Une école vaudoise mise sur la tablette

EnseignementLe collège privé de Champittet prend le tournant du numérique. Depuis la rentrée, 689 iPad ont été distribués. Un phénomène en développement

Leçon de géométrie dans une classe de niveau primaire au collège de Champittet.

Leçon de géométrie dans une classe de niveau primaire au collège de Champittet. Image: Philippe Maeder

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A 8 heures, dans le parking de Champittet, les parents affluent. Les grandes voitures rutilantes achèvent de planter le décor d’une école internationale pour familles aux budgets confortables.

Dans son cartable, Mathilde, 7 ans, a son iPad, fourni par l’école depuis cette rentrée. Elle a pour consigne d’en prendre soin, de le charger avant le cours et de ne pas jouer avec dans les murs de l’établissement. Déjà bien habituée, la petite écolière bilingue français anglais l’utilise en classe pour apprendre à épeler les mots. Elle aime ça et dit préférer tapoter sur sa tablette plutôt que de prendre le crayon, comme le lui impose encore son école.

Passage dans le bureau du directeur. Steffen Sommer, en fonctions depuis la rentrée, est un convaincu. Dès son arrivée, il a décidé de généraliser l’expérience pilote démarrée il y a trois ans et de donner une tablette à presque tous les élèves. Six cent quatre-vingt-neuf iPad ont ainsi été achetés, «sans pour autant augmenter les écolages».

«La tablette, ce n’est pas un gadget, s’enflamme le directeur. C’est une nouvelle philosophie d’apprentissage, une façon intuitive d’apprendre, et une compétence essentielle que nous apportons aux élèves pour le XXIe siècle.» Le directeur, germano-russe, docteur en traductologie, qui maîtrise le français, l’allemand, l’espagnol, le russe, l’anglais, et possède une bonne maîtrise du mandarin, du néerlandais et du grec, a enseigné aussi les maths…

Autant dire qu’il met la barre haut pour les 800 élèves de Champittet: «L’école doit être à l’avant-garde.» Mais l’informatique n’est pas un but en soi.

«C’est un outil puissant, poursuit-il. Or, il implique un grand défi: il faut l’intégrer dans le triangle enfant-école-parent et trouver un équilibre entre l’enseignement assisté par le support informatique et l’enseignement traditionnel dispensé avec des manuels. On est en pleine transition. Cela dit, les profs restent maîtres de leur discipline.»

Au tableau blanc
Retour en classe. Au cours de biologie, Sophie, adolescente, a préparé un exposé sur le global warming, soit le réchauffement climatique. Avec sa camarade Laura, elle s’est aidée du procédé timelapse, qui permet de filmer-photographier et enregistrer une démonstration à raison d’une prise toutes les 10 secondes. Sur le tableau blanc de la classe on voit, en accéléré, sa main écrire et dessiner à l’aide de feutres de couleurs les phénomènes naturels et moins naturels qui concourent à la hausse des températures. Sophie décrit tout et avec un certain humour: les émissions de CO2, mais aussi la vapeur, le méthane, etc.

Présent dans la classe, Matthew Roberts, prof de géographie et responsable informatique pédagogique, est soufflé. La jeune fille fait aussi bien que ses élèves de dernière année. Hormis le fait que cette élève a du potentiel, les outils informatiques lui ont permis d’accélérer ses recherches et de produire une présentation didactique. «Le tableau de la classe est entre les mains des élèves», philosophe Matthew Roberts.

Nouveau rôle du prof
La révolution numérique à l’école, c’est cela aussi: le rapport vertical entre le prof et l’élève est complété par une relation horizontale, où les élèves apportent de l’information et la partagent, via les supports digitaux, avec le reste de la classe. «Dans cette configuration, on ne pense plus que le prof sait tout, décrit Matthew Roberts. Le pédagogue devient un facilitateur de l’apprentissage.»

Pourtant, le rôle du maître s’accroît. Dans la classe de 3e de Pierre-Jean Buffet, les élèves de 8 ans font de la géométrie. Ils dessinent des figures au crayon de couleur dans leur cahier, puis se mettent à leur iPad, sur lequel ils reproduisent ces mêmes figures tout en répondant aux questions de l’ordinateur. Pierre-Jean Buffet doit veiller à ce que les enfants utilisent la tablette correctement.

En classe de français, Aurore Chestier monte une histoire de la littérature dans le cadre de l’«atelier création». Le but: réaliser une frise des différents mouvements français. Elle rassure: «Je tiens encore beaucoup au support de l’écriture. Mais, dans ce cas, une présentation via l’iPad est plus attrayante, plus dynamique. Cela dit, le contenu ne change pas.»

Twitter convoqué
Autre aspect: la tablette permet le partage de l’information, via Twitter notamment. Dans la classe de matu de Kamal Benslama, les exercices de maths sont travaillés en réseau. L’enseignant regarde sur son ordinateur, depuis sa place, les copies enregistrées par les élèves. Il peut ainsi repérer en tout temps les lacunes des élèves et ce bien avant le contrôle noté. Kamal Benslama fait valoir qu’il gagne du temps. Il n’a plus à écrire les équations au tableau et supervise le travail des étudiants en temps réel. Le gain de temps est réutilisé dans le suivi de l’avancée de chaque élève. C’est une manière de se mettre à un enseignement de plus en plus personnalisé.

Dans le bureau du directeur, la lumière a baissé. On est presque à la fin de la journée de démonstration. Steffen Sommer fait valoir que cette révolution numérique implique une conduite exemplaire des professeurs qui doivent prendre en compte l’élargissement de l’accès au savoir. Il faut prévenir les abus, faire comprendre ce qu’est un droit d’auteur. Matthew Roberts résume: «Il faut mettre en œuvre les bonnes pratiques et préparer les élèves à la citoyenneté numérique.» (24 heures)

Créé: 28.11.2013, 07h27

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