«Une fillette de 7 ans peut-elle inventer ça?»

VeveyÀ Vevey, un ancien fonctionnaire est jugé pour des abus sexuels sur son enfant. Selon les experts, les dires de la petite sont fiables.

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La crédibilité d’une enfant est au cœur du procès qui a repris lundi devant une Cour criminelle à Vevey. Celui d’un quinquagénaire, son père, qu’elle accuse d’abus sexuels entre juin 2015 et octobre 2016, alors qu’elle avait entre 5 et 7 ans. Après une audience en janvier 2018, le procès de cet ancien cadre de l’État avait été interrompu précisément pour permettre une expertise de crédibilité de cette très jeune fille, prise depuis sa naissance dans le conflit conjugal de ses parents.

On passera sur les divergences de méthodologie et nuances d’appréciation entre experts qui ont animé le prétoire une bonne partie de la journée de lundi. Leurs rapports arrivent à une même conclusion: l’enfant peut être crue. Ministère public, avocat de la maman et curatrice de la présumée victime le scanderont à tour de rôle: «Comment une petite fille aurait-elle pu inventer tout cela?»

Cela? La liste des gestes décrits et même mimés par cette môme donne froid dans le dos. Lors des visites à son papa, elle n’a pas subi de viol, mais une gamme d’agressions sexuelles allant des attouchements aux fellations imposées, parfois même en entravant la jeune fille et en lui bandant les yeux avec du gros scotch. Le tout assorti de menaces: en parler l’expose aux représailles. Un pic est atteint aux vacances d’octobre 2016 et elle crache le morceau, déclenchant les signalements de deux médecins et les plaintes de sa mère et de sa curatrice.

En cours d’instruction, elle a raconté ces épisodes sans varier, avec le vocabulaire de son âge, ajoutant des détails de contexte, de sensation ou d’olfaction rendant improbable, selon les spécialistes, la pure invention aussi bien que l’influence d’adultes. Même atténuées, des traces de liquide séminal dans la pièce où dormait l’enfant, au domicile paternel, semblent attester ses dires.

Un contexte pourri

La coconstruction du récit par des échanges avec les adultes, c’est la thèse de la défense: prise en étau dans le conflit entre ses parents, la gamine aurait été influencée par des propos maternels, les questions de thérapeutes et la pression des enquêteurs. «Je suis effrayé lorsque j’assiste à la fabrication d’un coupable, a plaidé Jacques Barillon, avocat de l’accusé. Cette histoire a été suggérée de A à Z. Si cette enfant a été détruite, c’est par le fonctionnement du couple et l’ambiance pourrie qui régnait.»

L’accusation menée par le procureur Anthony Kalbfuss s’est attardée sur la personnalité de l’accusé. Ce père, qui a réaffirmé son innocence à la Cour, présente des troubles de la préférence sexuelle depuis l’âge de 10 ans. Adepte compulsif de l’onanisme, il se masturbe notamment dans les transports en commun, filme ses partenaires sexuelles à leur insu, leur bande volontiers les yeux pour ce faire. Revues naturistes contenant des photos d’enfants, matériel vidéo «maison» retrouvé dans sa cave, antécédent d’attouchements sur une fillette, voyages à des fins de divertissement sexuel, abus dans le cadre d’une mission humanitaire sont énumérés comme autant d’indices de vraisemblance: «Tout cela montre qu’il est incapable de résister à ses pulsions.»

L’homme s’était aussi illustré en exploitant des failles du système à son profit, dans le cadre professionnel. Faisant dire à l’avocat de l’accusation, Bertrand Gygax: «Vous avez scotché les yeux de votre fille, pas pour jouer à colin-maillard mais pour abuser d’elle. Il faut cesser de jouer, comme vous l’avez fait jusqu’ici. La partie est finie, Monsieur, échec et mat!» C’est au Tribunal criminel de l’Est vaudois que reviendra l’arbitrage final ce mardi. Le Ministère public a requis 6 ans ferme alors que la défense plaide l’acquittement.

Créé: 18.06.2019, 06h51

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