de son bâtonnat: «Les avocats doivent défendre l’Etat de droit, qui subit beaucoup d’attaques. Cela n’a rien à voir avec l’appartenance à un parti. La séparation des pouvoirs est garante du bon fonctionnement de la justice.» L’OAV avait pris position contre l’initiative de «mise en œuvre» du renvoi des étrangers criminels. «La question pourrait se poser de nouveau dans le cadre d’autres projets menaçant le fonctionnement actuel de l’Etat de droit et donc de la démocratie», relève Me Cereghetti.

Un Conseil de la magistrature

L’OAV suivra aussi de près le débat vaudois sur la création d’un Conseil de la magistrature. Une idée, à l’étude chez Béatrice Métraux, avivée par la crise politique née de l’affaire Claude Dubois. Le meurtrier était sorti de prison équipé d’un bracelet électronique, peu avant de tuer Marie, à la suite de la décision d’une juge d’application des peines.

Qui siégera au sein de cet organe de haute surveillance? Des députés? C’est le point controversé. «Selon mon avis personnel, on pourrait y trouver un ou deux représentants du Grand Conseil. Mais ils ne doivent pas incarner le futur Conseil de la magistrature. On pourrait faire appel à d’anciens bâtonniers retirés des affaires judiciaires ou à des magistrats venus d’autres cantons», affirme la bâtonnière.

Un lieu concentre, pour Me Cereghetti, les tensions pénales: la prison. Ce n’est pas un hasard. Agée de 57 ans, elle a obtenu son brevet d’avocat à 40 ans, alors qu’elle avait d’abord étudié la sociologie. Elle a été marquée par son grand-père maternel, pasteur, aumônier au pénitencier de Bochuz puis directeur de prison. En tant que vice-bâtonnière, elle a critiqué les conditions de détention dans les zones carcérales policières vaudoises. L’avocate a défendu un gardien impliqué dans l’affaire Skander Vogt, détenu mort asphyxié dans sa cellule où il avait mis le feu. Ce drame forme pour elle le symbole d’un système impuissant face aux détenus souffrant de troubles psychiatriques: ils sont de plus en plus nombreux.

Créé: 11.03.2016, 21h26

Intervention politique en question

L’Ordre des avocats vaudois (OAV) a publiquement pris position contre l’initiative UDC de «mise en œuvre» du renvoi des étrangers criminels. Cette intervention politique a provoqué des critiques internes. «Très, très minoritairement», assure Me Elie Elkaim, bâtonnier sortant. Le Conseil de l’Ordre s’est expliqué face à ceux qui lui reprochent d’avoir agi au-delà de ses prérogatives: «Il considère toujours qu’il était impérieusement nécessaire de marquer, au nom des praticiens, sa profonde préoccupation vis-à-vis d’une initiative qui mettait en péril les piliers mêmes de notre ordre juridique. Il tient toutefois à rassurer sur le fait qu’il ne saurait être question pour lui, d’une manière générale, de participer aux débats politiques ou de se trouver instrumentalisé par tel ou tel courant.»

Me Elkaim dresse le bilan de ces deux années marquées par l’enregistrement de cent avocats supplémentaires. L’OAV a créé «l’avocat de la première heure pour les personnes susceptibles d’être placées en institution hospitalière (PLAFA)». La Semaine de l’avocat, en septembre 2015, a attiré 5000 personnes. Par ailleurs, on connaît déjà le nom de celui qui sera le bâtonnier de 2018 à 2020 après avoir secondé Me Cereghetti: il s’agit de Me François Roux.

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