[VIDÉO] Cannabis légal, la fin de l’eldorado?

CannabisLe business du CBD a généré la création de plus de 70 sociétés dans le canton. Cette concurrence tarit-elle le filon de l’or vert? Réponse des acteurs de la branche.

Vidéo: Pascal Wassmer et Romain Michaud

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Vêtu de fines combinaisons blanches à la Breaking Bad, un petit groupe de personnes s’active dans un champ de cannabis de plusieurs centaines de mètres carrés. Nous ne sommes pas, ici, dans un comté reculé de Californie, mais bien au cœur de la Broye, chez un producteur de marijuana légale. Entouré de ses plantes et de leurs effluves doucereuses, Steve*, 27 ans, ne cache pas sa satisfaction: «Je suis content, nous sommes en pleine récolte. C’est la récompense après l’effort.»


Edito: T’en veux? C’est de la légale


Le jeune entrepreneur vient de lancer sa société, Green Brothers, ainsi que SIXTY8, sa marque de cannabis CBD. En 2017, ils sont plus de 400 en Suisse à avoir succombé à la fièvre de l’or vert. Un nombre encore provisoire, précise l’Administration fédérale des douanes (AFD), puisque beaucoup de demandes sont encore en cours de traitement. En terre vaudoise, pas de statistique officielle, mais, selon les inscriptions au Registre du commerce, au moins 70 sociétés en rapport avec la production ou la vente de CBD ont vu le jour cette année dans le canton (voir l'infographie ci-dessous).

Pour voir l'infographie en grand, cliquez ici.

Une concurrence toujours plus grande qui n’effraie pas le Vaudois: «Dans tout business, il y a une part de risque, après qui dit risque dit aussi en général rentabilité. Je pense que le marché est en train de grandir, il n’y a pas que la fumette. Nous sommes persuadés qu’avec un bon produit nous arriverons à nous faire notre place.» Une offre pléthorique et une demande stable qui ont fait chuter les prix d’environ 30% par rapport au début d’année. Actuellement, le spectre des prix est très large. Il varie entre 7 et 15 francs le gramme. Une différence qui s’explique principalement par la qualité du produit et si le CBD provient d’une culture intérieure ou extérieure. «Aujourd’hui c’est un prix et demain c’en est un autre, mais pour le moment les marges restent satisfaisantes (ndlr: voir l'infographie ci-dessous)», explique le patron de Green Brothers.

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Un marché saturé?
Paul Monot, cofondateur de l’entreprise et de la marque Dr Green, est l’un des premiers à avoir flairé le filon du cannabis légal. Son entreprise était en quasi-position de monopole en début d’année et les clients faisaient la file devant sa boutique lausannoise. «Certains mois nous avons vendu près de 20 kilos. Aujourd’hui nous sommes plutôt aux alentours des 3 ou 4 kilos.» Pour le Lausannois, pas de doute, le marché s’est établi et répond à une demande. Mais ce business est-il saturé? «Oui, il y a eu trop de production par rapport à la demande. Certaines personnes ont produit des centaines de kilos et ça ne doit pas être facile à vendre.»

Il pose le même regard sur les distributeurs: «Parmi les 300 ou 400 marques qui existent en Suisse, je pense qu’une bonne moitié va disparaître.» Un avis partagé par Chihi Mouna, patronne des boutiques Moon’s Coffee-Shop à Vevey et à Lausanne: «La fleur de cannabis a créé un grand boom, mais cela va se stabiliser et beaucoup de gens vont devoir fermer boutique.»

À une autre échelle, le groupe Valora, propriétaire de Naville depuis 2014, vend depuis quelques semaines du cannabis dans plus de 1000 de ses enseignes en Suisse (K Kiosk, Avec et Press Books). La firme bâloise n’a pas sauté les yeux fermés dans ce business. «Nous avons étudié les besoins des clients en profondeur et, dès que nous étions sûrs que ce produit correspondait à une demande forte, nous avons pris la décision de le vendre dans nos magasins», indique son porte-parole, Kilian Borter. Pour Valora le marché est «très clairement en croissance» et l’entreprise confirme que la clientèle est au rendez-vous.

De l’herbe dans les épinards
Une marge de 20%! Supérieure à celle réalisée sur un paquet de cigarettes. La marijuana légale a donc été plutôt bien accueillie par les kiosquiers indépendants. Chez la demi-douzaine de commerçants interrogés, le CBD représente entre 5 et 10% de leur chiffre d’affaires. «J’ai pas mal vendu au début, car les gens voulaient essayer. Maintenant, cela fait trois mois que les ventes sont stables, raconte Florent Chenaud, propriétaire du Kiosque du Closelet à Lausanne.

Tous racontent à l’unisson que des marques proposent leur produit plusieurs fois par semaine. La plupart des kiosquiers refusent, car ils ont déjà cinq ou six CBD différents. «Ils nous disent tous que ce sont eux qui vendent le meilleur cannabis», s’amuse Marie-Louise Talon, vendeuse au Kiosque du Bois d’Amour à Vevey.

À peine né, le business du cannabis légal semble déjà surchargé d’acteurs. Et l’étape d’après? Beaucoup considèrent que le CBD ouvre une voie royale à la légalisation de la marijuana. «C’est sûr qu’on y pense une fois qu’on a un pied dedans, c’est plus facile, explique Steve. Pour nous, techniquement, ça ne change rien, c’est exactement la même plante. Nous avons toutes les compétences et toute la logistique pour entrer dans ce marché».

*Prénom d’emprunt

Cannabis en vente libre à Lausanne

Une machine qui teste la légalité du cannabis en moins de dix secondes

(24 heures)

Créé: 17.11.2017, 06h41

Cannabis CBD

Le cannabidiol, aussi appelé CBD, est un cannabinoïde (molécule) présent dans la plante de cannabis. Il aurait, selon plusieurs études, une action positive sur l’anxiété, des effets tranquillisants et même anti-inflammatoires. Le cannabis dit «CBD» est riche en cannabidiol. Il doit, par contre, contenir moins de 1% de tétrahydrocannabinol (THC), autre cannabinoïde possédant des propriétés psychotropes. Ce taux, d’abord fixé à 0,3%, a été changé en 2011 lors d’une révision de la loi sur les stupéfiants pour donner une marge de sécurité aux chanvriers. L’OFSP a donné le feu vert à la première société commercialisant du CBD en août 2016.

«Il y a un tourisme du cannabis légal en Suisse»

Les affichettes arborant la célèbre feuille verte et la mention «Cannabis légal en vente ici» ont fleuri sur les devantures des kiosques suisses ces derniers mois. Un exotisme qui n’est pas passé inaperçu du côté des touristes. «Ils n’hésitent pas à se prendre en photo devant nos panneaux», sourit Marie-Louise Talon, vendeuse au Kiosque du Bois d’Amour à Vevey. Mais en consomment-ils?
L’arrivée du CBD et l’écho médiatique mondial qui en a découlé ont créé un tourisme d’achat de la part d’une clientèle provenant principalement des pays limitrophes. «Les Français adorent le CBD et les Belges aussi. Les touristes représentent 20% de notre chiffre d’affaires, ce n’est vraiment pas négligeable», raconte Chihi Mouna, patronne des boutiques Moon’s Coffee-Shop à Vevey et à Lausanne.

Une tendance confirmée par Paul Monot, cofondateur de l’entreprise lausannoise Dr Green, qui voit, lui aussi, arriver beaucoup de Français et de Belges dans sa boutique: «Il y a un tourisme du cannabis légal en Suisse.»
Du côté alémanique, on ne chiffre pas, mais on corrobore le discours romand: «Nous avons une clientèle allemande, principalement dans nos boutiques de Kreuzlingen et de Bâle (ndlr: proches de la frontière)», souligne Irene Franco, porte-parole de Swiss Cannabis, une entreprise qui possède plus d’une vingtaine de magasins en Suisse.

Contactées, les douanes françaises ne précisent pas si elles ont intercepté des sachets de cannabis conditionnés et étiquetés pour la vente en Suisse. Elles répondent qu’elles ne font pas de différence, puisque même ce «cannabis light» est interdit dans l’Hexagone. La limite étant fixée à 0,2% de THC côté français.
Tous les vendeurs soulignent qu’ils informent la clientèle étrangère sur le fait que la consommation du CBD est légale uniquement en Suisse et rejettent toute responsabilité en cas de passage de frontière avec l’un de leurs produits.

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