Vieux fléau, le harcèlement entre élèves incite l’école à se doter de nouveaux outils

ÉducationAmplifiées par la vie connectée, les violences entre enfants inquiètent. Elles font l’objet d’un vaste chantier en milieu scolaire.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est la préoccupation du moment autour des préaux vaudois. Fléau pour les élèves, angoisse pour les parents, défi pour les enseignants et les directions, le harcèlement entre élèves s’invite dans toutes les conversations. Cela n’a pas échappé à la cheffe de l’École: en faisant sa tournée des établissements du canton, la conseillère d’État Cesla Amarelle a été systématiquement interpellée à ce sujet, au point de lancer un sondage auprès des 91 établissements sous sa tutelle, afin d’évaluer leurs besoins. Des pistes s’en dégageront à la charnière de l’année scolaire.


A lire: Venir à bout du harcèlement entre élèves: c'est possible!


Le phénomène, qui touche bon an mal an un élève sur dix, n’est pourtant pas nouveau. Il est même vieux comme le monde, selon Olivier Duperrex, médecin responsable pour la santé scolaire du canton de Vaud: «C’est toute l’histoire des espèces: il faut appartenir à un groupe pour survivre. J’aime bien cette phrase d’Émile Ajar: «Quand on est môme, pour être quelqu’un, il faut être plusieurs!» Il n’y a pas davantage de harcèlement entre élèves qu’avant, mais on l’identifie mieux. C’est en réalité une bonne nouvelle.»

«Maintenant, nous disposons de preuves de ce qui est dit. Quand quelqu’un se fait insulter, c’est écrit!»

Parmi les raisons qui ont placé ce souci sur le devant de la scène, l’entrée dans l’ère digitale. «Ce qui se limitait à un cadre et à un moment précis n’a aujourd’hui plus de limites physiques, et les enfants ciblés n’ont plus de temps de répit, décrit le pédiatre. Avec le numérique, on est entré dans une dynamique dont l’ampleur est phénoménale.» Le cybermonde a néanmoins eu le mérite de rendre plus visible ce qui était insaisissable. «Maintenant, nous disposons de preuves de ce qui est dit. Quand quelqu’un se fait insulter, c’est écrit!» pose Basile Perret, chef de projet «Harcèlement et violence entre élèves».

L’organisation de l’école a aussi contribué à mettre ce sujet en relief. «Avec HarmoS et l’introduction de la LEO, l’organisation par «groupe classe» a disparu, détaille Olivier Duperrex. Le groupe permettait d’identifier très vite les chahuteurs et on pouvait intervenir directement.» À quoi il faut ajouter la perte de confiance en l’institution, l’arrivée toujours plus fréquente de cas critiques sur le terrain juridique et la libération de la parole des enfants. Des modifications de fond, miroir d’une évolution globale, qui ont forcé le milieu scolaire à modifier son approche.

Après avoir fonctionné «en mode panique», Olivier Duperrex dixit, adultes de l’école et parents ont commencé à apprivoiser les nouvelles technologies. Il y a deux ans et demi, Anne-Catherine Lyon nommait un chef de projet dédié au harcèlement, Basile Perret. Sous sa houlette, une prise en charge s’est progressivement mise en place. «Dans d’autres cantons ou en France, le mode d’action, c’est d’en parler. C’est bien, mais cela ne suffit pas! Les bonnes intentions ne suffisent pas non plus, elles peuvent même faire du tort. Il faut doter les établissements d’outils», insiste Basile Perret.

L’expert de l’Unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire (PSPS) s’est donc attelé à fournir de l’appui concret aux établissements. Première nécessité, mettre le corps enseignant au diapason et faire reconnaître ces soucis comme partie intégrante de sa mission. Alors que les équipes de direction ont toutes été sensibilisées, les professionnels de l’école qui le désirent se voient proposer des formations ad hoc depuis une année. D’ici fin 2018, un tiers des établissements devrait ainsi disposer de personnel spécifiquement formé dans l’une des méthodes de prise en charge des situations critiques choisie par l’école vaudoise.

Au sein de chaque établissement, les équipes de PSPS réunissent des «personnes-ressources» (médiateurs, infirmières scolaires…) aptes à recevoir les situations de crise et à orienter leurs protagonistes. Les directions peuvent également demander un monitoring du harcèlement, pour déterminer s’il est nécessaire de déployer un travail de fond dans leur collège. Cela a notamment été le cas à Bex, où un programme de prévention avec l’outil Graines de paix est en cours depuis l’année scolaire 2016-2017.

Temps d’adaptation

Les jalons se posent progressivement, mais rien n’est simple lorsqu’il s’agit de plonger les mains dans de la pâte humaine… Chaque crise nécessite une approche personnalisée. Chaque dynamique de groupe malsaine ne se désamorce pas de la même manière ni avec le même succès, en témoignent les conversations de parents avant la sonnerie, leurs inquiétudes récurrentes dans les soirées d’associations, leurs témoignages à fleur d’émotion.

Mais l’école d’autrefois, où le tabassage quotidien du mouton noir était passé sous silence, est résolument reléguée aux oubliettes. «Cela a pris du temps de sensibiliser les directions. On se heurtait parfois à des réactions de type «ça a toujours existé» ou «pas de ça chez moi», reconnaît le responsable de la santé scolaire. Le fait d’être confronté à davantage de sollicitations a fait naître la prise de conscience qu’une aide peut être donnée.» (24 heures)

Créé: 09.04.2018, 10h44

Les parents ont aussi un rôle à jouer

L’école n’est pas le seul lieu de vie et d’expression des jeunes. L’institution appelle les familles à s’impliquer également. L’Unité PSPS recommande aux parents un réflexe simple: ne pas rester seuls face à un enfant en souffrance. L’entourage, l’enseignant principal, le psychologue, les médiateurs, un membre de la direction peuvent être interpellés (directement plutôt que par courrier) pour partager la préoccupation. Enfants, parents, adultes de l’école, professionnels de l’écoute, associations d’entraide peuvent ainsi élaborer des réponses concertées.

«Il y a une attente forte que l’école règle ce qui se passe entre élèves, peut-être parce que les parents se sentent démunis. Mais la solution, c’est le réseau», conclut Olivier Duperrex.

Parents et jeunes en difficulté peuvent se tourner à tout moment vers le numéro 147 (téléphone ou SMS ou chat via le site www.147.ch) et www.ciao.ch

Articles en relation

Treize mesures contre le harcèlement à l’école

Prévention Anne-Catherine Lyon a révélé son «plan d’action» pour prévenir incivilités et harcèlement en milieu scolaire. Plus...

L’enfer du harcèlement entre ados sur internet

Cyberbullying Depuis que les réseaux sociaux servent de cour de récré, les règlements de comptes entre élèves ont gagné en ampleur. Avec des conséquences parfois dramatiques. Plus...

Sarahah, l’appli qui peut te pourrir la vie

Ecole vaudoise Alors que l’Ecole vaudoise apprend à gérer le cyberharcèlement, une appli surenchérit en permettant d’envoyer des messages anonymes. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.