Vaud est encore frileux en matière d'open data

Statistiques publiquesLe Canton est bon en statistique mais n’a pas de vision en matière de données ouvertes, au contraire de Genève et Zurich.

Image: DR Auregann

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A Lausanne mardi, quelque 170 informaticiens, entrepreneurs, chercheurs et fonctionnaires ont pris part au rassemblement annuel d’opendata.ch, la communauté suisse des «données ouvertes». Entendez par là des données gratuites, accessibles au grand public dans leur format brut et donc exploitables pour créer des outils web, des services et autres applications.

La tendance est née dans les années 2000 aux Etats-Unis sous Bill Clinton, avec la diffusion grand public des données du recensement. En Suisse, ce processus d’ouverture est aussi en route. La Confédération a ouvert en février son portail open data, et certains cantons comme Genève ou Zurich ont développé des stratégies interservices pour mettre à disposition les données générées par les administrations.

Au Casino de Montbenon, mardi, la conseillère d’Etat vaudoise Nuria Gorrite a tenu un bref discours inaugural en guise d’encouragement: «Il faut rester humble face au défi. Il y a du travail à faire pour faire évoluer la culture de l’open data, je ne vous le cache pas!» Le canton de Vaud, en effet, n’est pas exactement emballé à l’idée de diffuser ses données à tout va. Si les données du cadastre, par exemple, sont téléchargeables en quelques clics à Genève, dans le canton de Vaud «le Grand Conseil a refusé la mise à disposition du cadastre en données brutes», explique Nuria Gorrite. Les données sont visibles sur un portail cartographique, mais le téléchargement est payant et soumis à des restrictions d’utilisation. Or, c’est spécifiquement l’ouverture aux tiers qui est à la base de la philosophie de l’open data, où l’on cherche à favoriser la créativité et la recherche de solutions innovantes, notamment sous la forme de services à valeur ajoutée.

Excellence perfectible

Le Canton n’a pourtant pas à rougir en matière de données. «Nous avons l’une des meilleures infrastructures cantonales en termes de statistiques, explique Pierre Dessemontet, géographe et municipal yverdonnois. Mais ce serait une bonne idée, par exemple, d’ouvrir l’accès aux données du cadastre ou à des données géolocalisées.» Pour cela, estime-t-il, «il faudrait arriver à débloquer la mentalité du secret qui entoure parfois certaines informations même sans intérêt stratégique particulier. Il est par exemple impossible d’avoir un fichier Excel avec les résultats vaudois des dernières élections au Conseil national.»

Pas à l'ordre du jour

Pour l’heure, le canton se dit favorable au principe de l’open data, mais n’a pas prévu de mettre en place une stratégie pour le développer dans ses services. «Je pense que l’open data représente un travail supplémentaire et je ne suis pas sûr que cela ait un apport majeur quant à l’exploitation des données, estime Gilles Imhof, directeur de Statistique Vaud. Si c’est pour répondre aux besoins d’une minorité d’utilisateurs, le coût serait important et le jeu n’en vaut pas la chandelle. Si tout le monde y vient, nous suivrons probablement le mouvement.»

«Si tout le monde y vient, nous suivrons probablement le mouvement»

Le canton manquerait-il de culture d’entreprise? «Il y a désormais en Suisse 100 000 emplois liés à la question des données, résume Pierre Dessemontet. C’est un vrai domaine économique, celui des services aux entreprises, dont le grand public n’est pas forcément conscient. Vaud aurait intérêt à ouvrir ses données pour créer des opportunités économiques. Cela permettrait à des sociétés de se créer et à des gens d’utiliser ces ressources pour quelque chose qui n’avait pas été imaginé. C’est un pari sur l’avenir.»

Le Conseil d’Etat, lui, semble pour l’heure donner priorité au développement de la cyberadministration. «Le Grand Conseil m’a octroyé 9 millions de francs, détaille Nuria Gorrite. Je viendrai prochainement avec un projet de loi en ce sens.»

(24 heures)

Créé: 16.06.2016, 17h08

Une culture d’ouverture à infuser dans les services

Chercheur en humanités numériques à l’UNIL, Martin Grandjean a rejoint mardi les rangs du comité d’opendata.ch





Où en est Vaud dans l’ouverture des données?

Du côté de l’Etat de Vaud, la culture de l’open data est quasi inexistante. Statistique Vaud met en ligne un certain nombre de statistiques, c’est une mission de l’Etat. Les données y sont nettoyées, retravaillées pour être intelligibles. Mais les statistiques publiques sont une version 0.1 de ce qu’on appelle l’open data, où on parle plutôt de données brutes, souvent plus massives, mises à jour en temps réel, etc. Dans le canton de Vaud, le Conseil d’Etat est démuni par rapport à cette question, en particulier parce qu’il n’y a pas de culture de la transparence à tous les niveaux. C’est normal, c’est une exigence nouvelle.

Et au niveau suisse?

Le portail opendata.swiss a été inauguré en février. Il recense un millier de jeux de données de l’administration fédérale, des cantons ou encore des CFF. C’est un début, ce portail est appelé à s’enrichir.

Comment mettre en place une stratégie open data?

Il faut une culture d’ouverture, qu’il est long et difficile de faire infuser dans les départements concernés. C’est ensuite une question financière et tout dépend de la volonté de mettre des moyens sur cette question ou pas. C’est aussi une question de planification de grands projets, avec l’inertie typique de nos administrations. Il faudra avoir une vraie vision, portée par la chancellerie, le Conseil d’Etat ou un groupe politique au Grand Conseil.

Est-ce un défi technologique important pour un Etat?

Les décideurs ne se sont pas encore rendu compte que c’était un thème important. Ce n’est pas complètement inattendu, pour des questions de génération, rares sont les élus aux exécutifs cantonaux et fédéraux à être nativement sensibles aux questions numériques.

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