[VIDÉO] A l’école vaudoise, on apprend déjà à coder

EnseignementLa Conseillère d’Etat Cesla Amarelle lance un appel à projets pour stimuler l’enseignement du numérique, à la traîne dans le canton. Des initiatives existent déjà.

Les écoliers de Florimont se sont frottés à la programmation avec le robot Thymio.
Vidéo: MARCELINE MICHON

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«Dans l’école d’aujourd’hui, on enseigne aux enfants l’anatomie des fleurs. Pourquoi ne pas leur faire étudier l’anatomie d’un système numérique?» Francesco Mondada est professeur au sein du Laboratoire de systèmes robotiques de l’EPFL. Sans doute prêche-t-il pour sa paroisse, mais sa question a un mérite. Elle bouscule la vision de ce que doit transmettre l’école au XXIe siècle. Les basiques de l’enseignement sont-ils immuables, ou faut-il introduire des savoirs qui correspondent à la société dans laquelle nous vivons?


Edito: L’informatique à l’école mérite un débat de fond


Quelques jours avant la rentrée des classes dans le canton, la nouvelle conseillère d’Etat en charge de l’Education, Cesla Amarelle, a affiché sa volonté de développer l’enseignement du numérique, un domaine dans lequel Vaud traîne notoirement la patte. En cause, le manque d’ouverture de l’école vaudoise à la culture numérique jusqu’ici, estiment certains observateurs, voire même une volonté de maintenir les initiatives des enseignants sous le boisseau. Mais le plan d’études romand – commun à tous les cantons francophones – est aussi pointé du doigt: il ne fait pas de l’informatique une branche d’enseignement, contrairement au plan d’études harmonisé des cantons suisses alémaniques, le Lehrplan 21, adopté en 2014 et qui entre progressivement en vigueur d’ici à 2018.

Initiation à la programmation et au langage algorithmique, notions de gestion, la valorisation et la sécurisation des données. Voilà quelques-uns des objectifs fixés aux petits Alémaniques au niveau de l’école obligatoire. A côté de cela, l’école vaudoise n’est pas un complet désert technologique. Les enseignants ont ainsi pour consigne d’introduire l’utilisation d’outils numériques dans leur cours, qu’il s’agisse de science, de français ou même d’art. Pas suffisant pour les tenants d’une réelle présence de l’informatique à l’école: «Le problème, c’est que quand quelque chose est de la responsabilité de tout le monde, ce n’est la responsabilité de personne», regrette Gabriel Parriaux, professeur à la HEP et vice-président de la Société suisse pour l’informatique dans l’enseignement (SS! E).

L'informatique passée aux oubliettes
Depuis l’abandon des cours d’informatique à l’école obligatoire dans le canton, depuis la rentrée 2015, c’est au gymnase qu’il revient de former les élèves aux technologies de l’information: «Ils ont beau être des digital natives, mais quand ils nous arrivent, leur maîtrise des outils bureautiques est faible», constate Laurent Michel, enseignant au Gymnase de Beaulieu, à Lausanne. Pour acquérir des connaissances plus larges, il reste aux jeunes Vaudois la possibilité de choisir une option complémentaire en informatique en 3e année de gymnase.

Mais alors que les voix se multiplient pour amener le numérique, l’informatique, voire même la programmation aux enfants dès le plus jeune âge, des expériences concrètes existent déjà dans les classes vaudoises. Il y a quelques années déjà, le laboratoire de Francesco Mondada a créé Thymio, un petit robot qu’un nombre croissant d’élèves commence à connaître. Doté de petites roues, de capteurs et de voyants de différentes couleurs, il permet aux enfants de comprendre, par l’expérience, comment les machines qui nous entourent sont programmées. Avancer, reculer, contourner les obstacles: les actions et réactions de Thymio sont calibrées au moyen d’un logiciel conçu pour des enfants dès 4 ans. Mais le petit robot peut s’inviter aussi bien en maternelle qu’au gymnase, où les élèves peuvent le programmer pour des actions plus complexes en affichant les lignes de code sur leur écran.

«L’idée n’est pas de fabriquer des programmeurs, mais que les élèves ne soient pas démunis face à un monde technologique qui est partout»

Depuis 2014, quelque 280 enseignants des écoles publiques vaudoises se sont formés à l’utilisation de Thymio à travers des formations continues proposées par l’EPFL et la Haute Ecole pédagogique. Professeur au Gymnase de Beaulieu, Laurent Michel est l’un d’eux: «L’idée n’est pas de fabriquer des programmeurs, mais que les élèves ne soient pas complètement démunis face à un monde technologique qui est véritablement partout, explique-t-il. A défaut de comprendre les machines qu’ils utilisent, les gens risquent de se déresponsabiliser de ce qu’elles font.» Enseignante au Collège du Pont-des-Sauges, à Lausanne, Claudia Turcotte a elle aussi introduit Thymio dans ses classes de 1re et 2e primaires: «La technologie prend de plus en plus de place dans la vie des enfants, ne serait-ce qu’avec les tablettes ou les robots aspirateurs. Je trouve important de les amener à comprendre comment tout cela fonctionne.»

Dans son plan pour booster le numérique à l’école, Cesla Amarelle prévoit de mettre à contribution les enseignants en lançant un appel à projets: «Des programmes concrets existent au sein des écoles vaudoises, parmi lesquels certains fonctionnent bien et d’autres moins. Je veux faire remonter ces idées et disposer de cet état des lieux ainsi que de recommandations en vue de la prochaine marche à suivre cantonale que mon département entend mettre en œuvre par la suite sur la base de ces expériences de terrain.» En clair, pas question d’imposer une révolution venue d’en haut: «Il faut apprendre des expériences de certains pays, comme la France et l’Allemagne, qui ont fortement investi dans des équipements pour stimuler le numérique à l’école avec des résultats qui se sont révélés discutables», assène la conseillère d’Etat. Elle se montre ainsi prudente sur la question des outils qu’il faudra acquérir: «Je ne minimise pas les enjeux financiers, mais cette discussion devra venir dans un deuxième temps. Ce qui compte tout d’abord, ce sont les objectifs visés et la meilleure façon pour les réaliser.»


A lire: La rentrée contrastée des petits Vaudois


Quant à définir quelles connaissances les élèves devront acquérir, la question est elle aussi ouverte à ce stade. Du développement d’un regard critique sur les contenus en ligne à la programmation en passant par la protection des données numériques, le choix est large. «Il va falloir pondérer les objectifs», avance Cesla Amarelle. Cela passera-t-il par une adaptation du plan d’études romand? La question sera abordée lors d’une Journée cantonale sur les développements du numérique dans l’enseignement vaudois, l’une des mesures que la conseillère d’Etat prévoit pour faire avancer la réflexion autour de l’informatique à l’école. En attendant l’action. (24 heures)

Créé: 28.08.2017, 06h46

Les écoles privées ont pris les devants dès l’école enfantine

Si l’enseignement de la programmation en est à ses balbutiements dans l’école publique, les établissements privés mettent au contraire les bouchées doubles depuis quelques années. C’est le cas de l’école Haut-Lac, à Saint-Légier, où le codage est enseigné depuis 2015, de la 2e enfantine à la fin du primaire, à raison d’une heure par semaine durant un trimestre. «Depuis la rentrée 2017, les cinq classes du premier cycle secondaire sont également concernées», ajoute le directeur Jean-Louis Dubler, qui plus est président de l’Association vaudoise des écoles privées.

A sa connaissance, au moins cinq autres écoles privées du canton en font de même. Les cours prennent la forme de petits problèmes à résoudre grâce à un code. «Nous essayons aussi de rendre les problèmes plus concrets en utilisant des robots, comme le Thymio. La programmation permet aux élèves de comprendre comment fonctionne le code dans les équipements que nous utilisons au quotidien. Cela fait partie aujourd’hui d’une éducation globale, holistique, humaniste.»

Un raisonnement que partage parfaitement Tamás Iklódi, ingénieur en informatique et directeur de la première succursale en Suisse de la firme hongroise Logiscool, basée à Vevey depuis le mois de juillet: «La programmation est une compétence de base du XXIe siècle.» Logiscool compte une quarantaine d’écoles entre la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie et l’Autriche. Celles-ci s’adressent aux 7-14 ans.

Outil de base, le programme Scoolcode permet aux élèves d’accumuler des briques de couleur, chacune ayant sa fonction. Selon leur utilisation et leur ordre, des petits personnages se déplacent. Il est question de leur donner des directions, des temps de réaction, des fréquences de retour, etc. Les exercices se compliquent selon l’âge et le niveau. Les plus avancés acquièrent des notions de code informatique. Outre les stages d’été, l’école propose des modules semestriels (huit en tout), à raison de 800 francs les dix-sept séances.

Cédric Blanchard, papa de Yann (10 ans), est ravi du résultat: «Il a totalement croché. Quand il rentre des cours, il m’explique tout ce qu’il a fait, explique l’informaticien de profession. Ils sont nés avec des outils tactiles, mais ils ne savent pas les utiliser. Et il y a un manque à ce niveau-là au sein de l’école publique.»

Eitan, 9 ans, rentre lui aussi ravi. Sa maman, Hasina Christen, l’a inscrit alors même qu’elle se décrit comme stricte à la maison en matière d’écran. «Mais je ne voulais pas que ça devienne un tabou non plus. Ce qui m’a intéressée, c’est l’aspect créatif. Je veux qu’il apprenne à utiliser ces outils et à en tirer les bénéfices.»

Logiscool organise des portes ouvertes ce samedi à 10h, les 30 et 31 août à 18h, ainsi que le 2 septembre à 10h (rue Louis-Meyer 9).

Karim Di Matteo et Claude Béda

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