Vaud, ce nouvel eldorado de la création de jeux vidéo

Industrie du jeu vidéoAlors que le canton délivre sa première subvention au divertissement numérique, les studios talentueux se multiplient. Et Sunnyside Games a été repéré par Apple.

Coup de «crayon» Au studio de jeux vidéo Sunnyside Games, toutes les créations se dessinent en 2D, sur une tablette numérique. CHRISTIAN BRUN

Coup de «crayon» Au studio de jeux vidéo Sunnyside Games, toutes les créations se dessinent en 2D, sur une tablette numérique. CHRISTIAN BRUN Image: CHRISTIAN BRUN

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L’air est électrique dans le studio lausannois de jeux vidéo Sunnyside Games. Leur dernière création, «Towaga Among Shadows» – dont le héros est un prêtre de lumière qui doit purifier des temples –, a récemment été choisie par le géant à la pomme pour intégrer le cercle fermé d’Apple Arcade, nouvelle plateforme de jeux en ligne lancée il y a deux semaines. Cette dernière compte actuellement 100 projets minutieusement sélectionnés à travers le monde, dont le vaudois et deux zurichois. Pour l’équipe de Sunnyside Games, née il y a six ans et composée de dix personnes, c’est la consécration. «Sur le mobile, c’est la meilleure opportunité dont on puisse rêver, se réjouit Gabriel Sonderegger, 30 ans, créateur de jeux et cofondateur du studio avec Daniel Muller, 35 ans. En termes de visibilité, c’est juste incroyable!»

La patte humaine

Installés dans le quartier lausannois du Flon, dans un atelier décoré avec des figurines Nintendo, les deux fondateurs n’oublient pas leurs rêves d’enfants et ne comptent pas changer malgré la collaboration avec le gourou américain – dont la participation financière reste confidentielle. D’autant plus que c’est leur ligne artistique tranchée qui a séduit. Spécialisé dans les jeux en 2D réalisés à la main sur des tablettes numériques, Sunnyside Games avait déjà connu un beau succès à l’échelle helvétique, en 2014, avec «The Firm», téléchargé 1,5 million de fois. Le joueur pouvait entrer dans la peau d’un trader. Pareil avec le premier «Towaga», qui dépasse aujourd’hui les 950 000 achats. «Petit, on me riait au nez lorsque j’annonçais que je voulais inventer des jeux vidéo, se rappelle Gabriel Sonderegger. Sans compter qu’il n’y avait aucune formation. Aujourd’hui, nous voulons prouver que la Suisse est capable de délivrer des projets ambitieux.»

Le marché du jeu se situant à l’international, il faut savoir se démarquer. La recette du studio lausannois? Réinterpréter l’esthétique des vieux Disney. Une ligne portée par la double formation du duo: l’animation au Ceruleum et la programmation à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). «À l’échelle mondiale, la Suisse est reconnue pour délivrer un travail de qualité et dans les temps, relève David Javet, chercheur à l’Université de Lausanne et cofondateur de l’UNIL Gamelab, un groupe sur le jeu vidéo. Tous ces éléments ont dû compter pour Apple dans le cas de Sunnyside Games. En plus des qualités visuelles.»

Cinq fois plus de studios

Les exemples de talents suisses qui rayonnent aujourd’hui aux quatre coins du monde sont nombreux. Chaque année, des studios s’affichent davantage dans les prestigieuses foires internationales. En août dernier, une délégation de 19 ateliers présentait une palette de créations à la Gamescom de Cologne, en Allemagne. Dont la dernière du groupe zurichois Blindflug Studios, également un des heureux élus d’Apple Arcade. «Depuis dix ans, avec la multiplication des plateformes, notre marché s’est radicalement développé en Suisse et compte en 2019 cinq fois plus de studios», observe Sylvain Gardel, responsable du point fort Culture et économie à Pro Helvetia.

L’émergence des jeux vidéo provient de deux pôles géographiques en Suisse: un vaudois et un zurichois. Pour le premier, «dès la deuxième moitié des années 80, des acteurs notables font leur apparition», explique David Javet. Mais c’est en 2008, avec «Farming Simulator», développé à Zurich, que l’industrie se fait remarquer. «C’est de loin le jeu suisse avec le plus gros impact industriel sur la scène internationale.» Il permet d’entrer dans la peau d’un agriculteur suisse, en manipulant à peu près tous ses engins, de la moissonneuse-batteuse au tracteur. Aujourd’hui, avec «Farming Simulator 19», il réalise parmi les plus grosses ventes en Europe. Notons qu’à la Gamescom de Cologne le pionnier garde encore un des plus grands stands et qu’il a réalisé cette année plus de deux millions de ventes. Même si l’industrie reste de niche, les talents sont là. Et le potentiel est encore énorme. Selon une analyse sectorielle mandatée par la Swiss Game Developers Association (SGDA), la Suisse est aujourd’hui prête à suivre les traces de la Finlande, dont le contexte «en termes de population, d’innovation et de nombre de diplômés hautement qualifiés» est comparable à la Suisse. Le pays du Nord est passé entre 2004 et 2018 de 40 millions à 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. En Suisse, il n’atteint encore à l’heure actuelle que 150 millions de francs.

Le vivier vaudois

«Aujourd’hui, Vaud est sans aucun doute un des viviers les plus importants du jeu vidéo suisse, devant Genève», s’enthousiasme David Javet. Aussi présent sur la scène internationale, le studio lausannois OZWE Games est un précurseur romand de la réalité virtuelle, tout comme Furinkazan et son application «Opticale», qui explore les potentialités de la réalité augmentée. Sans oublier la 4e édition du Numerik Games Festival à Yverdon-les-Bains. Des convergences qui ont sûrement amené le Département de la culture du Canton à accorder un premier soutien à la branche, à hauteur de 50'000 francs. Même s’il arrive tard, bien après Pro Helvetia, qui soutient le jeu vidéo depuis une dizaine d’années, c’est un début encourageant.

Créé: 30.09.2019, 06h41

Manque de filières pour la conception de jeux vidéo

En dix ans, les formations dans le domaine du divertissement numérique se sont multipliées en Suisse. Mais la seule qui soit aujourd’hui axée spécifiquement sur le game design – soit la réalisation de l’ensemble des règles et éléments qui régissent un jeu – est la Haute École d’art de Zurich. «Le fait de ne pas avoir davantage de formations spécifiques axées sur la conception ludique est une faiblesse, analyse David Javet, membre du conseil de la Swiss Game Developers Association (SGDA).

Les écoles privées comme l’École professionnelle des arts contemporains à Saxon et le Ceruleum à Lausanne proposent des cours en game art. Et donc elles se focalisent purement sur l’aspect visuel. L’offre est augmentée par le SAE Institute à Zurich et à Genève, qui propose un cursus de game programming.» En Suisse romande, la Haute École d’art et de design de Genève et l’École cantonale d’art de Lausanne offrent une filière media design, portée sur l’art interactif – des œuvres auxquelles le spectateur est invité à participer. Mais elles se situent plus dans une dimension expérimentale et ne répondent, selon l’expert, qu’à un marché international spécifique.

«Il manque aussi des filières dans la production et le marketing des jeux, ajoute enfin David Javet. Il faudrait ériger des ponts entre les écoles d’art et les hautes études commerciales, pour gagner en efficacité et en visibilité.»

En chiffres

33,9% de la population suisse, femmes et hommes, joue aux jeux vidéo au moins tous les dix jours.

En dix ans, le nombre de studios en Suisse a quintuplé, avoisinant aujourd’hui les 130.

En 2018, plus de 150 millions de francs de chiffre d’affaires ont été générés en Suisse.

Répartis sur 592 emplois, cela correspond à une valeur ajoutée de 250 000 francs par emploi.

25% de femmes travaillent actuellement dans le domaine des jeux vidéo. C’est 10% de plus que dans l’informatique.

750'000 francs ont été distribués en 2019 par Pro Helvetia aux créateurs de jeux vidéo suisses. Le même montant sera octroyé en 2020.

50'000 francs viennent d’être donnés, pour la première fois, par le Canton de Vaud aux créateurs.

Ces données sont issues de l’enquête d’évaluation réalisée par la SGDA en 2019.

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